‹ Heures de prison (volume 2)Chapitre 2 sur 13 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

J'ai gardé le lit quelques jours, et j'ai tant simffert, que je ne voulais plus écrire. Pourquoi^ me disais-je, prêter une voix à tes ennuis ? Pourquoi énumérer tes larmes ? Si le soleil imprime ses rayons sur - la feuille purpurine des roses, la nuit

passe sans laisser de vestiges >les soupirs pleurent sans éveiller d'échos... N'écris plus; dors... Non, ma douleur ne m'appartient pas ; elle est à ceux qui l'aiment.

Pour qu'ils me pardonpent de mourir trop vite, il faut qu'ils me sentent souffirir.

Je reprends donc ma plume. A quelle ligue, à quelle pensée en étais-je restée ?

Je m'en souviens... Ne pouvant élargir les murs qui m'enserrent, je voulais agrandir l'horizon de mes idées ; je voulais m'élever des brumes orageuses qui sont comme l'haleine de la terre à ces régions aérqes et^erepei, pàfkierdes ëter- ;qi0ls^ bewx jotars* ie vpubisknà nn^m^du désespoir par l'éUidSa. le woulaÎB^ iâve^et relire» méditer et réfléchir m .moi ces fk^ritSv^ttl^lim^s^ qui vi^naenl d/âge:e»îâge i^eculer les J^onnes de rentwdefiiieiit ku-

main y et faire de Tintelligence de l'homme le splendide reflet de Tintelligence souveraine de Dieu.

Orgueil et folie !... La justice m'a toisée... il ne m'est plus permis de grandir...

M. Chap. . . , qui devait s'entendre avec rautorîté supérieure pour mes lectures,

m*a rapporté de la préfecture un petit index à mon usage : véritable éteîgnoir qui coifferait de nuit le soleil, qui obscurcirait jusqu'aux étoiles de Dieu.

Pas une œuvre sérieuse, pas un nom connu. . . Des compilations ou dés abrégés, des mélanges de morale, et des manuels d'esprit. Les Beautés de Corneille, de Racine et de Molière, c'est-à-dire leurs grâ-

qes^faqées et leurs parfums éventés; Fén^loii corrigé de son Télémaque, Pascal châtié de ses Provinciales ^ Chateaubriand épuré d'Atata et de René.

Ah! mille fois heureuses les victimes; que la mort adopte et recueille ! le flot qui les abîme les pousse à Dieu. Où vaisje, moi, que le caprice des hommes désespère et affole ? Mes yeux se heurtent au vide ; le vide éteint ma pensée... Le vide pétrifie mon cœur. Où vais-je ?

Cette nuit,' comme je pleurais, ta lune s'est glissëe dans ma cellule. Un de ses rayons, tremblotant et nacré, a grimpé de ma chaise sur mon lit, et je l'ai vu danser, sur les losanges bouffies de mon couvre-pied, la sarabande d'automne qui voltige le soir sur la crête des flots.

D s'est posé ensuite sur le médaillon du portrait de mon père, et le sérieux visage, le visage béni, s'est animé d'un sourire pâle et doux. Mon voiet n'étant qu'entrebâillé, j'ai voulu me lever pour ouvrir ma croisée toute grande à la gracieuse fée des

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