‹ Heures de poésie (volume 2)Chapitre 32 sur 55 · EGALITE · texte numérisé non relu

EGALITE

Des novateurs ont dit: « l'hommeestégaUrhomme., « Le puissant que l'on bait, le sage qu'on renomme, » Pauvres et parvenus, soldats et généraux, » Ainsi veut la raison, désormais sont égaux <

H La vertu n'est qu'un mot, le vice est un mensonge, « La vie est un banquet, et la mort est un songe ; « Passez, videz la coupe où rit la volupté, « Mort à qui ne prend pas sa part d'égalité ! »

Quand ib eurent jeté cette parole au monde, n fallut travailler à la rendre féconde ; Et pour mieux appuyer leur langage imposteur La hache dans leurs mains fut l'égalisateur ; Malheur donc à celui dont l'antique héritage Rappelait à leurs jeux les grandeurs d'un autre âge Malheur au prêtre^ assez courtisan de son Dieu Pour murmurer encor son cantique au saint lieu. Ces grands convertisseurs en matières civiles, A se les rendre égaux, se jugeant inhabiles, Appelèrent bientôt le glaive à leurs secours, . Et des proscriptions prolongèrent le cours.

PuiS} debout devant eux quand l'homme de génie

Apparut, quand Ghénier, ce fils de l'harmonie,

Vint troubler par ses vers leurs sens épouvantés,

Plus sourds (]ue ces dragons que des chants ont domptés ,^

Mesurant le poète à leur sanglante équerre :

« Cet homme est plus que nous, ont-ils dit ; que la terre

« S'abreuve encor du sang d'un mauvais Citoyen,

« Bourreau, fais ton devoir, ce que tu &is est bien.

ijt quand au milieu d'eux quelque main fatiguée Ralentissait la mort qu'elle avait prodiguée, . Ou qu'un seul parmi tous, dans un transport nouveau, Roi du sang, usurpait le sceptre du bourreau ; Alors vous eussiez vu ces fils d'un peuple libre. De la fraternité maintenant l'équilibre.

Par zèle pour la loi, se dévorer entre-eux, S'asseoir, sans en rougir, à ce festin hideux. Et sur leurs échafauds qu'un sang frant^ais arrose

Voter d« la Raison la sombre apothéose.

Alors, peuple, du moins tu marchais mon égal ! La mort seule régnait sur son noir piédestal, Et sur tous ses enfants cette mère farouche Versait également les poisons de sa bouche.

A moi l'exil, à toi la faim à ton réveil.

Frère, touchons la main, notre sort fut pareil !.

Mais un homme survint ; sur nos têtes égales n dressa, pour lui seul, ses pompes triomphales. Et nous courbions nos fronts sous son large pavois^ Bien plus qu'on ne l'eût fait jusque-là sous nos rois» La fortune suivit sa route aventurière..

Quand il eut sous son char broyé l'Europe entière. Il choisit entre nous à qui donner un nom, A qui de sa couronne octroyer un^fleuron,

Et vit en illustrant ses compa|[nons de gloire, L'Égalité mourir au£ pieds de la Victoire.

On prétend qu'en nos jours la vieille égalité, Regrettant parmi nous sa courte royauté, Aux fils de Saint Simon, ses élus, ses prophètes, Transmît l'ordre récent d'agrandir ses conquêtes. Mais bientôt repoussé, ce flot de novateurs De France aux bords du Nil exporta ses erreurs. Je ne salirai point ma plume à vous décrire Les impudiques lois de la secte en délire ; D'autres fléaux le monde est déjà trop rempli, Couvrons le plus honteux du voile de l'oubli.

11 n'est que toî, mon Dieu, dont l'auguste science Puisse entre tes enfants maintenir la balance. Fragiles instruments de ton œuvre divin, Ta bonté nous créa tous pour la mém£ fin.

— se —

Des maux que nous pleurons compensateur sublime , Celui qui du malheur nous semble la victime, A tes regards devient et plus noble et plus grand Que l'orgueilleux paré du nom de conquérant.

Celui qui s'abreuvait des eaux de la misère , Tu daignes le nourrir du pain du sanctuaire ; L'orphelin oublié, qui pleure un long ennui, Voit ton verbe fait homme et qui pleure avec lui. Les grands sont* méconnus par tes lois tutélaires S'ils ne se font petits pour soulager leurs frères, Et marquant sur nos fronts ton immortalité.

Seul tu peux proclamer la sainte égalité.

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