‹ Heures de prison (volume 2)Chapitre 3 sur 13 · II · texte numérisé non relu

II

nuits. Malheureusement^ on avait laissé mon manteau à la porte, et je suis revenue me coucher, triste et préoccupée de 'cet oubli, qui n'était peut-être qu*involontaire.

Pourquoi toujours ces défiances et ces craintes? Pourquoi cette habitude de courir sus à la douleur? JTattire Forage quand je devrais le détourner. Pourquoi nepas m-endormir confiante sous la garde de Dieu?

fil

J'étais folle hier. Est-ce que mes craintes ont jamais calomnié te sort? Mon

ntmleaa n'aTâk p^s été ouUk^ mai^ v^ lontaireowiKt laissé k U povte. ^ tu» «i^ lè^etfs^ plu», €«^ quaad je me lèverai^ c^ wra po«r vd^élir l'miifoitne^ d& la i»ai<'

Et Ton prétend que la torture est abolie! Non... Seulement, de brutaW» elle est devenue philanthrope. Elle versait le sang; elle fait couler les larmes^ ËUe broyait les corps, elle broie les cœurs.

Ah ! qu'une, journée est longue ! mais <ju'une nuit sans sommeil est plu& longue

encore ! • . • Souvent je jette les yeux sur les murs blancs et nus de ma pauvre cellule, et, les voyant rayés de vacillantes ombres^ je me souviens de Casimir Delavigne, dont « le cadran sans heures mesure aux damnés des ténèbres sans fin. >

Cette image est magnifique. Il semble qu'avant de l'écrire le grand poëte s'était fait ouvrir une prison pour y prendre la mesure d'un jour.

Sœur Mélanie^ la gentille sœur dont le regard m'aime, est venue accompagner

Basson à l'heure où elle fait mon lit. Il était tombé dans la matinée une forte pluie mêlée de givre. A peine levée, le froid m'a saisie, et, quoique accroupie sur un petit tabouret au coin du feu, je me suis sentie gagner par un de ces frissons visibles qui marbrent la peau et la gercent en un clin d'œih

— Vous souffrez du froid? m'a dit sœur Mélanie en venant s'asseoir à mon côté pour prendre mes mains et les réchauffer dans les siennes.

— Un peu, ma sœur.

— C'est affreux cela! Ah! je vous le demande en grâce^ soumettez-vous généreusement au nouveau sacrifice qu'on exige de vous.

— Je suis innocente 5 m» scBur. Tlarfft qu'on ne me rendra pa« une vmx pour le dire, ne faudra-t-il pas que mei» actes le crient?'

— Sans ^Jotrte, a repris «œiir M^aarie d*uiie voîx caressante; maïs qu'est-ce que la bure, sinon la pourpre des amis deBîeu, la livrée de la croix?

— La buret. . . Ouï. Aui^si n'esl-ee pas fe Tobe du pawvre que je* repousse; c'^sst celle du crime.

Sœur Mélanie s-Ml ^ttte; pmîs,*pftp un retour charmant de piété miséricordieuse et naïveV elle a passé son bras autour de mârtalRe, eî, attî>FanlrmftiAt^op son^ule, ^afel'la abritée sous les pilte pressés 4e son large voile noir doublé de bleu.

<— Yoiis sentez-vous mieux? m'a dit après un moment la bonne ,sœur ,

Je s ws guérie..,

— Dieu fasse que cela dure !

i, ttnehenntyim jomf, carvbas ne Toodiriez pasy peMejiœivv me ressusciter \ pçur trop longtemps^*

— il fuit que BOBS flopporliaiis la vie.

— Est-ce vivre que de tant souffrir?

— Serait-ce vivre (pie dene pas pleu-

rer?

Un quart d'heure après, quand , le Ut fait et la chambre balayée, il a fallu sortir, sœur Mélanie a trempé son mouchoir dans un peu d'eau pour s'en frotter les yeux.

— La trace des larmes s'y voit-elle encore? m'a-t-eile demandé en avançant son pâle et doux visage dans le cercle lumineux projeté par la lampe.

— Non , chère sœur ; mais pourquoi cette question?

— Notre chère mère v supérieure m'attend à la chapelle. . .

— Vos larmes vous auraient parée devant Dieu.

— r Oui^ mais Dieu les verra dans inon cœur aussi bien que dans mes yeux^ et, si d'autres savaient que j'ai pleuré ici, je serais grondée.. •

Je n'ai rien répondu^ mais je me suis souvenue de cette touchante parabole de Jésus, enseignant aux docteurs de la loi à quels signes on reconnaît son prochain, et à quelles conditions on Taime.

Chaque jour maintenant j'ai un accès de fièvre assez fort. Tant mieux ! la fièvre assoupit, et, si ce sommeil n'est pas celui

(tfaà ittposft,.<e'«sfc du woiaa œliii qui fait

VTI

M. Powrciié «r'sara trouvée fUms malade, car, après m'avoir examinée quelques instants en silence, il m'a dit d'un ton de bonté brusque et chagrine :

— Qu'est-il doBc arrivé? quelle nouvelle mesure vous a donc fait souffrir?

A'aif voulu rendre.; mai& la pitié me fait pouv^ et je n'ai pas eu le courage d!a<-

TQuar que je soaffirais dn froid fairte d'un ▼M;eKieDl pour »e couTrir.

Après le départ du docteur, sœur M. . . ,

accompagnée d'une autre sœur, est venue m'appliqtier des sangsues aux chevilles.

L'efifet a été instantané, 'et je me sentais iêjk tléKvrée (fniie part^ <«e mon oppression lorsqu'^on est venu préJcipitamment «nneweer la visite 'du pvéfet .

— Gomment faire? s*est écriée sœur M.,, tout effarée, les sangsues commencent seulement à bien tirer. Avant trois quarts d'heure ou une demi-heure au plus tôt, elles ne seront pas prêtes à tomber.

— Voyez à arranger vite la chose, ma ^asw.M M., le préfet a païuppesaé..

— Ne pourait*on pas laisser les sangsues et envelopper madame dans son manteau? a demandé timidement sœur Mélanie.

— Mais vous n'y pensez pas ! s'est écriée sœur sainte L... d'un ton brusque. En vérité, vous nous feriez de belles af&dres avec ces messieurs, qui sont décidés k ne pas se compromettre davantage auprès du ministre en laissant éluder ses ordres.

— Excusez-moi, ma sœur; mais je ne pensais qu'à mettre madame en état de recevoir plus vite M, le préfet.

— II est plus décent qu'il la troave couchée. Faites tomber vos sangsues.

— Je le ferai, si tel est vcftre avis, ma

sœur; mais je crains qu'en arrêtant le sang d^à attiré aux chevilles» il ne survienne un engorgement, peut-être même un érésipèle.

— D ten sera ce que Dieu voudra • Notre devoir est d'obéir; et j'ai reçu l'ordre de préparer madame à la venue de M. le préfet.

Pendant tout le temps de ce dialogue, j'étais restée impassible; mais, lorsque j'ai vu sœur Mélanie agenouillée devant moi pour détacher de mon pied les vilaines bêtes qui s'y cramponnaient avec une sorte de rage entêtée et gourmande, lorsque j'ai senti sa main trembler, lorsque j'ai surpris ses yeux se voiler de larmes, je suis sortie de mon apathie, et, la repoussant doucement, je lui ai dit : « Laissez-moi

faire se&le, nia sœur, ie ne veux pascfue €6 Sioit de vous que me viettnele mùl. n

Cinq minutes après j'étais recouchée, c* le préfet entrait dans ma cellule avec jW.diap....

— Vous êtes malade^ madame? m'a-t-3 dit en s'approchant démon lit. Votre mine pourtant ne l'indiquerait pas. Vous avez des couleurs...

— La fièvre en donne.

— C'est aimsi que j^e l'enteiidais*^. Mais revenons au sujet qui m'amène. Je pars demain pour Paris. Ave&-vous (}uelques réclamations à faire porter aux oreilles du ministre?

Four toute néponse» j'ai pi re^xri satour êe ma chambre Hieuides^ et je l'ai arrêté ensuite sur M, Bégé.

— Je vous comprends, m'a-t-il dit; mais les ordres sont formels à cet égard, n faut vous y soumettre au moins momentanément.

— En est-il [de même, monsieur, pour les visites de ma famille?

— Je ne le pense pas. On pourra porter leur nombre à deux. Quant à la présence d'une sœur, madame^ votre esprit est de ceux qui savent comprendre que la charité n'est de trop nulle part.

— Ici moins qu'ailleurs, monsieur.

Aussi n'est-ce pas des fréquentes visites de la charité que je me plaindrais ; ce se-^ rait de ses fréquentes absences.

M. Bégé n'a pas voulu entendre sans doute, car il a repris sa kyrielle de compliments en l'honneur du directeur et des religieuses, et il l'a terminée en me disant de son ton de voix le plus officiel :

— Croyez-le, madame, M. Chap... et ces dames ne peuvent vouloir que votre bien. Confiez-vous à eux et au temps pour éloigner de vous les curiosités malveillaûtes et les souvenirs imprudents*. • Travaillez à vous faire oublier... Vous n'avez qu'une seule chance de salut. . . ^

— Laquelle^ monsieur?

— L'oubli.

— Mieux vaudrait dire la mort.

L'oubli! Voilà donc le supplice auquel on me condamne! Je suis ici dans les oubliettes de la loi.

Je comprends maintenant pourqum on efface de mes lettres tout ce qui éveillerai^ un écho dans la conscience de mes amis ; je comprends pourquoi on retranche du catalogue de mes livres toute œuvre assez puissante pour inoculer sa sève à mes pensées; je comprends pourquoi on interpose ces témoins muets, qui refoulent dans

mon cœur les larmes qui tomberaient dans le cœur des miens! ••• Pour m'oublier plu6 vite, il fmAupàe ma famîtle n'apprenne pas à me connaître !••. Pour m'oublier plus vitç, il faut que mes amis désr apprennent de m'aimer!... Lie monde s'engoue quelquefois de l'esprit, il faut que fnon intelligence s'étiole! le moiiàde a ^elquefpis pitié des yictime^^ il faut ^ue mon innocence se renie! ... il faut Qu'elle m^we avant moi...

' CeàiiAéésFsonf horribles. J. Je souffrais tant déjà!' {k)urquoî les imposer comme une nouvelle torture à mes neures désoïées! . .*. La mort ramène à Dieu, la douleur en rapprocbe ;. . . maïs Toubli, n'est-ce pas le ineant?! . '. Quand ITiomme n'est plus aîrné et qû^il n Vime plus, ést-ît bien sûr qu'il vïve encore?... Le cœur, veuf d'a-

iiMur, n'e^ît-il pas athée comme l'âaie

Les piqûres de mes sangsues se sont envenimées et Tenflure a gagné avec une ifapidité extrême. Je me sens beaucoup plus oppressée. Je ne voudrais pas le dire cej^endant à M. Fourché ; sœur Mélanie est infirmière, et ce serait elle peut-être qu'il gronderait.

Je n'ai rÎBft aiNMfté au bon docteur^ uwis

— sali a tout compris, et, sa tournée terminée, il est revenu seul s'asseoir à mon chevet.

— Je viens de m'entendre avec le directeur^ m'a-t-il dit en me serrant affectueusement la main, et désormais je serai seul .

juge de l'opportunité de la présence de la sœur pendant mes visites. Ma loi, à moi, c'est de guérir mes malades, et je veux qu'on respecte mes droits comme je respecte ceux d'autrui.

— Que vous êtes bon, et que je suis reconnaissante !

— Reconnaissante?... pas assez.. Pourquoi m'avoir laissé ignorer Tordre qui vous enlevait votre manteau?

— Je craignais de vous brouiller avec le règlement.

— Le règlement fait ses affaires et moi les miennes. Suis*je^ oui ou non, votre médecin et votre ami?

— Vous êtes pour moi une Providence.

— Eh bien ! laissez-moi user de mes droits... Que jetez- vous sur vos épaules quand vous vous levez ou que vous vous mettez sur votre séant pour travailler ou lire?

— Rien, docteur. On ne ma laissé que d^s mantelets de percale comme celui-ci.

— A merveille, et depuis un mois vous souffi*ez du froid?

— Un peni%... <(^eBt*4-dm/oQi, beaucoup.

^*t^ie m'en éUis douté. Be là cette fièvre presque continue^ cespdpitirtk)ii8^'0M graves désordres dans votre santé... À1-' lott$^ attcMM; a. pëfsis Teiodldnt docteur en tirant de sa poche une longue chemise di^ luine blanclm» alloiBfi; je "vcms qu'il faut afîf^en tpan . Cette r4>be, que loas passerts iSOttâ vo$ vêtements pû<»r ne plus la (fmXtmr,, ;e9t iin afirtidote ca[4;ain contre les pleuré,sies et les gastrites. Le m^édecki vous ordonne de la porter et Tami vous

en ipia»

«~ JVJaiéirai au médecin^et je deviendrai avec joie Tobligée de l'ami.

— Voilà une bonne parole. Est-elle dite une fois pour toutes?

— Mes larmes vous répondent pour moi.

Lontfi» soeoir Mélaniâ e^l veppiie Irictionner Tenflure de mes pieds, j'ai relçvç la manche visible de mon mantelet de nuit pour lui monter la mancha îi^vi^blç,, toute iloiiillelta et veine ^ de ma robe de dessous.

£Ue a souri ; mais^ portant aussitôt son doigt sur ses lèvres^ elle m!^ dit .

^^GfiuJifz vite. J)fon.c<»ur a vtt, et^ si m&^j&QX voyaient à leur tour» ne savee- Y(m^. p^s que mes* levures seraient fqroéep de parler?

Aujourd'hui, dimanche^ leg offices ont duré plus longtemps que de coutume, et ma famille, en arrivant, a trouvé ma porte verrouillée.

Ma tante n'était jamais venue qiie pré* cédée par une religieuse. Elle a cru que je m'étais enfermée en dedans, et m'a crié par le trou de la serrure :

— Ouvrez, Marie^ ouvrez. C'est Adèle, c'est moi. Le gardien nous a dit que nous trouverions la sœur au second. Elle n'y était pas. Ouvrez vite pour que nous ayons^

le bonheur de vous embrasser une fois sans témoin.

— Mais, ma chère tante, ai-je crié à mon tour, je ne puis pas ouvrir. Je suis enfermée.

— Et s'il arrivait que vous vous sen* tiez plus mal, si un évanouissement sur-" venait, que feriez-vous?

— Je souffrirais jusqu'à ce que le hasard amenât quelqu'un.

— Mon Dieu ! ... et moi qui é|ais tran-^ quille! Yient-on du moins souvent voir s'il vous manque quelque chose ?

— On vient deux fois par jour.

•r- Deux foi$ ^ulement ?

— Tais-toi, maman» a dit ma cousine à \oix basse. Si on t'entendait» on nous empêcherait de revenir dimanche.

— Je ne crie pas.... Mais quel souci sera le mien , maintenant que je l'aurai sans cesse devant Tes yeux^ toute seule et délaissée sur son lit de douleur. Âh! ma fille, pourquoi Tavons-nous connue I

— Ne dis pas cela, maman, a repris

Adèle d'un ton de reproche. Je me trouve plus heureuse de souffrir avec notre pau- We Marie que d^ètere contente sa«8 elle.

Une sœm" est veiitïe en#Bt nous ouvrir.

Mais tout le reste de la visite n'a guère été qu'un muet échange de larmes. ]\aus sen-

tianè o^esdaat qv» nous ne «ras étâobs janudsi tait aiméos, «t, m me qnifUuit, mm ta»le, peur la prenriète fa»y m't appelée^

sa fille. . ,

. le WeBf» de froirrter mie lettre saoftm^ oreiller. G^e^t ma bomie tante sans doate qui Vj atira glî&dée; . . Voyens Fadresse. . . 1111 de mes plus chers amis Ta écrite. Ou-* vrons Yite.... quelle lettre! et pourqw>i Tat-jfe outerte? Elle m'appwtid^pie S. . . .

€ftâtte TiiVe pour aller se fixer à -Faris.

De Montpellier à Paris^ il y a la même distance à peu près que de Montpellier à Tulle. •• Oui, mais entre Paris et Montpellier, il y a le monde.

Je souffre ! le découragement me gagne.

J'ai peur de céder à cette torpeur accablante qui saisit le pauvre voyageur égaré au milieu des neiges. Gomme lui, je voudrais dormir, et, comme lui cependant, je sais qu'alors on ne s'éveille plus. . • Mais il n'a, lui, que sa vie à défendre, et j'ai à défendre ma raison... Il peut mourir sans regret et sans honte. . . et je ne peux mou*

rir sans condamner au néant de ma tombe moa innocence et mon honneur, la véritë qui appartient à Dieu, et le nom que je tiens de mon père..« Serais-je devenue liche? Non... et cependant je voudrais dormir. ..

Les amis qui s'étaient partagé mon infortune reprennent sans moi le chemin de la vie« Les uns^ pour se distraire du souvenir» ont les labeurs incessants de l'étude, les préoccupations fiévreuses de Tambition, une carrière à suivre, un but à atteindre. Les autres, pour se consoler

de Tabsence, ont les solUcitQdes absotbantes de la l&iiiille, ses devoirs, ses deoils on ses joies, les stations à deuK près d*u|ie tombe, les ctnseries à deux près d\in b^oean. Toutes ces existences, un moment détournées de leur voie^ y sont rentrées.

Tous les cercles, élargis un instant, se sont fermés. . . et nulle part ma place n'est restée vide... Chaque jour, je me sens plus près de mes morts, et, chaque jour aussi, je me sens plus loin de mes ajnis absents.

J'avais promis à M. de' Tourdonnet de fixer chaque soir pour lui sur mon journal les impressions de ma journée! le regrette de manquer à lïia promesse ; mais

s'il y a' cent façons de sduflFrir, il n'y a qu'un mot pour le dira : « Je souffre* »

Sur sept jours dont se compose la semaine, il en est un seul dont j'ai retenti le nom : le dimanclie. Le reste du temps, je ifors quand le sommai me vient; je pleure quand Bien m'envoie des larmes ; je rfivt ce que je u'ai plus la force de penser.

 part la visite du bon docteur, qui dure cinq minutes, et les deuK visites Aé la religieuse^ qui vient, accompagnée de Basson, m' apporter une tasse de chocolat à midi et une tasse de lait le soir, je ne vois que la supérieure en passant deux ou trois fois la semaine^ et le directeur plus

rarement.

JTavais essayé de faire un peu de tapisserie ; mais j'ai peine à me tenir longtemps assise sur mon lit, et depuis que nrion index m^a été signifié^ je n'ai plus demandé

de livres. Cette séquestration de ma pensée, cet isolement de tout ce qui pourrait la fortifier ou la grandir, ces mesures cruelles qui tendent à faire de moi une pari^ dans la patrie des intelligences, ces chaînes qu'on fait peser surn^ion âme^ me sont mille fois plus lourdes que celles qui n'entravaient que ma liberté et ne meurtrissaient que ma chair.

L'égalité devant la loi ne devrait-elle pas ètreTégalité devant la soufirance?Làbas, ces femmes auxquelles on voudrait m'assimiler apprennent a lire, à écrire, à compter. On leur donne un état ; on les instruit de leurs devoirs ; on s'essaye sans relâche à les sauver du double écueil de Jeur ignorance et de leurs vices. Loin de rétrécir leur horizon moral, on l'agrandit ;

fO —

loin d'éteindre leur pensée, on la rallume^ on répure.,.

Et moi, captive comme elles, on me mesure rinstruction comme on me mesure le soleil. Après m'a voir dépossédée de tout ce que je tenais du monde^ on veut me déposséder encore de tout ce qui me vient de Dieu. On mutile mon intelligence; on la soumet à la pression de je ne sais quel règlement pneumatique, qui fait le vide autour d'elle^ et qui me rendra folle après m'avoir rendue stupide.

Dieu seul cependant s'était réservé le droit d'infliger à sa créature la peine de la folie comme la peine de la mort. Il voulait que Virréparable fût l'attribut de Vin* faitliôte^ et la croix du Christ, qui se dresse encore sur son Calvaire, dit au

Il 5

monde aveuglé : c Regarde, et souvienstoi que tu croyais faire acte de justice le jour où tu as tué le verbe de ton Dieu. »

Xïll

J'ai fait demander au directeur de me laisser seule une heure avec mon oncle.

Le règlement lui a défendu de m'accorder cette grâce. C'est cruel! Il me semblait que je serais sauvée si je pouvais verser le trop-plein de mon cœur dans le cœur de mon oncle. Il me semblait que je reverrais clair en moi, si je pouvais lui confier les doutes, les angoisses et les désespoirs

— ei —

qui agitent mon esprit du flux et reflux de leurs incessants orages.

Depuis que je soufire, je sens que la religion, dont on ne m'a guère enseigné que

la lettre morte, est lumière, amour et vie.

Je sens que le ciel et la terre, tout ce qui respire, comme tout ce qui est, révèlent à l'homme, en caractères vivants, Tincommensurable amour de son Créateur. Je le sens. Je le crois. Mais je ne sais pas faire acte de \5royance... Je ne sais prier, hélas ! qu'avec des mots. Si je distingue l'Orient de l'Occident du ciel, si je sais de qu^côté le soleil se lève, mon âme attend encore la venue du jour.

La supérieure m'a demandé si je vou-

laisvotVraumônier. J'allais répondre que je le verrais âLVec plaisir, lorsqu'elle m'a fermé la bouche en ajoutant que cela ferait un excellent effet dans la maison... • L'âme a sa pudeur comme le cœur.

C'est à rhorloge de Villers-Hellon qu'a sonné l'heure impatiemment attendue de mes qumze ans.

Ma mère y avait passé Thiver dans une solitude absolue ; et comme à la campagne Fhiyer n'est animé que par l'attente du

printemps, chaque après-midi,' accompa* gnée d'une de mes vieilles * mte«, je m'en allais en plein champ interroger l'herbe et le bourgeon, l'insecte et le nuage, sur le retour plus ou moins prochain de l'avrilée et des beaux jours.

La nature, pour ceux qui l'aiment et qui savent l'étudier ^ a des oracles bien autrement sûrs, bien autrement aimables^ que ces prédictions d'almanach écloses en décembre sous la barbe constellée du vieux Mathieu Laensberg, Liégeois.

Quand la dernière neige est tombée, quand la terre dénoue sa ceinture de givre, tout ce qui dort se réveille pour prophétiser le soleil ; l'azur du ciel s'attiédit et s'éclaire. Entre les feuilles mortes commenceà surgir l'herbe. fluette, balançant

à sa cime mille gouttelettes de rosée doublées d'or. Des troupes de moineaux francs s'abattent dans les chaumes ; des bandes de pinçons se poursuivent dans les taillis. C'est alors que, sur la lisière des blés^ on Voit Jean-Lapin se gratter la moustache^ et qu'au fond du ravin la violette hâtive secoue sa cloche brune, pour sonner, dirait-on,, les matines du printemps.

L'itinéraire de nos promenades ne variait jamais. Après avoir monté l'avenue du château, nous prenions à gauche un petit sentier qui longeait çà et là des prés et des garennes, et allait aboutir à un rond-point appelé lé carrefour du Clos- Jacquin.

Au delà du carrefour, deux ruelles se

croisaient dans des directions opposées'.

La première^ encaissée entre deux talus tendus de ronces, de lierres et de houx sauvages^ descendait au presbytère, dont rhumble parvis était presque toujours encombré de pauvres femmes, de vieillards et d'enfants. La seconde» qui serpentait à mi-côte, était bordée de haies vives et sablée de fin gravier. Le soleil y luisait à toute heure du jour, la pluie y séchait vite, le vent ne s'y engouâ'rait jamais. Ses courbes onduleuses et douces invitaient à la marche^ et de dix en dix pals un accident de terrain, élargissant l'horizon, ajoutait tour à tour au panorama charmant diji paysage un pan de forêt, la toiture rustique d'une ferme, le clocher d'un village, la tourelle ardoisée d'un château.

Un jour que le soleil^ après une matinée pluvieuse, empourprailles nuages, comme naguère je le voyais ici les empourprer le soir, j'obtins de ma mère le don d'une de mes heures d'étude, pour en avoir une de plus à ma chère promenade de midi, qui n'avait commencé qu'à deux. L'averse avait détrempé les chemins. Les brises folles qui s'élèvent aux approches du soir^ en voletant dans les feuilles nouvelles, semaient la pluie sur la tête des piétons. A chaque goutte d'eau ma vieille mie criait à Tesquinancie, à la fluxion^ au catarrhe: ses pieds se mouillaient aussi, et déjà elle se sentait un rhume aux talons. Elle prit le parti de s'adosser contre une meule,

d'où elle pouvait me suivre de l'œil, et elle me laissa seule continuer ma promenade.

Notre vie a des souvenirs qui reçoivent

leur relief des grandes ombres qu'y projettent ses phases. Ces souvenirs n'étonnent d'abord <]ue les yeux ; plus tard ils frappent l'imagination et commandent à la pensée.

Il y a bien loin, hélas!... bien loin d'ici à la patrie de mes quinze ans... bien loin de mon berceau à ma tombe! Cependant chaque détail de la scène que je vais raconter m'apparait aussi clair, aussi di«* stinct que si je la revoyais encore.

Ma mie installée à sa meule, j'étais rentrée dans la petite laie des garennes. J'allais, je venais; je faisais presque autant de pauses que de pas. J'aurais voulu contempler une à une les mille petites merveilles qui éclataient à mes regards. Ma course menaçait de s'éterniser, quand.

dépassant uû dernier coude du sentier pour arriver enûn au carrefour, je le vis envahi par une famille de mendiaikts bohémiens^* . . Je m'arrêtai d'abord ; puis j'avançai un peu... Oh! ce tableau que cent foii^ j'ai revu en rêve sera toujours présent à mon souvenir. * .

A l'entrée du chemin creux, et d'un talus àTautre. une natte bariolée avait été tendue.. Des. ronces nouées par un jonc servaient d'arc-boutant à la voûte, et le poids du tapis, faisant plier les tiges, imprimait à cette tente un balancement régulier et doux. A droite, trois garçonnets dormaient^ enroulés les uns contre les autres^ comme une nichée de louveteaux. A gauche, au milieu d'un fouillis de guenilles de toutes couleurs, une mère jeune encore allaitait deux enfants bizarrement

langés. Une fillette de mon âge, accroupie sur ses talons, tressait ses cheveux en chantant; une autre femme glanait du bois sec dans les saules, et, en arrière, un homme ravivait le feu sous un chaudron de cuivre porté sur trois pieux.

Tandjs que je restais interdite et quelque peu effrayée de la rencontre, les bokè^ mes ne semblaient même pas s'apercevoir de ma venue. Ils étaient là comme chez eux, avec le ciel pour toit, et le monde entier pour patrie. A mon tour je me sentais pour eux d'une race étrangère, et mon cœur ne leur disait pas « mes frères, • comme il l'aurait dit à d'autres malheureux.

J'ai peur de ces débris de nations qui se survivent ainsi à travers les siècles.

Sont-ils bénis ou réprouvés? gagnent-ils le droit de se reconstituer encore, ou sontils condamnés à s'éteindre dans la dégradation et l'oubli?

Pour rejoindre ma mie par la ruelle à mi-côte^ que nous prenions chaque jour, je n'avais qu'à traverser le haut du carrefour Jacquin, et à laisser la tribu bohémienne à ma gauche. C'est à quoi je me décidai en pressant le pas.

J'avais déjà atteint la jolie allée, quand une vieille femme, que je n'avais pas encore aperçue, vint à moi, et, portant brus* quement sa main à ma mante, me saisis* sant le bras d'un geste impératif, elle s'écria d'un ton d'inspirée :

— Quand le père ne chante plus sur le

rebord du nid, dans le nid la couvée souffre et s'alanguit... Le premier deuil est comme la première neige : bien d'autres le suivent. .. Entre le premier jour d'hiver et le dernier, qu'y a-t-il?. . .

La vieille s'arrêta, m'interrogeant de toute la fixité de ses grands yeux caves et noirs... J'étais glacée... Elle reprit :

— Oui, qu'y a-t-il? Il y a des jours qui ne sont ni des jours de printemps, ni des jours d'automne.. . Ce qui commence, s'a* chève. • . Hiver dur, moisson mûre. . . malheur long^ haut renom . . .

Sans rien comprendre à ces phrases paraboliques, elles m'effrayaient; mon jcœur battait lourd, comme dans la suite je

l'ai senti battre aux approches des grandes douleurs.

La sibylle tenait une baguette de noise»

tier, dépouillée de son écorce, àrexception d'une bande qui s'y enroulait en forme de serpent.

Au moment oii j'essayais de m'enfiiir, elle me prit par la main, l'ouvrit grande, au soleil, en suivit les lignes du bout de son bâton, et^ sans daigner s'apercevoir de mon trouble, elle continua ainsi :

— Le soleil ne se couche pas où il se

lève. . . Si la ligne de vie est longue, à deux endroits je la vois tranchée comme par la

serpette du trépas.

Je repris un peu de courage, et je dis :

— La ligne de vie est longue ; est-ce à dire que je vivrai longtemps?

— Les chemins plantés de croix vont loin. ^

— mon Dieu ! ... me faudra-t-il quitter la France?

— Il n'y a pas loin de fortune à misère, de bonheur à désespoir. . . Après les chaînes d'orales chaînes de fer... où la prison commence, la patrie finit.

— Laissez-moi, m'écriai-je épouvantée, c'est assez... vous parlez comme Gagliostro... par pitié, laissez-moi.

La bohémienne ne parut pas même m'entendre, et regarda. ma iiiain plus attentivem€;nt encwe.

— Longue vie, longs orages... Lignes de vie et de mort, courant paraUèlement, Tune au bonheur, Taulrç au néant...

— Vivrai-je au#moins jusqu'à trente ans?

— Les enfants, dans leurs désirs > y voient aussi clair que les fous. Us aiment tous la jeunesse, et cependant écoutez bien : soleil d'été mûrit la foudre — Soleil d'automne mûrit les fruits.

Ma frayeur redoublait. .Te voulais retenir mes larmes; elles éclatèrent en sanglots.

Ma douleur parut un compliment pour la vieille Gypsy. Adoucissant alors son re* gard fauve et sa voix métallique, elle se

mit à chanter quelques couplets rbythmés dans une langue étrangère; puis elle fit tourner sa baguette sur ma main^ et, coupant une petite branche de la haie, elle me la présenta en disant :

— Les épines fleurissent... courage...

le malheur fleurira aussi

La haute raison de ma mère m'intimidait. Je n'osai lui confier mon aventure.

Ce fut dans le cœur de mon grand-père que je courus en déposer le récit.

Le bien-aimé vieillard se mit à rire^ et^ parde douces caresses, caliiia mes frayeurs.

— Bien sûr au moins, grand-père, lui dis-je en le couvrant de baisers, vous ne

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— saine croyez pas condamnée à des malheurs épouvantables?

— Non, ma fille, et, si tu le permets ^ je continuerai de voir une enfant gâtée, plutôt qu'une victime^ Rassure^toi: j'ai été heureux ; ta grand'mère a été heureuse ; ta mère et tes tantçs ont assez de bonheur aussi pour en répandre autour d'elles.

Quels malheurs aurais-tu donc à craindre, à part les deuils inévitables de la vie et ces petits chagrins que se rêvent les jeunes filles, pour se donner le plaisir de pleurer? Sais-tu ce que c'est que cette vieille sorcière ! Elle voyait le château à dix pas d'elle » et , ta main dans sa main , elle a voulu recommencer les prédictions de Gazette. Elle t'a traitée en grande dame d'autrefois^ sans se douter qu'en ta qualité de

bovrgedfse d'aujourd'hui^ tu n*M pas d^ révolutions à redouter.

— Et ces orages, ces croix ^ ces épines^ qu est-ce que cela veut dire?

— Ces croix et ces épines demandent, du pain et un abri. Voilà tout. Je vais envoyerà souper à la rusée sibylle, et lui faire ouvrir une grange... et demain elle aura trouvé un oracle qui te promettra la richesse, la puissance et la félicité.

Les paroles de mon grand-père me. parurent plus sensées que les sentences de la bohémienne. J'y crus ; seulement, comme j'avais quinze ans et de l'imagination, je piquai la branche d'épines sur le premier feuillet de mon album^ et j'écrivis dessous

un vers admirable de Schiller dont je ne me souviens plus.

Plus tard, la petite branche et Talbum ont reposé six mois sur ma table h écrire du Glandier. . . Plus tard, hélas! albumetoracle ont été vendus à la criée avec mes pauvres dépouilles^ au profit de je ne sais qui. .

Tout ce que les hommes ont pu me prendre, ils me Tout pris... Silence!!! Celui qui fait fleurir la branche d'épines peut faire fleurir aussi la verge du malheur...

Ce soir, comme Basson ouvrait la fené* tre pour renouveler un moment l'air de ma cellule, un moineau frileux, en quête d'un gîte pour la dure i^aison^ est venu se réfugier âu coin de mon feu.

Le pauvret avait ses plumes saupoudrée»

de frimas. Il ne sautait que d'une jambe»

ne volait que d'une aile... Je l'ai tout de suite déclaré mon hôte, et^ reculant doucement ma chaise, j'ai essayé de lui fair^ comprendre qu'il eût à se regarder rkr ; moi comme chez lui .

D*abord il a avancé d'un pas pour reculer de deux. Puis il a fait deux fois, en volant et d'un air assez effaré, le tour de ma chambre, s'est blotti dans les rideaux de mon lit, s'y est mal trouvé, est revenu vers la cheminée, et, apercevant quelques miettes de pain que j'y avais semées, il en a fait bien vite sa petite réfection. Ensuite il m'a regardée pour s'assurer sans doute si j'étais disposée à lui servir de Providence ; et, après avoir bien vu que c'était moi qui devais être sa ménagère, il est allé se nicher sov •* la plaque dii foyer en véritable sybarite tresrdécidé k prendre se»

fttscfs ^t à choiair les boas coins.

Pawre petit mcnneau , qui viens cher»

drer ton salut à l'ovribre de mes grilles, àhf sois le bieiivenn... va, 9i je vis jus^ qu'ail printemps, je te rêi|vemé parmi les tiens avant même que tu songes à we

quitter pour tes amours et ton nid... Je te renverrai... mais ne pars pas.

Je remarque un singulier changement dans la manière d'être des religieuses envers moi. Elles m'étudient à distance.

Plus mes paroles sont simples, plus elles ehereheiit à les approfondir.

11 semble que le monde , . le monde , qu'elles ne doivent pas connaître, se soit personnifié en moi. Je suis devenue pour elles quelque chose comme le fruit* dé*-

fendu, comme une embûche, comme une pierre d'achoppement. Elles rêvent en face de moi, dans ma pauvre cellule, à je ne sais quelles pompes mondaines que je dois pleurer. On dirait qu'elles s'attendent à me voir transformée en Madeleine.

Âh! mes sœurs, si les fumées du monde m'ont étourdi la tête, elles ne m'ont pas gâté le cœur... Je n'ai pas le moindre petit bijou à sacrifier, pas de mauvais livres à jeter au feu^ pas de Mea culpa publics à frapper trois fois sur ma poitrine.

Puuvres filles! elles croient que le bonheur de la vie est d'autant plus dangereux qu'il a été plus brillant; elles se figurent le monde émaillé de roses depuis l'héore joyeuse du premier jour jusqu'à Theure funèbre du dernier.

Détrompez-Yous, messœmps. Le oimide, c'est le grand Calvaire que chacan gravit à son tour en portant sa croix. Le monde, c*est la vie pour tous, avec ses exigences, ses déceptions et ses douleurs ; c'est cette chose qui, à la minute où j'écris, n'est dqà plus ce qu'elle a été, qui ne sera jamais ce qu'elle devait être ; c'est le lendemain désenchanté du désir, ou la veille tourmentée de l'attente; c'est le réveil du rêve; c'est le désespoir de l'espérance.

Il n'y a plus de paradis terrestre, mes sœurs ; demandez-le à l'orgueil. Si vous gagnez beaucoup en vous dévouant aux souffrances de vos frères, vous avez gagné encore plus en abdiquant les pompes du siècle. Croyez-le, ce sont de pauvres joies que les joies qui ne sont pas les vôtres ; c*est un pauvre monde que ce bas monde;

c'est une grande misère qne font cet appareil dont on éblouit les yeux pour tromper les ocrars.

Voyez, mes sœurs, et ne vous plaignez pas.

Cette nuit, j'ai lu alternativemeht l'Evangile et V Imitation de Jésm-Chrùt : le livre d'un Dieu, et le livre d'un saint.

L'Évangile ouvre une ère nouvelle, rattache rhomme à Thomme, la £imille à la

4âté, ha peuples aux peuples, pour sa«ver

V Imitation détache Thomme du monde pour le sauver.

L'Ëvangile fait rayonner Tàme en dehors, agrandit le cœur et Texcite d'autant plus à souffrir qu'il lui apprend mieux à aimer. L'Evangile veut la victoire après la lutte, la vie militante et la mort méritoire, la pureté acquise plutôt que conservée, L'Évangile veut que l'esprit de sacrifice renouvelle le monde par l'amour.

UlmUation coBcentre les rayons de l'àme en dedans de la créature pour la ramener au ciel^ parée de tout l'édat de sa pureté primitive.

L'Ëvangile noas montre le prix des souffrances; V Imitation nous apprend comment on l'obtient.

O Jésus! votre loi renferme le secret de ma vie. Vous avez refusé la mvrrhe, , . laissez-moi aussi la conscience de mes dou* leurs^ afin que je ne quitte pas une tombe pour une autre tombe^ afin que j'accepte en chrétienne ce que ma faiblesse de femme repousserait. Jésus! j'ai mesuré mes forces 9 ce sont celles du roseau. Chaque fois que j'ai cru à mon courage^ l'adversité, en soufQant, m'a fait plier et gémir. Je comprends ce qui est grand ; donnez-moi les ailes de la foi pour y atteindre. Je comprends ce qui est vrai; donnez-moi les flammes de la charité pour l'aimer.

XVIU

La supérieure m'a fait une petite visite ce soir. Elle revenait de Téglise, tout émerveillée d'un prédicateur qu'elle avait entendu pour la première fois.

— Si vous saviez, m'a4-elle dit^ comme sa voix gronde et touche en même temps !

Il nous a fait pleurer toutes.

-^ Pleurer? Pourrais-je le voir?

— Gela ne me parait pas impossible.

Voulez-vous que j'en parle à M. le directeur?

— Je vous en prie.

Ah! combien je me sens plus tranquille! cette voix sereine et lumineuse que je cherchais^ je vais la trouver ! œt éclair de vérité qui pouvait seul iIlttmiDer mes ténèbres» une parole béttie vu le hiw briller à mes yeux I

Les forts sont doux. Je vais oser pleurer haut toutes mes faiblesses; je vais oser souffrir haut toutes mes douleurs.. « Demain, j'aurai un ami que je ne devrai qu'à Dieu; demain, mon âme aura trouvé un père.

M. Ghap... n'a pas rejeté ma prière.

Sœur Philomène vient m'annoncer pour demain la visite de M. Tabbé ***.

Je souffrais tant! Merci, mon Dieu, merci !

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