‹ Heures de poésieChapitre 20 sur 23 · IX · texte numérisé non relu

IX

SYIiTC.

Au fond du parc, au bord de la charmille sombre» La voilà qui se glisse à peine comme une ombre, Tourne la grande allée, el se baisse, arrachant Des feuilles qu'à ses pieds elle $èaie W marchand

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Quand le lutin du bal , de ses ailes rapides, Fouettait les blonds cheveux sur les tempes humides, Quand pour former les nœuds de ses frêles rubans, La danse a butiné toute la fleur des bancs, Je l'ai tant vue alors , Féblouissante fille , Suspendre ses bras nus à Tanneau du quadrille, Balancer son corsage au cri soyeux et doux !

Cette reine du bal la reconnaissez-vous?

Sa cour est dispersée, autour d'elle tout change ; Sa couronne déjà pèse à sa tête d'ange.

Le soir quand nous suivons la rampe du coteau, Vers la sombre chapelle adossée ait château , Tu t'arrêtes et là, sous leurs rideaux de lierre, Tu regardes la Vierge elles vieux saints de pierre.

Aiimoisde mars passé, vers les premiers beaux jours. Le fleuve aux larges eaux nous emportait vers Tours. Le flot profond encor bouillonnait à la proue , Et scintillait aux flancs sous la mordante roue, L'invisibk poussière inondait nos genoux; Avec tant de douceur les cieux glissaient sur nous! Elle aimait tous ces flots battant leurs vastes rives , Admirait les champs frais, vantait les perspectives.

Tous les saules des bords et les parcs riverains A la file passaient sous ses regards sereins. Pour moi je ne voyais qu elle seule, et sur elle , Assis à ses côtés, j'inclinais son ombrelle.

Elle était calme encor, près de moi si troublé ; Presque rien dans ses yeux ne s'était dévoilé.

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Mûîs dans un de ces bals qu'elle adorait naguère, Quelque jalouse humeur entre nous mit la guerre» £t nous rendit boudeurs ; mais pourtant, au départ, Vinrent des mots Inen bas, quelques soins de ma part. Puis du trouble, une larme , et la main qui déploie, Sur le dos demi-nu le mantelet de soie, De crainte que la nuit de son soufBe assassin ïf '^fQç^r^t seulemept Ig moiteur de 9on $eio.

Et lorsque la calèche à grand bruit fut lancée, Près de moi palpitante elle fut balancée , Et des ressorts plians le roulis me penchait Sur sa mourante épaule , et mon œil s'attachuit A la douce ficiire oîi des boucles sans nombre

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Mariaient leurs anneaux et promenaient leur ombre. Elle observait , muette, et tout en relevant Son voile vers le store attire par le vent Qui rasait la voiture aux mouvemens rapides, Où le jour par degrés lançait ses jets limpides.

Mais éteignons plutôt ce brûlant souvenir !

Voici l'heure pourtant où je la vois venir Dessiner sur le tertre où la riche Touraine

Déroule les carreaux de son tapis de reine ; D'où la grande avenue aux platanes marbrés

Jette sa frange au bas de la robe des prés D*où lointaines forêts, châteaux, fine tourelle» Sur les clairs horizons se détachent pour elle.

Je me perds à la voir, et me trouble de tout , Aux lectures du parc, à toute heure, partout ; De la senteur des bois elle arrive embaumée , Puis à table , elle prend sa place accoutumée , Sans qu'on eût deviné le doux bruit de ses pas ; Mais, tardive et toujours la dernière au repas, Car elle est oublieuse! adieu les causeries , Les demi-mots, la joie et les étourderies!

De ses lèvres à peine elle effleure les mets, Et du repas d'un sylphe elle vit désormais.

Avant cela sa vie était limpide et douce , Comme au parc un filet d'eau vive sur la mousse! C'est la fleur de ses jours qui se consume! Eh bien

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Tous les coups vont frapper de son cœur sur le niien, Et pourtant je ne sais quel bonheur me pénètre A contempler aussi ce mal que je Tais naître! Voila nos sentimens, confus et mélangés , En douleur y en plaisir à la fois partagés.

Quand nous passâmes hier^aubois, l'étroite planche, Du gant, comme au hasard , elle ôta sa main blanche, Avant de la livrer au toucher frémissant.

C'est toujours à propos quelque fossé glissant. Des petits ponts tremblans sur des ruisseaux limpides, Une brèche écartée , ailleurs des prés humides Qu'elle explore peureuse, où mondéli taquin Pousse, afin d*y courir, son svelte brodequin.

Mais que les soirs encore ont de douceurs et d'aises Au salon ^ quand Tcclat assoupissant des braises Fascine bien des yeux, et que tout à Fentour Ce n*est qu'ombre et silence, effroi, niystère, amour !

Après» nous reprenons nos lectures choisies, Tous nos chels-d'œuvre aimés, la fleur des poésies, Sainte-Beuve ou Nodier, Staël ou Châteaubriant, Puis les romans d'Ecosse et les Nuits d'Orient. Comme hier, à la Gn d'une attachante histoire. Sa main toute rêveuse attira l'écritoîre Pour jeter au papier, sous mes yeux» près de moi, Ce qu'elle avait senti , trouble, plaisir effroi ; Et moi, j'interrogeais ses paupières baissées. Où je voyais glisser l'ombre de ses pensées !

Naguère elle jetait au veut ses airs légers, A présent elle essaie » en leurs mots étrangers, Ces chants, écho lointain des plaintes de l'Irlande ; Que son corps éthéré sur la harpe s'étende , Aux accords, aux attraits que le ciel lui donna, Erin penserait voir Tantique M alvina , Tara reconnaîtrait la harpe qu'elle effleure. Et les chants adorés du passé qu'elle pleure.

temps qui nous les donne et qui nous les reprends Ces jours, vois comme ils ont de rapides courans! * Tout mon trésor s'épuise, et tant de biens en foule, Toute ma vie , eiiGn, dans un seul flot s'écoule! Le terme est là; d'un trait j'ai tari l'avenir; Mais.quelques jours encore, et tout pourra finir!

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Quand à ses dieux lointains le pèlerin d*Asie S'en va porter ses vœux et la myrrhe choisie , Il chemine au désert bien des nuits, bien des jours, Du vieux Gange ou du Sind il suit les longs détours, Par les sentiers perdus, par les cimes brûlées, Sur le granit des monts, sur Therbe des vallées Il se hâte, il arrive , épuisé de souffrir.

Gomme pour déposer son offrande et mourir.

A. M. ARY SCHEFFC».

Quand des Aits parmi nous Dieu répandit la flamme» A cette heure où les lots tombèrent de sa main , Lequel eut le plus beau des domaines de Tame, Et le plus vaste champ de Théritage humain?

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