‹ Heures de poésie (volume 2)Chapitre 33 sur 55 · L'ANGE GARDIEN · texte numérisé non relu

L'ANGE GARDIEN

Quand je naquis à la lumière, Un ange glorieux et beau Du ciel descendit sur la terre.

Et s'approcha de mon berceau..

Il n'avait pas le regard sombre

De TAlthète mystérieux ,

Qui combattit long-temps dans Tombre

Contre Jacob aimé des cieux.

C'était l'ange à l'âme attentive Qui y poussant son lit de roseaux, Guidait doucement vers la rive Moïse j bercé sur les eaux.

Le doux regard de sa paupière, Aimait à s'attacher sur moi ; Du seigneur il suivait la loi, En me veillant dans le mystère.

Car Dieu dit : « Ange, que ta main «< Porte le fils dema tendresse, « De peur que son pied ne se blesse

« Contre la pierre du chemin. >» (^).

A l'amour d'un gardien si tendre Sans doute cet ordre fut doux :

Ainsi qu'une mère aime à prendre Son nouveau-né sur se^ genoux.

Et là, sur un sein tiède encore^ Et palpitant d'un chaste amour.

Présente à l'époux qu'elle adore^ L'heureux fruit qu'elle a mis au jour ;

Ainsi vers les cieux , ô mon ange.

Tu soulevais mon jeune cœur, Et je bénissais le Seigneur, Dont tu m'apprenais la louange.

Et le Dieu des petits enfants , Quand je le priais pour ma mère, Exauçait déjà ma prière , Car il aime nos premiers chants.

Enfant, si ta mère sommeille j (Ainsi nous l'enseigne la foi) , Une autre mère est là, qui veille ; Et cette mère, ange, c'est toi.

Oh ! priez-le, votre bon ange , Priez-le bien, à deux genoux, Car jamais son amour ne change, Et c'est son Dieu, qu'il aime en vous

Plus tard vous le verrez, quand la mâle jeiuiesse

Brisant le joug étroit qui la dompte ei la blesse ,

Comme un robuste Spartacus,

S'abandonnant aux flots des tempêtes humaines ,

Echangera bientôt pour de plus lourdes chaînes

Les doux liens qu'elle a rompus ;

Quand, rêvant aux plaisirs , son ardeur frénétique Traversera les feux de son brûlant tropique,

Vidant la coupe des amours ; Et que pour éclairer la sombre nuit du crime Ses voeux n'appelleront au versant de l'abîme,

Que l'affireux doute, à son secours :

Alors vous le verrez, votre ange tutélaire,

Qui près de vous , enfant , remplaçait votre mère ,

Ce divin messager des cieux, S'attacher à vos pas comme un ami d'enfance , Et vous suivre aux sentiers où croupit la licence ,

Pleurant et détournant les yeux.

Du cygne éblouissant, ainsi quand la couvée Déjà blanche, et joyeuse, et que l'on croit sauvée

S'abîme en un bourbier fangeux ; La mère sans ternir l'éclat de sa parure , Préfère de ses fils supporter la souillure

A la douleur d'être loin d'eux.

N'auriez vous pas un jour, quand l'âme frémissante Contre l'ardent plaisir veut lutter impuissante,

Et faible courbe les genoux ; Gomme une voix d'en haut qui vous est parvenue , Dites, n'auriez-vous pas d'une voix inconnue. Entendu les accents en vous

Soupirs, cuisants sanglots, remords, douleur intime. Aiguillons déchirants , qui poursuivent le crime ,

Vifs regrets, ou lointain espoir ; N'était-Kse pas la voix de votre ange fidèle, Qui sans cesse oublié, sans cesse vous rappelle

Du chrétien le noble devoir.

Et puis, quand le Malheur, au milieu de vos fêtes D'épine, au lieu de fleurs, vient couronner vos têtes 9

Comme un convive inattendu ; Et brisant sous ses, pieds la coupe de délice, Yous dit, en présentant son douloureux calice i

M Buvez le vin qui vous est dû ! »

Et voyant s'envoler les jours de votre joie.

Lorsque ces faux amis , que votre or vous envoies

Avec vos plaisirs auront fui.

Quel est cet autre ami, cpii, trompant votre attlsnte^ Seul, viendra ranimer votre âme défaillante ?

C'est votre ange, c'est toujours lui.

Le doute vous poursuit , le désespoir vous tente ; Pauvre vaisseau sans mât , battu par la tourmente,

Et qu'étreignent les flots jaloux i Qui, des cieux qu'il connut, invoquant la liunière, Au port veut ramener la nef aventurière ?

Ange divin , c'est encor vous.

Mais le temps est venu. — C'est la saison nouvelle, Où la fleur de mes^ans commence à se flétrir ; O toi qui me guidas, ô mon gardien fidèle, Viens m'aider à mourir.

Il semble autour de moi que tout tremble et s'efface ; Tout se perd, tout s'enfuit dans un douteux lointain i Et l'ami que j'aimais me voit tomber, et passe Sans me tendre la main.

Amour, gloire, plaisir, image radieuse.

Fortune, dont l'éclat m'éblouit im moment, Je vous laisse aujourd'hui sur ma route poudreuse, Comme un vieux vêtement.

Vous pressant dans mes doigts, j'ai goûté votre lie, Comme d'un vin nouveau goûte le vendangeur ; Mais je ne trouve en vous qu'amertume et folie Qui soulèvent le cœur.

Les rêves sont finis , la vérité commence, £t brille à mes regards dans un jour effirayant ; Je vois les deux bassins de la juste balance : Quel est le plus pesant ?

Ah î jetons-y du moins, à mon heure dernière. Quelques soupirs tardifs d'amour et de douleur ;

Ange, inspire à mon âme , inspire une prière Qui touche le Seigneur.

À ton Dieu, d'un mourant porte la plainte amére. ^ • » Pendant ma longue erreur, j'ai tant bravé sa loi ! Peut-être en ce moment il repousse ma mère Qui l'implore pour moi.

O mon âme , chassons cette image trompeuse ; Le cri du repentir de Dieu suspend les coupsi Et le Christ a jeté sa croix victorieuse Entre sa foudre et nous.

J'espère , car j'entends ta voix intérieure, O mon ange ! et déjà , m'élevant vers les cieUx i « Viens , me dis-tu , voici ta future demeure ; » Viens , mentons-y tous deux.

Puisse mon âme alors , qui te dut sa victoire , S'envoler avec toi dans un soupir d'amour, Et , désormais ta sœur , s'abîmer dans la gloire Du céleste séjour.

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