AU PEUPLE
Quand dépouillant des cieux l'auguste majesté^ Le verbe vint jadis prêcher la vérité , Du monde et de l'erreur secouer l'esclavage Et rendre à la vertu son antique héritage ;
Prophète conquérant, on ne vit pas son bras S'armer, pour convertir ,du glaive des combats; Ou, jaloux d'illustrer sa doctrine naissante, Flatter des Rois d'alors la grandeur impuissante. Mais des enfans du peuple il composa sa cour; lies pauvres, les premiers, connurent son amour, Et de simples pécheurs que sa vertu seconde.
Une croix à la main, envahirent le monde.
O Dieu qui me créas ! que suis-je devant toi?, . . Vil néant, vil atome ! -^ Et cependant en moi. Je sens vibrer l'écho de ta sainte parole, Gomme un accent divin qui trouble et qui console. Est-ce ta voix, mon Dieu? l'écouterai-je çnvain ? A tea chastes trésors ferm«rai-je mon sein !
Ou , content de les voir se consumer dans l'ombre, Des hommes sans vertu grossirai-je le nombre ? Non, non , puisque la lyre est un don de tes mains,
— i9 — Je veux la faire entendre aux timides humains ; Et , choisissant aussi le plus simple auditoire, Au peuple, comme toi , je chanterai ta gloire.
Oui, peuple ! c'est à toi que s'adressent mes chants, Toi , dont Jésus aimait à bénir les enfants.
Et qu'il prit par la main, pliis heureux que Moïse, Pour les conduire enfin dans la terre promise. Or , n'attends pas de moi , prophète corrupteur, Un .vers tout parfumé d'un encens imposteur.
Non , la Muse n'est plus la vierge qu'on immole Et qu'on jette, sanglante, aux festins d'une idole ; Le poète , aujourd'hui , fils de la liberté, Marche d'un pas plus sûr vers l'immortalité ; Car il s'est revêtu d'un plus saint caractère, Et juge de plus haut son divin ministère.
Eloquent défenseur du Dieu de vérité, Il faut que son vers libre , au peuple répété,,
Rallume le flambeau de sa vieille croyance, Comme de saints récits on berça son enfance.
A ses esprits distraits il chante tour à tour, Et l'hjnnne du devoir, et l'hymne de Tamour.
Et n'usant que pour Dieu de sa juste influence, Le poète finit où le prêtre commence.
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