ÉPILOGUE
Peuple, ici ce n'est plus une fable menteuse, Ou le rêve indiscret d'une muse pieuse Stipulant pour le ciel sur ta crédulité.
Non , ces traits sont frappés du sceau de vérité ;
La foi les inscrivit comme un de ses mystères. Multipliant les feux de ses vives lumières, Quand la verrai-je en moi s'accroître et s'enflammer , Et le peuple, en mes chants, la connaître et l'aimer ? Que ne suis-je l'encens qu'un chaste feu dévore, Qui monte vers son Dieu, parfume et s'évapore ! Du moins, que n'ai-je pu recueillir en mes vers Quelque lointain écho des célestes concerts ? Du vrai Dieu, cependant, jeune et faible interprète, Ma bouche à son appel ne reste pas muette ; Gonmie Adam , je n'ai pas fui devant mon auteur , Mais de son joug divin j'ai compris la douceur. Ainsi , me dérobant aux passions humaines, Du seul vrai, du seul bon, je veux porter les chaînes, Et si je n'atteins pas à l'immortalité.
On lira sur ma tombe : Amour et vérité.
PREMIÈRE ARSENCE.
Gaston, valeureux chevalier, Laissait, partant pour guerroyer, En son manoir une épouse bien chère.
Pleurant l'absence du héros,
Seule, elle disait en ces mots Sa plainte amère :
(( Depuis qu'ai perdu mes amours, » L'ennui pèse sur tous mes jours » Et mon bonbeur n'a duré qu'une aurore » Les songes troublent mon sommeil, M Et, jadis si doux, mon réveil » M'attriste encore.
» Loin de son regard enchanteur »> Mon ame, veuve de bonbeur » Gomme une fleur tristement s'est fanée » Pleurant SCS longs embrassemens » Gomme une colombe au printemps » Abandonnée.
» Merci gloire ! — Mieux vaut Tamour, » Il est doux, sûre du retour » A noble cœur d'unir sa destinée, » Et comme on s'aima le matin » De s'aimer encore à la fin » De la journée.
» Quand j'évoque son souvenir, >» Vers moi ne vois plus revenir » Que des fragmens qu'aussitôt je rassemble ; » Et quand le possède en mes yeux, >» Un trait soudain trompant mes vœux » Manque à l'ensemble.
» Je crois le voir dans les combats » Sans cesse. affronter le trépas, » De sa vaillance, hélas! mon cœur murmure ;
» A la mort voudrais l'arracher
» Quand potirrai<Qe enfin détacher » Sa lourde armure^
» S'il n'allait plus me revenir !*....
» — Triste présage, à te bannir »> Loin de mon cœur un tendre espoir m'invite : » Oui, je veux croire à son retour ; >» La douleur pour tromper l'amour » Vient assez vite. »
Sa douce voix chantait encor Lorsque le son lointain du cor
Troubla soudain sa plainte solitaire
— - De Gaston le palefiroi noir Revenait, tout seul, au manoir, Après la guerre.