DLX
Que je vive dans l’espérance! — Eh quoi! que vas-tu espérer? Arrêteras-tu ta vue aux limites de cette courte vie? Je pénètre en toi : tu es insatiable de bonheur; tu aimes de vivre éternellement, et c’est un instinct spirituel qui te dicte cet ardent amour. Tu as beau vouloir chercher ton repos et asseoir ta fortune ici- bas, tu ne le peux. Lancé dans la vie, tu te sens en marche, et tu dois prévoir que cette marche n’aura de tin qu’en Dieu. Le temps seul te sépare de lui. Mais il te semble que, par une loi spirituelle supérieure à la raison pratique, tu ne graviras que par la douleur et le sacrifice. La Providence te comblera des biens que ta modestie se refuse à prendre. Si tu t’élèves, ce sera par humilité. Quand tu te scrutes, tu sens remuer en toi la somme des sentiments chrétiens. Ton cœur seul a des ailes. Le désir mondain de t’approprier la science divine en pénétrant, par des calculs, l’énigme de la création, et la prétention de connaitre les intentions du Créateur, t’enfouissent en ta chair orgueilleuse. Tu dois t’incliner dans ton impuissance pour que l’amour-propre ne te bute point à un mur de ténèbres. Il faut que tu te remémores' la profonde parole ; Scitur melius nesciendo.