SUITE D'UNE SOCIÉTÉ SANS DIEU
O peuple ! ne crois pas qu'effi-ayé de tes crimes, Je te rejette au front le sang pur des victimes , Et n'imputant qu'à toi tes injustes fureurs , J'éternise en mes ckanls ta honte et tes errcurs î
Non, non, mon libre cœur comprend mieux la justice , Non, des vils préjugés détestant le caprice, J'ai su fermer mon âme aux cris des factions.
Dans le drame sanglant des révolutions
Au peuple, que l'erreur encense et calomnie ,
N'appartient tant d'honneur ni tant d'ignominie.
Le peuple est un soldat, c'est un noble instrument,
Dont jamais les partis n'usèrent noblement :
C'est un vaste océan que soulève la haine
Et qui se gonfle aux vents de la tourmente humaine.
Jusqu'à ce qu'effira jé de ses propres efforts
De quelque grand naufrage, il ait souillé ses bords.
C'est un ardent coursier qu'on veut rendre farouche:
Des valq^ corrompus ensanglantent sa bouche
Pour qu'à l'heure, où, trop sûr de sa docilité ,
Sur ses flancs assouplis le maître aura monté,
Méconnaissant soudain la main qui le dirige .
Il se livre aux trans{>ort6 de^son fougueux vertige. Dans sa course sonore, orgueilleux étalon , Il dévore Tespace et souffle l'aquilon , Et sur des rocs sanglans, ce fils de la tempête Du nouvel Hîppolîte ira briser la tête.
Quand le peuple se vend aux traîtres factieux, Voilà quel est son rôle, à lui, voilà ses jeux. Et combien, cependant qui furent ses victimes Flattèrent ses héros qu'ils proclamaient sublimes Et combien du vrai Dieu' zélés persécuteurs, D'un manteau d'hypocrite affublant leurs fureurs, Une harpe à la main, au bas peuple, à l'enfance Ont soufflé leurs venins^de hçiine et de vengeance! . . Puis, pour creuser au vice un sillon plus profond. Au prêtre, à pleines mains, ils jetèrent l'affront , £t^ Pilâtes nouveaux du pontife de Rome , Ils l'offrirent au peuple, en disant : Voici l'homme!
Honneur i honneur à vous , apôtre& insensés l Si vos fruits sont am^s , n'importe : applaudissez î Un peuple de bon goût inonde vos théâtres , Pour Macaîre, Antony, ses bravos idolâtres Prouvent qu'il vous comprend, iiobles législateurs; Le vice vous devra de hardis sectateurs.
Heureux de pénétrer son infâme mystère Vous laissez , en héros , se draper Lacenaire ; Vous stéréotypez, presqu'en les admirant, Les rêves éhontés du monstre délirant.
Vous trouvez Fîeschi plaisant quand il vous brave, £t comme une Corday vous adulez Lassave.
Le crime est héroïsme , et le fier Alibaud Trouvait, comme Talma , que son rôle était beau : Et tu ne songes pas, siècle impur et frivole, Que pour l'homme sans Dieu le crime fait; école,
O docteurs patentés , prêtres d'impiété ,
A qui le peuple a dû sa part dUniquité , Prophètes, qui parez du nom d'indépendance Tout mépris pour la foi, la vertu, la puissance ; Traîtres au peuple, un jour se disant ses amis Pour trafiquer, tout seuls,des biens qu'il a conquis; Pilotes invoquant les fureurs de l'orage Pour grossir vos trésors des débris du naufrage ; Je voudrais que mes vers vengeurs du sang des rois, yengeur8dupeupleaussi,vengeurs detousles droits. Gomme des fers brûlants sur vos fronts de reptiles Burinassent la bonté en traits indélébiles ; Pour que,montrés au doigt des enfants dansleurs jeux Le reste des humains vous conspuât conmie eux ; £t que, sans examen, au jour de la vengeance Satan à ses élus pût sourire d'avance.
Et pourtant s'il existe encore quelque vertu Si d^un manteau grossier le bon sens revêtu
Craignant des novateurs les trompeuses chimère» Préfère croire encor ce que croyaient nos pères ; Si quel({ues bons esprits du Christ suivant la loi Répandent tour-à-tour la science et la foî^ Pour que ces deux fanaux confondant leur lumière Guident l'homme indécis dans sa courte carrière ; Alors je reconnais la main du Dieu jaloux ; Peuples, du haut des cieux il veillera sur vous. Et saura bien, btavant le siècle qui s'indigne Trouver des ouvriers pour cultiver sa vigne.
%tfvxne à la Jjbrfle Jllam.