‹ Heures de poésieChapitre 5 sur 23 · DE MICHEL-ANGE · texte numérisé non relu

DE MICHEL-ANGE

Divin Bonarotti ! sous ton grand ciel de pierre, O sculpteur du sommeil» le voilà donc caché!

A ton tour maintenant, ferme bien ta paupière. Car le soleil de Fart comme toi s*est couché !

MJSS PBOSCUTS.

Ad nulles , Domine , reritas tua!

Feuilletant Tautre soir l'étrange sermonnaire Du vieux Robert Messier, ce vclin centenaire Qu'à la marge vingt clercs de notes ont noirci, D'aventure j'y lus le conte que voici (4) :

Quatre Yoyageurs en détresse , C'étaient la Vérité , l'Eau , le Vent et le Feu , Comme ils se rencontraient un jour en même lieu. Se confiant leurs maux y parlaient pleins de tristesse

Le Feu disait : c Lorsque Thiver Irrite râtre qui pétille , Je suis le roi de la famille y Fêté de tous ; mais qu'au pré vert L'abeille d'or pose et bourdonne, Tous y courent , tout m'abandonne ; Alors que faire? me cacher, Seul dans les veines du rocher ! >

L'Eau disait : < Quand les lavandières ,

Pour blanchir la jeune toison , M'emportent du puits des carrières, J'arrive pure à la maison ; Laver l'urne on baigner la soie , A tout je m'empresse avec joie ; Mais, voyez, qu'en oblîens-je après?

L'on me jette, et je vais, souillée, M*ensevelir sous la feuillée Jusqu'au pied du jonc du marais, i

c Moi, dit le Vent, à mon passage Quand l'aile du moulin bruit.

Le maître me fait bon visage ; Mais quand, au seuil de son réduit, Haletant , j'appelle à minuit.

4i LES PROSCRITS. ^

Bien sourd est l'ami qui repose ; Je m'y morfonds , sa porte est close.

A son huis lors j'ai beau gémir, Comme l'oiseau , veillant ensemble, Où s'arrêter, où se blottir?

Au bois, sous la feuille du tremble ! »

La Vérité leur dit : c Mes fils , Hélas! nous sommes tous proscrits; L'homme ingrat nous poursuit ensemble , Mais moi , je n'ai pour me cacher, Ni les entrailles du rocher.

Ni la pauvre feuille du tremble , Ni le jonc des marais ! Adieu , Assez souffrir, assez d'outrages ;

Je retourne à tes pieds, mon Dieu , Goûter la paix sur tes nuages ! >

ariOBi:.

Miobé ! Niobé ! la grande désolée Qui f sans convulsions , sans cris , sans œil hagard , Et sans que sa beauté rigide en soit troublée» Succombe haute et pure, et meurt sous le regard !

48 moBÉ.

Gomme tu sais, souffrir ! comme tu porte, ô Reine , Des extrêmes douleurs l'impassible fierté l Et comme tu maintiens la forme souveraine Qui t'enveloppe encor de sa divinité!

Rien ne dit si tu meurs , ne dit si tu tressailles ! Nul ne voit sur quel point le mal s'est acharné ; Et la foudre tombée au fond de tes entrailles N'a noirci nulle part ton front découronné.

Le dédain siège encor sur ta haute paupière Dont les orbes éteints ne roulent pas de pleurs ! Le regard fouille en vain ta poitrine de pierre , Où rien ne parle aux yeux de tes grandes douleurs.

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