LA NUIT DE NOËL
Que m'as-tu révélé, nuit puissante et féconde, Dû devant les autels humblement prosterné, J'attendais que le ciel, s'abaissant sur le monde, Vînt lui dire : « Un Dieu vous est né ! »
Et mon âme veillait, ainsi qu'au sanctuaire Semble veiller la lampe au timide rayon, Et j'invoquais l'enfant qui devait à la terre,
S'offirir en gage de pardon. i
Voicillieure ! il descend, .sous les traits de l'enfance Le V^be, faible et nu, vient de paraître au jour, A la droite du père il laisse sa puissance, Il n'est plus Dieu que par l'amour.
Il est né ! que nos cbants célèbrent sa venue, Que parmi tous les jours ce jour là soit béni. Nous, soyons les bergers qu'une voix inconnue Appela les premiers à lui.
Je l'ai vu! ^-Maissoudain quel trouble m'environne? D'où me vient cet efiroi ? dans leur saisissement Mes membres ont frémi, ma force m'abandonne ;
Et pourtant ce n'est qu'un enfant?
Un enfant! à son nom que tout genou fléchisse : Terre! prête, a dit Dieu, ton oreille à sa voix, O cieux,prostemez-VQUs! enfer, lieu de supplice, Tu te soumettras à ses lois !
Un enfant— ! quatre murs ébranlés par l'orage, Où les fils de ITiiver ont fixé leur séjour, Une crèche, im troupeau, voilà son héritage, Son lit, ses amis et sa cour.
Mais qu'ai-je dit? pardonne, ô vierge, ô tendre mère! Près de lui tu veillais, et tes soins empressés Savaient bien repousser l'atteinte meurtrière De la souffrance aux doigts glacés.
Puis soudain, contemplant sa céleste origine
Humble, tu l'adorais, le priais tour-à-tour ; Lui, penché sur ton sein, de sa grâce enfantine Payait la dette de l'amour.
Auguste enfant, di»-moî, si tu viens sur la terre, Pourquoi , pauvre, ignoré, naître en ce triste lieu ? Pourquoi choisir la faim, lesfrimats, la misère ? N'es-tu donc pas le fils d'un Dieu ?
Fais briller à nos jeux ta sublime puissance ! Ordonne, et des palais les portes vont s'ouvrir. Les anges, empressés autour de ton enfance De leurs ailes vont la couvrir.
Maisnon.*^- Tu viens chargé du poids de nos offenses, Né d'un jour, pauvre enfant, tu sais déjà souffrir. Sur ton front innocent imprimant ses vengeances Dieu t'instruit pour nous à mourir.
Tu viens ; mais en naissant tu veux apprendre au monde
Que ses plaisirs, ses biens, que ses noms fastueux, Ne sont rien qu'un néant, qu'une vapeur immonde Qui l'entoure et trouble ses yeux.
Tu viens po\ir soulager les fils dé la misère, Tunaîs,pour les toucher , pauvre et faible comme eux Tu leur dis : « aimez-moi, car je suis votre frère,» £t ta main leur montre les cieux.
D'un cœur qui te comprend, mon Dieu, bénis la fiamme , Fais-le, par ton amour, suivre et chérir ta loi. Pans sa course, ici |)a9, daigne guider mon ame. Enfant Jésus, protége-moi !
Et, battu par des flots fertiles en naufrages, Si mon esquif s'égare emporté loin du bord,
Mes yeux invoqueront l'astre pieux des mages, Et j'irai m'endormîr au port.
39 décembre i83l.