LA. MORT DU SOLDAT
21 la MXémoitt tut llicl)epancr. (*)
Il grandit dans les camps ; ^étendard tricolore D'un filial amour avait rempli son cœur, Et quand vint Waterloo, le soldat jeune encore Pleura long-temps son Empereur.
'^) Voyex les notes à la fin du volume.
— lOC —
Mais bientôt à Cadix en nous voyant combattre, Il comprit que la gloire aimait aussi les lys,
Et que le drapeau d'Henri quatre N'était pas plus conscrit que l'aigle d' Austerlitz.
Puis, quand la vile calomnie Nouvel interprète des lois, Du manteau de l'ignominie Eut couvert le meilleur des rois ; Au serment de l'honneur fidèle Prêt à mourir pour sa querelle, Le brave accourt pour le venger ; Mais trompé dans son espérance, Il suspendra sa noble lance A côté du drapeau d'Alger.
£Et pourtant son âme est "encore Avide de nouveaux lauriers.
Il brûle de revoir l'aurore Dorer le casque des guerriers.
France ! ton amour le domine ; Anvers , Mascara , Constantiue , .
L'appellent... aujour du combat Il marchera, mais volontaire, Et n'acceptera pour salaire Que la mort, la mort du soldat.
Ce prix , il l'a trouvé ! . . . . sur sa large poitrine
Sublime sanctuaire où reposait l'honneur.
Il oflre un but trop sûr aux feux de Gonstantine,
Il tombe et n'a pas un vengeur !
Sur des fusils porté le preux mourant s'avance. Et vers le Dieu des forts levant ses yeux éteints.
Il a dit : je meurs pour la France !
— La France ! . . . ont retenu les échos africains.
Et semblable à Bayard qui sur sa bonne épée
En mourant, à son Dieu jurait son repentir.
De souvenir de foi sa grande âme occupée
Apprenait la mort du martyr.
Puis, laissant, plein d'espoir, sa dépouille à la terre. Comme un aigle royal il s'élevait aux cieux,
Et son noble aïeul et son père.
Tous deux applaudissaient son départ glorieux.
Si tes amis, ô Richepance,
Pleurent l'absence du héros,
Dans leurs cœurs français, ta vaillance
A trouvé de nombreux écbos.
Essaim que le printemps ramène.
Bientôt vers la rive africaine
Plus nombreux ils prendront l'essor.
Et toujours épris de la gloire.
Au bruit du canon de victoire
Tes os tressailleront encor.
Janvier 1837.
Stance et BteUnne.
FRANCE ET BRETAGNE f).
5t jn. th. bclnD.......
Quand j'entendis ta voix ^ enfant de la Bretagne , Je crus ouïr l'écho de là vieille montagne , Où du Dieu des Gaulois le tonnerre gronda y Et qui fut le berceau des fils de Velléda.
(*) Voir les notes à la 6 n du volume.
J'aime à nos vieilles mœurs te retrouvant fidèle , A voir comme en tes chants le chrétien se révèle : Ta foi, je la comprends, j'adore aussi ton Dieu.. . Nos cœurs au même autel ofiBrent le même vœu, Et du Christ tous les deux si l'amour nous inonde , C'est que son sang paya la liberté du monde.
Fils du pays d'Iwen , oh oui , je te comprends Quand la liberté sainte emprunte tes accents , Et pleurant sur les croix qu'osa briser l'impie Tu signales l'afiEront que ta douleur expie ! A toi , libre toujours , à toi jeune chrétien , J'o£fre un cœur qui t'admire et qui répond au tien; Mais trop épris des lieux témoins de ton enfance , Breton , quand je te vois cépudier la Fifance y Quand de nos vieux Yalois repoussant ]«s bienfaits Tu dis dans ton dédain : « je ne <sfuispas Franf^ais! » Alors à tant d'orgueil mon cœur n'osant se rendre. Sans cesser de t'aimer , cesse de te comprendre.
Oh ! pourquoi rétrécir ainsi ton noble amour ? Dis , <jue n'c»-tu Français et Breton tour-à-tour ? Français, pour «(p'^en ces jours où la mère patrie Forme de ses enfants sa couronne chérie y Te choisissant-commé eux , ainsi qu'à ses amis Elle vous môntfê ^^heureuse et fière , aut «nnemis; Français, s'il' final donner des lauriers à ses gloires , Pleurer sur seB-malbeiiri ou chanter ses victoires : Breton, si dii Seigneur il faut suivie la> loi ^ S*il faut coprher ,soi^ froni sousle joug delà foi, Si de l'antiqi]^ ^Jiqimeur la .voix mâle iCt sonore Par de jeunes accents doit reteptir encore ; . : . Breton s'il faut aimer,. BretoA s'il faut souffirir, Lutter comme un héros , tomber coiiuvie un mart^rl
Oh! quand il faut du Christ venger l'injuste outrage,
Je suis Breton aussi , car je hais l'esclavage ;
Je suis aussi Breton quand il faut dans mes chants ,
Rendre à Dieu 9011 qutel , son culte et son encens ;
Je suis aussi Breton , car j'aime ma patrie
Et mon front rougirait de son ignominie.
Mais je le vois , ami , je te calomniais ,
Car si je suis Breton , tu dois être Français :
Hé l n'as-tu pas quitté ton aride bruyère
CSomme l'oiseau des champs qui cherche la luiuiàre,
Et prolongeant déjà son vol audacieux
Sans mesurer son aile a mesuré les cieux?
Près de Chateaubriant , maître en fait d'hérèfeme
Ne te formes>tu pas au vrai patriotisme,
Et dans nos jeunes rangs , partageant nos efforts ,
Ne prends-tu pas ton poste au milieu des pliis forts?
-^ Sous l'étendart du Christ dont l'amour nous rassemble
Si tu le veux , ami , nous combattrons ensemble ,
Et tous deux appuyés sur l'immortelle croix ,
Pour dire ses grandeurs , nous unirons nos voix .
Tous les deux consacrés au culte de la France
— lis ~
Noscœurs ne formeront qu'un voou, qu*une e9pérance ; Et semblables aux preux, frères dans les combats, Frères pour les lauriers, frères même au trépas, Tous deux quand du pays cesseront les alarmes Ensemble, au même autel nous suspendrons nos armes.
Paris, %g nurs 1836*
xrv.
a Ja*" la M^ ii c
A MADAME LA MAftQUISE BE L.
J'aime tes souvenirs si plein's de poésie, Fleurs qui n'ont rien perdu de leur parfum lointain ; Ah ! redis-nous encor ces choses d'Italie Que tu nous dis si bien.
Montre-nous le Forum et sa ruine immense , La Rome de Jésus , et celle des Césars , Cité qui du Très-Haut refléta la puissance â or ses deux étendarts ;
L'un sanglant : — tout trembla sous les aigles romaiues Que guidait aux combats l'ange exterminatcui^ ; Au lieu de les donner l'autre brisa les chaînes , C'est la croix du Sauveur!
Alors, ivre de honte en s^ chute profonde Rome allait s'écroulant comme une autre Memphis, Mais Dieu la relevant dit : sois reine du monde , Ton roi sera mon fils.
Oh ! fais-nous éprouver ce qu'éprouva ton âme Quand, la première fois, au parvis du saint lieu Un vieillard tout blanchi, faible comme une femme
T'apparut comme un Dieu !
Chante! sur tes accents j'aime à monter ma lyre , Tes chants si beaux, vois-tUi sont un bienfait pour moi ! Je les garde en mon âme, et ceux qu'elle m'i nspi re Sont plus dignes de toi.
De tes amis lointains j'ai bien compris l'ivresse , Ils doivent maintenant accuser ta rigueur ; Et tu dois mieux juger de leurs jours de tristesse Par nos jours de bonheur.
Si vers Naples pourtant je volais à ta suite ! . . . . Je voudrais séparer mon âme par moitié, La plus triste serait pour tous ceux que je quitte L'autre pour l'amitié.
Une &odété ^an» Mm.
UNE SOCIÉTÉ SANS DIEt.
31 in U t)'* it 3.
Quand l'homme , se croyant seul arbitre suprême, De France, par décret, bannissait Diei:^ lui-même, Et, comme les Titans, lui disputait les cieux , Dieu dit: « Retirons-nous de l'homme; sa démence
n Servira d'instrument à ma juste vengeance ! » n dit, et détourna ses yeux.
Alors, loin du regard qui dirige le monde.
L'affreux Chaos sur nous posa son sceptre immonde ; La loi céda bientôt sa balance aux bourreaux ; Et sur les vieux débris du trône qui s'écroule, Nous n'entendtmes plus que les cris de la foule Applaudissant au pied des écbafauds.
Les hommes fatigués du joug de la justice.
Ne reconnaissaient plus, dans leur sanglant caprice, Qu'un devoir, la vengeance! qu'un instrument, la mort! ' Et des crimes vainqueurs les cohortes puissantes Se heurtaient au grand jour, et bravaient, triomphantes, L'aiguillon brûlant du remords.
Et la France, aux bras nus de la démagogie,
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Se vautrant aux plaisirs d'une hideuse orgie , Livrait au vice impur les trésors de son sein ; Les monstres se cherchaient, et le fils de la femme Devait toe, en ces jours, le fruit d*un couple infâme Pour mériter le pom de citoyen.
Ils n'avaient plus de Dieu : mais leur vaine sagesse Voulut de la Raison se faire une déesse Et l'installer vivante aux degrés du saint lieu : Pour qu'elle accueillît mieux leur encens frénétique,
On la prit dans la fange et la fille publique
Posa sur l'autel du vrai Dieu !
Mais parmi les méchants il est un juste encore , La foi soutient son cœur, la vertu le décore , Dieu pour en faire un père en avait fait un Roi. . . . — n faut que dans le sang la liberté se fonde : Ils ont frappé le juste ! et les peuples du monde,
Muets témoins, i^ssaillirent d'effiroû
Car jamais, fors le jour, où l'ingrate Solime De ses limguea ftirçUrspi^t un. Dieu pQur; victime. Le glaive ti'attéigiiit de plus noble héros ; De Jésus expirant disciple magnanime , liQuis.pei iSfi' vengeait 4 cette) liedre. sûblimle/ Qu'^ pardonnant à ses bourreaux.
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](ièur crime fut si grand que l'aveugle vengeance Duiâ^V!9C&iI; Di^ qu'abcs eût adoré la France Frappa d'un èceaU de mouleur front ensanglanté; Et d'un reflet maudit colorant leur mémoire, La flé(|à^, dé^rmais par la main de l'histoire ; D^ sceau de l'immortalité. .1.
Quarante a]iS4)nt passé. — Quarante ansi et leur trace Est pourtant chaudeencor au monde où touts'effîice;
Maïs eux I dans ta colère, ô Sort! qu'en as-tu fait? Où sont donc aujourd'hui Saint-Just et Robespierre?. Par ces tigres flatté , le lion populaire Dans leur sang lava leur forfait.
Où sont ces vils Brutus et leurs tremblans Séides? Où sont ces vieux Marat, singes des vieux Atrides ? La Mort depuis long-temps sur eux fixa son choix ; Et de Collot mourant la plage américaine Retentit, pour que tout dans Tunivers apprenne Comment le Sort venge le sang des Rois.
—Peuple! voilà pourquoi, comme en un sanctuaire, Je conserve en mon cœur le triste anniversaire Que proscrivent en vain des tribuns orgueilleux ; Voilà pourquoi, pleurant les maux de ma patrie , Je sens ma foi s'accroître, et ma douleur s'écrie : « Tremblons , il est un juge aux Cieux ! »
Janvier i835.
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