‹ Heures de poésie (volume 2)Chapitre 41 sur 55 · ELEGIE · texte numérisé non relu

ELEGIE

O mon Dieu ! prends pitîé de ta trîste victime , C'était mon bien^ mon $eal trésor à moi ,

Je l'aimais tant! mon cœur pouvait l'aimer sans crime y Pourquoi sitôt le rappeler à toi I

Jamais encor mes yeux n 'avaient versé de larmes, Que son amour n'apaisât mon ennui ,

£t ce jour, qui me voit en ces dures alarmes , Est le premier où je pleure «ans lui.

Cher Léon, c'en est fait! sous la tombe cruelle ! Tu dors sans moi, ton long, bien long sommeil. Tu dors, et n'aura plus hélas ! ta pauvre Armelle, Tes doux baisers pour charmer son réveil*

/ Tes cendres sont ici. -—Mais ton âme si pure,

Déjà sans doute est bien heureuse aux cîeux . . . Ce n'est point de ton heur, ami, que je lùurmure.

C'est de n'avoir pu mourir tous les deux.

H faut vivre pourtant! — Que deviendrait ce gage^

Tribut chéri de nos tendîmes amours , Bel ange aux doux regards, de toi vivante image,

— 15tf -^ Si de sa mère il perdait le secours ?

Je veux vivre pour lui, c'est vivre pour toi-même :

Tu me léguais en mourant ce trésor Pour que mon cosur hélas! en sa douleur extrême y

Dans cet enfant pût te chérir encor^

Oh! viens^pauvre petit, syr le sein de ta mère, Tu ne sais pas ce que tu perds; tes yeux

Ont souri doucement à ma douleur amère , Larme d'ennui n'est pas faite pour eux.

Tu le sauras, mon fils, combien grande est ta perte, Tu le saui>as, lorsque ton jeune cœur,

Me voyant de mes pleurs couvrir sa tombe verte, Demandera d'où me vient ma douleur.

Tu le sauras, enfant ! Ta mère endolorie

Te contera sa gloire et ses malheurs , Te dîra qu'il servit et chanta sa patrie ...

Tes yeux alors pourront trouver des pleurs. '

Alors tu reviendras t'asseoîr avec ta mère , Sur le tombeau de celui qui n'est plus y

Et tu feras serment aux cendres de ton père D'être son fils aussi par tes vertus.

Comme lui, sois fidèle, à ton prince, à ta dame ;

Du Seigneur Dieu suivant la douce loi , Au vieil et saint honneur, jeune, exerce ton âme,

Ainsi vivra ton noble père en toi.

Anne société ^an^Men.

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