‹ Heures de poésie (volume 2)Chapitre 26 sur 55 · A M. ART SCHEFFER · texte numérisé non relu

A M. ART SCHEFFER

Ofa! quand j'ai bien pâli sur des rhythmes informes Et qui sonnent si bas , alors je pense à tous. Vous, poète éloquent de la langue des formes, Dont les rhythmes viTans chantent plus haut que nous !

MOTESS.

(1) L'hoinuK», en apercevant la beauté sur la terre, se ressouvicnl de la véritable, prend des ailes et brûle de s'envoler vers clic-.. Nous avons dit que toute ame humaine doit avoir contemplé les essences... mais il n*est pas également facile h toutes de s'en ressouvenir. Quelques unes seulement conservent des souvenirs assez distincts ; celles-ci, lorsqu'elles aperçoivent quelque image des choses d'en haut, sont transportées hors d'elles-mêmes... La beauté était toute brillante alors que, mêlées aux chœurs des bienheureux, nos amcs, à la suite de Jupiter comme les autres à la suite des autres dieux, contemplaient le plus beau spectacle.. . Nous admirions ces beaux objets, parfaits, simples, pleins de béatitudc et de calme, qui se déroulaient à nos yeux au sein de la plus pure lumière, non moins purs nous-mêmes et libres de ce tombeau qu'on appelle corps.

Platon , Dialogue de Phèdre,

(2) Oa se rappelle les beaux vers de Byron auxquels ceux-ci font allusion :

Ave Maria ! blessed be the hour / Ces Ters qui se troarent dans le Don Juan, poème où Taffectalion sociale lutte perpétuellement contre la plus riche nature de poète qui ait Jamais existé, sont de la plus adorable mélancolie. Par la place qu*il8 occupent dans le singulier poème dont ils font partie, ils ajoutent encore TefTet du contraste à l'effet du naturel. Pourquoi faut-il (et surtout dans ce poème qu'une femme célèbre lui demandait à genoux de ne pas finir) que Byron ait contrarié tant de fois ses instincts réels, et que l'esprit du monde l'ait emporté si sourent sur l'esprit du poète? Personne n'avait été plus richement doué que lui. Personne n'ayait, à l'origine, l'Âme plus ouverte à toutes les impressions dont l'ensemble constitue le génie poétique. Personne enfin, parmi les artistes de tous les temps, n'avait reçu à un degré plus éminent le sentiment de la beauté en toutes choses et la puissance de l'exprimer, et cependant il n'usa pas toujours de ses grandes facultés dans leur vrai sens. Le dandy, l'aristocrate, l'Anglais^ enfin toutes les modifications de la personnalité intervinrent trop dans l'em^ ploi de son talent, et, il est bon de le dire, firent plus que de le borner, elles le faussèrent. Sans doute ce qui reste d'incomparablement supérieur dans ses œuvres défraierait plusieurs immortalités ; mais là n'est pas la question, ou plutôt il n'y^a pas ici de

NOTES. tô9

quesUoD : il y a ua regret, un respectueux regret , au nom de la poésie, de ce que Byron n'a pas toujours conservé le niveau de lui-même dans Texercice de son génie ; car , après tout , on ne saurait affirmer qu*il en est du mérite d*un poète comme des productions de la statuaire dans lesquelles il faut, selon quelques uns (et je crois Lessing , dans son Laocoon) , se bien garder d'atteindre le point suprême de la vérité d'expression, sous prétexte de ne pas couper Taile à la rêverie ; ce qui, pour le dire en passant, nous a toujours paru une pauvre manière de concevoir la vérité, même dans les arts.

Voici quelques unes de ces strophes à propos desquelles ces remarques se sont placées ici.

Ave Maria ! blessed be the hour !

The time, the clime^ the spot, wbere I so oft

Hâve felt that moment in its fullest power^

Sink o'er the earth so beautiful and soft ,

While swung the deep bell in the distant tovrer,

Or the faint dying day hymn stole aloft , <

And not a breath crept through the rosy air,

And yet the forest leaves seem stirr'd with prayer.

Ave Maria ! 't is the hour of prayer!

Ave Maria î 't is the hour of love !

Ave Maria ! may bour spirits dure

Look up to thine and to (hy Son^s above !

Ave Maria ! oh that face so fair !

Tbose dowDcast eycs beneath Ih* almighty dove —

What though't is bul a pictur*d image slrilve —

That painting is no idol, Mt is too like,

Sweet hour of Iwilight! — in ihe solitude Of thc pine forest , and ihe silent shore Which bounds Ravcnna* immémorial wood, Booted where once Ihe Adrian wave flow* do'er , To where the last Cœsarian Tortrcss stood , Ever grcen forest ! whIch Boccaccio*s lore And Drydcn*s lay made haunted ground tome, How bave i lov*d the twilight hour and thee !

The sbrill cicalas , pcople of the pine , Making (heir summcr livcs one ceaseless song, Where the sole cchoes, savc my slecd's and mine, And vesper bell*s that rose the boughs along; The spectre huntsman of Onesti*s linc , His hell-dogs, and thcir chase, and the fair throng, Which learn'd from ihis example not to fly From a truc lover , sbadow*d my miod*s cyc.

^^3) Les deux grandes statues couchées qui se voient sur le tombeau de Julien de Médicis à Florence sont considérées comme les figures allégoriques de la Nuit et du Jour. < Au tombeau de Julien, dit M. Quatremère de Quincy, dans son Histoire de Michel-Ange, on ne saurait méconnaître pour être la Nuit cette figure de femme qui dort et à c6té de laquelle se trouvent une chouette et un masque scénique. »

Un contemporain du nom de Strozzi fit un quatrain à la Nuit, auquel Michel-Ange répondit par quatre autres vers qu'il prêta pour réponse à la statue. Ce sont ces deux quatrains qu'on a essayé de traduire au début de la pièce.

On lit encore dans Touvrage de M. Quatremère de Quincy . « La célèbre Vittoria Golona , marquise de Pescara , fut-elle Tastre auquel s'adressa le plus souvent la muse plaloniqucnient amoureuse qui inspira Michel-Ange? on n*en saurait douter à la lecture de ses poésies. »

(4) Robert Messier, auquel est empruntée l'idée de ce petit apologue, est Tun de ces prédicateurs du 15« et du 16* siècle qui ont fourni à M. Ghailes Labitte une série de notices spirituelles et curieuses insérées dans la Re\)ue de Paris , et qui ont été comme

le pTéludjÇ du savent ouvrage qu'^1 yiept de publier : la Démo^ cratie di§ prédicateurs de la Ligw^,

(5) c Iwan était encore au berceau, lorsque survint la révolution qui mit Elisabeth sur le trône, en 1741. 11 Tut renrermé avecla

régente Anne sa mère dans la forteresse de Schlusselbourg

Elisabeth et, après elle, leczar Pierre III voulurent l'entretenir ; l'impératrice pleura beaucoup en lui parlant....: la beauté de sa figure, les plaintes qu'il fit entendre n'émurent pas moins le czar. Catherine II, après le meurtre de son mari, chercha les moyens de se défaire d'un rival pour qui tant d'hommes qui ne

l'avaient jamais vu bravaient continuellement l'échafaud

On chargea le capitaine Oulousieff et le lieutenant Ischekin de coucher dans la chambre du prince Iwan, et on leur remit un ordre signé de l'impératrice , par lequel il leur était ei^oint de tuer leur prisonnier à la moindre tentative qui serait faite pour l'arracher de la forteresse Huit soldats gardaient ordinairement le corridor de la chambre où était Iwan et tous les passages qui y aboutissaient Un officier nommé Mirowitsch

se laissa corrompre par les agents secrets de l'impératrice, et

simula un complot Il réussit, vers les 10 heures du soir

(ys juillet 1764), à gagner trois caporaux et quelques soldats ; et ils marchèrent vers la prison d'Iwan. . . . Arrivés à la porte du corridor, il commanda à sa troupe de faire feu sur les senti-

nelles. ... : Il pointa lui-même un canon contre la porte

Les officiers Oulousieff et Ischeltin, préposés à la garde du prince, s*étaient renfermés dans sa chambre, et avaient crié aux sentinelles de faire feu ; mais, lorsqu'ils entendirent Mirowitsch ordonner d'enfoncer la porte, ils fondirent sur le prince, Tépée

à la main Au bruit des coups de fusil, Iwan 8*était réveillé,

et, entendant les menaces de ses gardes, il les avait conjurés d'épargner sa vie ; mais, voyant qu'ils n'avaient aucun égard à ses prières, il trouva des forces dans son désespoir et se défendit assez long-temps. Ayant la main droite percée et le corps couvert de blessures, il saisit Tépée d'un de ces monstres et la brisa; mais, tandis qu'il se débattait pour lui en arracher le tronçon, l'autre le poignarda par derrière et le renversa. Celui dont l'épée s'était brisée acheva de le tuer à coups de baîon* nette.

« Le lendemain , le corps du malheureux prince fut exposé devant l'église de Schlusselbourg, revêtu d'un habit de matelot. Une foule immense y accourut, et il est impossible de décrire la douleur qu'excitait la vue de cet infortuné*

«Iwan avait six pieds de haut, une blonde et superbe chevelure, des traits réguliers et la peau d'une extrême blancheur; aussi sa beauté et sa jeunesse faisaient encore mieux sentir le malheur de sa destinée et la férocité de ses bourreaux. »

Fie de Catherine II,

(6) Ceci n*est qu'un picui hommage au jeune poèlc que nous n'avons pas gardé assez iong-lemps au milieu de nous. Georges de Guérin est mort trop tôt, même pour sa gloire, et cependant ce qu'il a laissé d'inachevé révèle un mouvement d'inspiration et une originalité d'une telle hauteur, qu'il se peut bien que l'avenir compte avec ce talent qui n'a guère fait qu'essayer ses forces dans le silence. Du reste, une des premières garanties de l'éclat que doit jeter plus tard le nom de Guérin est cet autre nom qui s'est inscrit le premier à côté du sien encore obscur. On se rappelle que Georges Sand a consacre un article à la mémoire de notre ami. Nous détacherons de ce beau travail quelques fragmens qu'on va lire, où se trouvent une appréciation si délicate et de si éloquents regrets.

« George-Maurice Guérindu Gay la naquit au château du Cay la^ département du Tarn, vers 1810 ou iSll. Sa famille était d'une des plus anciennes du Languedoc. Il commença ses études à Toulouse et les acheva au collège Stanislas, à Paris^ sortit ducoilége de 18^9 à 1860^ passa près d'une année en Bretagne, revint à Paris, y développa ses facultés, mais par un travail sans suite, abandonné et repris souvent. Sa vie jusqu'à son mariage, qui eut lieu en 1838, fut très simple, nullement littéraire dans le sens extérieur que Ton donne h ce mot. Il n'aborda jamais aucun journal, ne publia rien, et partagea son temps entre ses lec-

notea. 166

turcs, ses secrètes études poétiques , et le monde qu'il aimait beaucoup. 11 mourut l'année dernière, au château du Gayla, chez son père , ne laissant que des Tragmens , et en très petit nombre.

....George Guérin ne Tut ni ambitieux, ni cupide, ni vain. Ses lettres confidentielles, intimes et sublimes révélations à son ami le plus cher , montrent une résignation portée jusqu'à rindifTérence.. en tout ce qui touche à la gloire éphémère des lettres. « II portait dans le monde (c'est ce même ami qui parle) une élégance parfaite, des manières pleines de noblesse et un langage exquis^ ne jetait pas d'éclat, n'avait pas de trait, mais quelque chose de doux, de fin et de charmant que je n'ai vu qu'à lui, et dontreflet était irrésistible. Il aimait extrêmement la conversation, et quand il rencontrait par hasard des gens qui savaient causer, il s'animait et jouissait de ce qu'ils disaient comme il jouissait de la musique , des parfums et de la lumière. »

.... C'était une de ces âmes froissées par la réalité commune, tendrement éprises du beau et du vrai, douloureusement indignées contre leur propre insuffisance à le découvrir, vouées en un mot à ces mystérieuses souffrances dont René^ Obermann et Werther offrent sous des faces différentes le résumé poétique. Les quinze lettres de George Guérin que nous avons entre les

mains sont une monodie non moins touchante et non moins

belle que les plus beaui poèmes psychologiques destinés et litres à la publicité. Pour nous, elles ont un caractère plus sacré en* core, car c'est le secret d'une tristesse naïve, sans draperies, sans spectateurs et sans art ; et il y a là une poésie naturelle , une grandeur instinctive, une élévation de style et dUdées, auxquelles n'arrivent pas les œuvres écrites en vue du public et retouchées sur les épreuves d'imprimerie. Nous en citerons plusieurs fragmens, regrettant beaucoup que leur caractère conQdentiel ne nous permette pas de les transcrire on entier. On n'y trouverait pas un détail de l'intimité la plus délicate à révélei% qui ne Tût senti et présenté avec grandeur et poésie. Ce sont peut-être ces détails que, comme artiste, nous regrettons le plus de passer sous silence. . .

c Je vous dirais bien des choses, du fond de l'ennui où je suis plongé, de profundis clamarem ad te ; mais il Tant que je m'Interdise ces Mies. Elles n'ôtent rien au mal, et Ton prend la ridi* cule habitude de se plaindre. Nous avons tant de ridicules que nous ne connaissons pas, qu'il Tant , du moins autant que nous le pouvons, nous garder de ceux qui sont manifestes. Vous m'avez dit un jour qu'en sortant du collège je devais être exagéré et en proie aux sottes manies qui ont travaillé toute cette jeunesse d'alors, mais qu'aujourd'hui , sans doute, j'étais vrai^ et ne jouais pas à l'ennui et au dégoût. Ah! n'en doutez pas ; si je

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n'ai pa» de bon sen^/ j'ai du moins un peu de ce goût qui est le bon sens de l'esprit, et rien, à mon jugement, n'est plus choquant , surtout à notre âge, que ces afrectations de collège. Dieu merci , je ressemble assez peu à ce que j'étais dans ce temps-là ; et si j'affectais quelque chose, ce serait de faire oublier ma personne d'alors. J'ai le malheur de m'ennuyer aujourd'hui comme je faisais sous la grille de Stanislas, voilà la ressemblance. A celte époque de mon ennui, j'en disais plus qu'il n'y en avait ; aujourd'hui j'en dis moins qu'il n'y en a , voilà la différence. ...»

« . . . Si j'en croyais mes lueurs de bon sens, je renoncerais pour toute la vie à écrire un seul mot de composition. Plus j'avance, p]us le f«inl6me (l'idéal) s'élève et devient insaisissable. Ce mot propre , celte expression , la seule qui convient , dont parle La Bruyère, je n'ai jamais reconnu, au contentement de mon esprit, que je l'eusse trouvé : et, l'eussé-je attrapé, restent l'arrangement et les combinaisons infinies, et la variété, et le piquant, et le solide, et la nouveauté dans les termes usés ; l'imprévu, l'image dans le mot, elle contour, la justesse des proportions, enfin tout, le. don d'écrire, le talent; et de tout cela, je n'ai guère que ^la bonne volonté. — Pardonnez-moi ce cours de rhétorique. Il faut garder et couvrir ces choses. Fi donc, le pédant! »

* 11 avril 1858. — Hier, accès de fièvre, dans les formes ; au-

jourd*hui, faiblesse, atonie, épuisement. On Tient d'outrir les fenêtres ; le ciel est pur et le soleil magniQque.

Ah ! que ne suis-je a^sis à Tombre des forêts!

« Vous rirez de cette eiclamation, puisqu*on ne voit pas encore aux arbres les plus précoces ces premiers boutons que Bernardin de Saint-Pierre appelle des gouttes de verdure. Mais peut-être qu'au sein des forêts, dans la saison où la vie remonte jusqu'à l'eitrémité des rameaux, je recevrai quelque bienfait, et que j'aurai ma part dans l'abondance de la fécondité et de la chaleur. Je reviens, comme vous voyez, à mes anciennes imaginations sur les choses naturelles, invincible tendance de ma pensée , sorte de passion qui me donne des enthousiasmes, des pleurs, des éclats de joie, et un éternel aliment de songerie. Et pourtant, je ne suis ni physicien, ni naturaliste, ni rien de savant. Il y a un mot qui est le dieu de mon imagination, le tyran, devrais-je dire, qui la fascine, l'attire, lui donne un travail sans relâche et l'entraînera, je ne sais où : c'est le mot de vie. Mon amour des choses naturelles ne va pas au détail ni aux recherches analytiques et opiniâtres de la science, mais à l'universalité de ce qui est, à la manière orientale. Si je ne craignais de sortir de ma paresse et de passer pour fou, j'écrirais des rêveries à tenir en admiration toute TAIIemagne, et la France en assoupissement. >

Dans une autre lettre, il exprime l'identiGcation de son être

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avec la nature, d'une manière encore plus vive et plus matériellement sympathique.

c J*ai le cœur si plein, l'imagination si inquiète, qu'il faut que je cherche quelque consolation h tout cela en m'abandonnant avec vous. Je déborde de larmes, moi qui souffre si singulièrement des larmes des autres. Un trouble mêlé de douleurs et de charmes s'est emparé de toute mon ame. L'avenir plein de ténèbres où je vais entrer, le présent qui me comble de biens et de maux, mon étrange cœur, d'incroyables combats, des épanchemens d'affection h entraîner avec soi Tame et la vie et tout ce que je puis être ; la beauté du jour, la puissance de l'air et du soleil, ail, tout ce qui peut rendre éperdue une faible créature me remplit et m'environne. Vraiment je ne sais pas en quoi j'éclaterais s'il survenait en ce moment une musique comme celle de la Pastorale. Dieu me ferait peut-être la grâce de laisser s'en aller de toutes parts tout ce qui compose ma vie. 11 y a pour moi tel moment où il me semble qu'il ne faudrait que la toucher du doigt le plus léger pour que mon existence se dissipât. La présence du bonheur me trouble, et je souffre même d'un certain froid que je ressens ; mais je n'ai pas fait deux pas au dehors que l'agitation me p^end , un regret infini , une ivresse de souvenir, des récapitulations qui exaltent tout le passé et qui sont plus riches que la présence même du bonheur ; enfin ce qui est, à ce qu'il semble» une loi de ma nature, toutes choses

170 NOTBS.

mieux ressenties que senties. — Demain, vous verrez chez vous quelqu'un de Tort maussaude, el en proie au froid le plus cruel. Ce sera le fou de ce soir.

Caddi comê eorpo nMrto o*d«.

Adieu ; la soirée est admirable ; que la nuit qui s'apprête vous comble de sa beauté ! »

Est il beaucoup de pages de Werther qui soient supérieures à cette lettre écrite rapidement , non relue, car elle est à peine ponctuée, et jetée à la poste, dont elle porte le timbre comme toutes les autres?

Il a des mots admirables jetés çà et là dans ses lettres, de ceux que les écrivains de profession mettent en réserve pour les enchâsser au bout de leurs périodes comme le gros diamant au faite du diadème. Il dit quelque part :

« Quand je goûte ce'te sorte de bien-être dans l'irritation, je ne puis comparer ma pensde (c'est presque fou) qu'à uw feu du ciel qui frémit à l'horizon entre deux mondes. »

Et, vers la fin de la même lettre, il raconte que ses parentes s*inqu!ètent de rattérationde ses traits ; cependant il leur cache le ravage intérieur de la maladie.

c Ah ! disenl-tUes en se ravisant , c'est le retranchement de vos cheveux qui vous rend d'une mine si austère. — Les cheveux repousseront, et il n'y aura que plus d*ombre. >

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