‹ Heures de poésie (volume 2)Chapitre 45 sur 55 · LE JUGEMENT · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT

Et de Vange des cîeux la trompette éclatante Retentit, et les morts se dressent d'épouvante; Et Dieu du haut des airs fait entendre sa voix

— lee —

Et féconde la terre une seconde fois ;

Et le verbe descend, et sillonnant la nue La foudre et les éclairs proclament sa venue.

Et les méchants passaient, et les justes passaient, Et les portes d'enfer sur leurs gonds se roulaient, Et dans l'immensité des voix se répondaient. . . .

Terre et cieux , écoutez ! — le juge appelle encore

Ces athlètes rivaux qu'un feu brûlant dévore

De la foi de Jésus courageux défenseurs

Ou de l'impur Baal zélés propagateurs.

Gomme pour appuyer son jugement suprême.

Dieu voulut que les choeurs des cieux, les enfers même

En fussent les témoins : l'hymne éternel cessa,

Et des hommes-pasteurs l'épreuve commença.

Deux hommes ont paru, l'un sur son front auguste

Porte empreinte déjà la majesté du juste ;

L'autre s'md%iM^ ^ ^rmobb, et.M YAinfi fitreiir^ Déguise vç^X V^flloÀ ({«i kiroog&k ooeun^..

Le rire an W^sifiifim^ «dt e$i|^Qt éfx m, bouçlie Et ta^t l'enfer «e ine««(4ai^son rai^ furouche.

Et l'ange ^i v^UWt aw ceu^ni^ des humaînff Lut ainsi dai^i^k^ sûl^s Içlitre à^ i^tisas^^

(S'adreNttHt 4 fliomme jtute).

C'est toi qui du vrai Dieu sus répandre l'amour ; Aux hommes tu montrais la douce Providence , Mère tendre pour eux, et juge tour-à-tour , Juge dansleurs erreurs, mère dans leur souffirance. . . Pour annoncer ta foi dans les climats nouveaux, Fils du Christ, comme lui tu marches sisr les eaux^ Si ceux qu'à ses aulels ton zèle en vain attire, Tu les as baptisés du sang de ton martyre.

( à Thomme «la siècle).

Ton génie envieux de la Divinité,

Sapa les fondemens de toute autorité Des peuples révoltés ardent missionnaire, Tu brandis de Satan la foudre incendiaire , Et rampant tout le jour dans le palais des rois, Tu poursuivais la nuit tes sinistres exploits. Au seul nom de vertu: ta longue frénésie , Ne put se mesurer qu'à ton hypocrisie.

Et fascinés par ton brûlant regard , Les peuples t'ont aimé comme la faible proie A l'instant de mourir sent presque de la joie Sous l'œil sanglant et doux du fourbe léopard.

(à l'homme juste).

Tu disais aux puissans : « le pauvre est votre frère, » Ses pieds sont nus et rude est le chemin ,

» Pour l'amour de Jésus, tendez-lui votre main , » Et consolez ses pleurs et sa misère. »

— Au Lazare implorant le riche fastueux

Tu disais : « ô mon fils garde-toi du murmure

» Espère, et si ton âme est pure » Au nom de Jésus-Christ je te promets les cieux.

Tandis que l'avare odieux » A Timmortell serpent servira de pâture... »

— Mais toi puisque ta bouche aima la vérité, Et des fils de Mammon combattit l'imposture

Tu ne seras point rejeté , Et le pain des élus sera ta nourriture Et Dieu te vêtira de l'immortalité.

( à l'homme du siècle).

Approche , homme coupable et reçois ton salaire; Car à l'homme crédule en l'appelant : mon frère Tu dis qu'à l'orient l'étoile en vain brillait Que le ciel était vide et que Dieu le trompait. Quand il souffrait, versant le venin sur sa plaie Ne lui disais-tu pas : « où donc est le Seigneur? » Mais tremble, car voici que le grand moissonneur

Agite son fléaa vengeur, Et gardant le bon grain, va rejeter l'ivraie.

Mais Satan, fier encor de sa rébellion Frémissant sons le poids de la damnation, Près du trône se dresse :

O malédiction !....

Qui pourra me venger de ce dernier outrage , Dit-il , il est donc vrai, je combattais en vain ? O Christ, j'ai donc en vain brisé ton esclavage ;

Et fait pâlir ton sjmbole divin ?

N'importe , assouvis ta vengeance !

Frappe, qu'attendrais-tu? rebelle au repentir, Si j'ai ri de ta croix, je ris de ta puissance ;

Car tu ne peux m'anéantir.

Frappe et dis : mon destin sera-t-il moins sublime? Immortel comme toi , juge trop magnanime.

Si j'ai vécu pour te haïr , Pour te haïr sans fin je ne dois plus mourir : Oh ! je veux te maudire encore.

Enfer ! ton zèle me dévore, Ouvre ton sein pour m'engloutîr!

Et chacun des démons saisit une victime ;

Et les couples ailées tournoyaient dans l'abîme

Hurlant l'hosanna des maudits :

Et Dieu dit aux élus : et vous , soyez mes anges ^ Pendant l'éternité vous direz mes louanges

Aux échos de mon paradis.

^oniïvance.

SOtnrpRANCB.

O toî que j'ai peu yu, que fd coimais à peine , Mais dont la voix puissante a parlé devant moi, Comme un ^uide, à ton lit la souffirance m'entraîne^ El je viens chanter près de toi ;

(*) Voyes le» notes à la fin du volume.

Car tu ne chantes plus ! — mais détachant ta Ijre , Je voudrais qu'elle pût se méprendre à ma voix , Que, docile à mes voeux, la corde qui t'inspire Vibrât d'elle^néme en mes doigts.

Oh ! alors ton nom seul serait une harmonie ! Je poserais la gloire à ton lit de douleur, Et, pour toi, je dirais avec ta poésie Les nobles élans de mon coeur.

Aux enfants je dirais : enfants ; votre prière Peut le sauver ; pour lui priez à deux genoux , Priez la vierge, enfants, car il aime sa mère, Sa bonne mère autant que vous.

Aux vierges dont le cœur ignore la souillure Et qu'il charma souvent de ses accents si doux, Je dirais : ohl pour lui priez la Vierge pure.

Car il s'est fait pur comme vous.

Aux prêtres je dirais : préparez la victime, Pour le poëte il faut l'immoler ! parmi nous Son ministère est grand : catholique et sublime Il est apôtre comme vous.

Et de ces cœurs lïnîs la fervente prière S'élancerait vers Dieu sur ses deux ailes d'or, Et tu vivrais encore pour consoler ta mère, Pour chanter tu vivrais encor.

(A te voir je l'ai cru) le poète est un ange Exilé parmi nous : cet hôte harmonieux Du Dieu qu'il vit un jour nous apprend la louange Et nous fait souvenir des cieux.

Et vivre n'est pour lui qu'une lutte incessante

Entre son corps de fange et son âme de feu , Et la sombre douleur comme une austère amante L'entraîne toujours vers son Dieu.

Voilà, voilà pourquoi tu soufires, o poëte !

Comme elle a ses lauriers la Muse a ses combats ; Le combat t'a blessé, mais sur ta noble tête Le laurier ne fleurit-il pâs ?

Courage ! Dieu là haut contemple ton martyre, Son regard guérira ta souffrance d'un jour, Et son esprit encor fera vibrer ta lyre De foi, d'espérance et d'amour.

26 septembre i896.

|)ieru C0rttnlle.

PIERRE GOBNEILLE.

Autrefois quand la lyre ou les arts, ou (a guerre D'un grand homme de j^us enrichissaient la terre, La terre à ce héros érigeait des autels ; Reconnaissant ainsi leurs bienfaits, sa justice

Mit Esculape, Hercule et l'amant d*Euridice Au nombre des Dieux immortels.

Quelshonneurs pouvons-nousterendre, ô grand G>meille! Jeune encore, et semblable à l'aigle qui s'éveille Toit les cieux, et s'élance en des champs de clarté ; Tu franchis d'un seul vol l'ignorance des âges , Et pour premiers travaux ne laisses que des gages D'une juste immortalité.

Alors, de faux plaisirs le Français idolâtre Aimait à se vautrer aux fanges du théâtre, La farce, aux jeux grossiers, y régnait sans pudeur : Mais qui, sur notre scène appelant la décence , Aux viles passions imposera silence?

Seul , Corneille aura cet honneur.

Il parle, tout l'admire : une aveugle critique ,

A l'écart, aiguisant son trait vil et caustique, L'insulte comme un prêtre aux parvis du saint lieu; Mais le Cid apparaît , et la France ravie Semble par ses transports justifier l'envie, De son ministre Richelieu.

Le Gid! — entendez-vous don Diègue qui s*écrie : « Rodrigue as-tu du cœur ? ma vieillesse flétrie » Te réclame, va, cours, et venge mon honneur ! » Le devoir l'emporta sur l'amour et l'intrigue. Un cri : voici le Maure ! un héros : c'est Rodrigue, En un seul jour deux fois vainqueur !

Corneille ! les Français ont bien compris ta gloire Le Cid est immortel , il vit dans leur mémoire, Ton œuvre fut pour ^x le symbole du beau :

Cest beau comme le Cid ! ont-ils dît.. . ô Neustrie ! Neustrie, applaudis-toi, car tu fus sa patrie.

Et tu veikkt iur aon berceau. "

Écoutez ! écoutez la voix in vieil Horace :

De trois £1» qu'il aimait, noble espoir de sa race, ^

Deux sont morts: Rome accueille, en pleurant, leurs adieux « Contre trois un seul reste ; Horace a dit : « qu'il meure » Son sort est assez beau , Home, k sa dernière heure , Libre encor fermera ses yeux, n

Quels sublimes accents quand la pourpre romaine Pardonnant à Ginna son audace et sa baine.

Lasse de sang, s'efforce à régner par l'amour ; Qu'il est beau ce César quand la fière Emilie Brisant , quoiqu'à regret , le serment qui la lie , Vient pour le bénir à son tour l

Mais quel rayon d'en baut vient éclairer ton ame. O Corneille! est-ce Dieu qui l'agite et l'enflamme?

A tes yeux , à ton eœnr vienWl se déomivrir?

T'effre-^^il, deseendânl mur ia sainte montagne, Sa gloire poor témcNbi^ nâ fovube poav compagne? L'as-tu coatemplé 8»tts mer^ir?

Q^ plutotdes elurétiens aux premiers jours d'épreuve Ton génie a compris cette foi forte et neuve ; L'esprit du Dieu vivant a parlé dans tes vers. Des soldats ont saisi Poljeucte au prétoire : « Où le conduisexrvous 7 — à la mort !•— à la gloire I « Regardez ! les cieux sont ouverts ! >»

O toi qui dissipais l'antique barbarie,

Vois par son prony>t retour notre gloire flétrie,

Aeviens pour éclairer noire profonde nuit :

Car ce feu créateur que l'homme en l'homme adore^ Le génie, en nos jours, ainsi qu'un météore, Sam éclairer nous éblouit.

Yiens, viens, les temps sont durs : ballotté par l'orage Dirige notre esquif, sauveoious du naufrage.

De jeunes nautonniers nous poussent à l'écueil ; Les plus vieux matelots, fils de l'expérience. En vain ont élevé leurs voix ; l'abîme immense S'entr 'ouvre en un vaste cercueil.

Fier de sa nudité, vois l'ignoble scandale,

Sur la scène étalant une pompe immorale , Du peuple flatter l'oeil bas et luxurieux :

Car on ne sourit plus aux fables de Dorante, Et si l'on rit encor, c'est d'un ris d'épouvante, I^our un forfait ingénieux ,

Le théâtre n'est plus qu'une sanglante arène ; Le public est un flot que soulève la haine, Une tourbe qu'on dresse à flageller les rois ; Et qui, parodiant les burlesques mystères, Sur des tréteaux impurs dresse des sanctuaires, Pour Dieu , son pontife et sa croix !

Là, c'est l'ange déchu qui tourmente l'histoire Pour jeter dans ses vers l'insulte à la mémoire Du preux qui disait : « tout est perdu, fors l'honneur ! » Où prend-*il les tableaux que son pinceau nous donne ? £st-ce à Marîgnan? non.-— C'est chez la Maguelonne Chez la fille de l'impudeur ! . . . .

Corneille ! as-tu bien vu la hideuse Lucrèce, Essayant les loisirs de la bonne déesse, A force d'attentats la surpasser encor?

Partout c'est le poison, l'adultère, Tintieste,

Horreurs que dans la nuit oqus montre un doigt funeste .G>mme il montrerait un trésor.

Malheur ! quand le talent qui dévore sa honte Fait une œuvre avant terme, et la Kvre, et Tescompte, Vend à la fois sa gloire et ITionneilr pour de l'or ; Malheur ! quand désignant au lion sa victime, Au peuple son tyran, vous VnmU» a^ crime, Malheur! son réveil est la moft!

Ah ! si frappés des sons de ta mâle harmonie, Ib venaient s'emhrâser aux feux de ton gfaie Et puiser dans tes chants la décence et la foi ; Sans doute ces esprits que l'orgupil déshonore, Comme ces fiers aiglons qui planetit vers Taiirore Montraient presque jusqU^à toi.

Puisse en des jours meilleurs, oh ! puisse notre France

Sentir de ton cegard la sublime influence, Veille sur elle, en toi sa gloire ose espérer : Et, comme un astre ami qu'un œil d'amour implore» S'il est un jeune cœur qu'un noble feu dévore, Abaisse-toi pour l'inspirer !

Mars 1834*

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