LA FOI
O toi dont Tamitié me fut toujours si clière , Qui , soutenant mes pas glîssans dans la carrière , Encourageais déjà mes vers adolescens, Et (us comme un parrain pour ces premiers enfans ;
Ignores-tu pourquoi , sans consulter mon guide , Précipitant l'essor de mon aile timide , Gomme le jeune oiseau dont la plume a grandi , Je montais à l'aurore et ckantais avec lui?
C'est qae l'esprit d'en haut, l'esprit de la lumière Déchirait à mes yeux les voiles du mystère , Et le Dieu de Moïse en son krdent buisson M'apparaissait, et moi je proclamais son nom : C'est que la foi du Christ , de ce juge-victîme, Gravait au fond de moi son empreinte sublime ^ Et que, tout frémissant de l'entendre insulter, Dans mon isolement je voulus le chanter.
La Foi ! — ne sais-tu pas quel était son empire? C'est elle qui guidait nos pèreS au martyre ; C'est elle qui passant , humble et faisant le bien , OfiBrait aux malheureux un refuge ensoti sein ; C'est elle qui des eieux nous révélant la f^re ,
- toi -
Fît parler Augustin, Bossnet et Grégoire ;
C'est elle qui domptant le monde révolté
Pour régénérateur créa la liberté !
Et le monde croirait dans son indifférence
Que la foi de Jésus a perdu sa puissance?
Que son symbole usé, ses dogmes yieillissants
Deviennent le ho<^t du peuple et des enfants ?
Et le sage a cru voir dans la nuit de ses veilles
Qu'elle est bien morte enfin, puisqu'elle est sans merveilles!
Oh ! qu'il regarde encore
— Au soleil du printemps J'aime à voir les progrès des arbustes naissants. Au bout de chaque branche uu bouton vient d'éclore; Ce bouton devient feuille à la première amt>re : Tout grandit,toutsemeut,toutchante autour de moi. Aux rayons de l'amour ainsi germe la Foi :
Ne descend-elle pas sur l'ame délaissée,
Comme au frêle arbrisseau Dieu suspend la rosée?
Ne se plait-«lle pas à côté du malheur^
Comme auprès de l'épine on voit briller la fleur !
Quand les fléaux vengeurs se disputent le monde.
Qui les combat? la Foi.— Car, dans leur lutte immonde
La croix de Jésus^jhrist est le serpent d'airain
Que les peuples jamais n'invoquèrent en vain.
Mais ceux dont le regard se ferme à la lumière,
Esclaves n'adorant que l'or, vile poussière,
Et pour qui l'avenir, qu'ils n'osent entrevoir,
Est sans éternité comme il est sans espoir;
Qui cherche à les guérir? la Foi.— Leur vaine idole
Les délaisse, et la foi de Jésus les console.
Car souvent prévenante à l'heure du trépas
Elle se montre aux cœurs qui ne l'invoquiiient pas.
— Modernes héritiers du vieux philosophisme,
Missionnaires de mort, apôtres d'athéisme,
Je vous adjure au nom du Dieu de vérité,
Pour remplacer la Foi, qu'eussiezrvous inventé ?
€ar enfin, avant vous il fallut à la terre
Un culte, des autels, des Dieux ; et Robespierre,
Robespierre, en progrès votre prédécesseur.
Au grand être voulut rendre un tardif honneur.
Grands docteurs, bien avant que vous prissiez naissance
Le monde rejetant les langes de l'enfance,
Se crut homme et voulut s'élancer sans appui ;
n se crut Dieu, mais Dieu se retira de lui,
Et le meurtre et le sang, le vice et l'infamie.
Furent les fruits amers de sa philosophie.
Le siècle a bien marché; vous rélevez l'autel En bravant son ministre, et le prêtre Ghâtel Installe sous vos yeux un culte transitoire Qui pour symbole unique enseigne à ne rien croire Au peuple vous parlez de Dieu, d'autorité,
En souillant son regard de votre impiété ^ Hypocrites feignant de consoler l'Eglise , Ce que sa loi défend, votre loi l'autorise.
Et pour trente deniers vous n'héffiiteriez pas A donner à Jésus le baiser de Judas ! . . .
Vos discours de la Foi détruisant l'équilibre , L'enfant est libertin même avant d'être libre, Comme il n'a point de culte il n'a point de devoir; Jeune-hommei suivra4-il la raison?.... vain espoir! Des sales voluptés quand sa boucbe avilie Aura bu les derniers venins, jusqu'à la lie.
Vieillard sans barbe encore, avide du néant n dédaigne la nM>rt, et jvolétaire ardent^ Soit qu'il lutte avec vous ou contre vous conspire , Héros, vous le dotez, ou sicaire il expire ; Mais souvent de ses mains un précoce trépas Le délivre, et vos lois ne le flétriront pas.
Pourtant au fond de nous ranimons l'espérance, O peuple, ce n'est point en vain que ta croyance Brava Néron le tigre et Julien l'imposteur, Et pure, traversa dix siècles de splendeur.
> Non ce n'est point en vola, qu'en salutte récente La Foi dans ses martyrs apparut triomphante , Et que des Lacordaire, apdtres de vingt ans , Font vibrer sa parole en nos cœurs frémissants. O peuples, espérons! non,' k Foi n'e^ pas m<Aie, Sa flamme est aussi vive et sa voix aussi forte. Elle a troublé Luther, et les fis de Gidvin Retournent par degrés au symbole divin ; Rome, Kmne est eneor cette mohe sublime D'où flofC, ivre de ioi, cel^saitim magnanime D'ouvriers au cœur pur, au langage de feu, Qui par-delà les mets vont annonçant leur Biétt. Oh! qu'ils sontbeaux les pieds empreintssur]amontagne(^)
(•)I«aïe52. la
De celui que l'esprit du Seigneur accompagne, Et qui, prêchant la paix, la justice et la foi, Dit au monde étonné : c'est ton Dieu, lève4oi !
Oui, contre votre foi le siècle en vain conspire : Autour de vous, partout, c'est la foi qu'on respire: D'un être bien-aimé pleurez-vous le trépas?
Auprès de son tombeau la Foi guide vos pas ; Enfant, quand on ouvrit vos yeux à la lumière, La foi de Jésus-Christ vous bénit la première, La Foi rend plus léger le fardea9 d'un long jour ; La Foi, trésor du ciel, rend chaste votre amour ; La Foi, comme un ami , s'attache à la faiblesse Vengeur, s'attache au crime et le porursuit sans cesse: Oh ! la Foi n'est pas morte et ses augustes droits Sont immortels autant qu'immortelle est la croix .
Et pourtant, si jamais, mon Dieu dans ta justice
iTu pennets qu'à nos yeux ton flambeau s'obscurcisse ^
Si ton juste courroux nous retirant tes lois
D'un peuple moins rebelle, hëlas ! avait fait choix ;
Si les débris du temple où descendit ton verbe,
Devaient servir d'asile au reptile, sous l'herbe :
Que dans mon cœur du moins, de tous les cœurs banni
Gomme sur un autel ton saint nom soit béni !
Que tout en moi t'adore, et que toute inon ame
Soit comme un pur encens que ton amour enflamme
Et que, seul, au milieu de tes p;ersécuteurs.
Tout faible que je suis, je dise tes grandeurs!
Ces chants, à ton goût sûr, ami, je les confie Et puisque ma jeune ame à la tienne est unie En ma foi de chrétien si tu n'es de moitié Du moins auras^u foi dans ma tendre amitié;
£a flmr.