LB CZ\B IWAN
Sous les bois, sur les monts, emporter sa compagne.
Monter si haut, si haut, ifue Ton puisse s'asseoir
Près des gnomes légers qui s'y rendent le soir ,
Sous ces étoiles d'or où vont mes rêveries!
rayonnantes fleurs des divines prairies.
Quand vos yeux pleins d'amour viennent à s'entr'ouvrir,
Pour m'envoler vers vous que je voudrais mourir !
Mais qu'est-ce donc, mon Dieu, qu'une femme? un mystère !
Beauté, bonheur, amour, qu'étes-vous sur la terre?
Confidences sans fin que les âmes se font!
Hélas! ces mots si doux que cachent-ils au fond?
Mais au prix de mon sang, de ma liberté même,
Faites, faites, mon Dieu, que cette femme m'aime! »
Mourir pour elle, Iwan , c'est là ce que tu veux ,
64 LE GZAR IWAN.
Sois tranquille , elle songe à les combler » tes vœux ; Souvent au prisonnier pour la voir il en coûte ; Et son nom, le sais-tu? mais elle parle, écoute : t Orloff , le temps s'écoule ; il le faut , découvrons Le plus lourd des soucis qui pèsent sur nos fronts. Faut-il qu'à nous distraire ici tu te complaises ï L'amour, au cœur des rois, n'a pas toutes ses aises. Qu'en dis-tu? Ses gardiens, un complot s'élevant , Ont Tordre d'empêcher qu'il ne sorte vivant ; Eh bien! que le complot soit feint ou vrai, qu'importe ? Des coups de feu la nuit, un bruit d'arme à sa porte, Comprends-tu? Viens, Orloff, que tout marche d'accord. •
Et comme ils s'éloignaient on entendit encor: f Au prix de tout mon sang, de ma liberté même,
LE CZAR IWAN. ik
Faites» faiteSi bkui Dieu, que cette femme m'aime j >
Quand V à la grande voix monotone des flots, Se mêlent du donjon des plaintes, des sanglots ; Quand le chœur des hiboux qui hantent ces ténèbres Psalmodie au mourant des matines funèbres, Oh ! que ce noir séjour est lugubre à minuit ! Et que se passe-t-il sous sa profonde nuit?
C'est un témoin discret que la nuit! On raconte Que les pécheurs au jour (du moins ce fut leur conte) Virent un corps portant Tbabit du matelot, Sous le rempart, long-temps ballotté par le flot. Ce corps toucha la grève, où les eaux gémissantes Lavaient ses flancs couverts de blessures récentes,