LIVRE VI
j^ J'étais prête.. • mon âme allait s'oavrir à la sainte parole du prêtre, à la douce lumière du ciel. . . et c'est la foudre qui est venue la sillonner de ses éclairs ! • . .
Paix à l'homme! respect au prêtre.!...
que mon silence monte à Dieu!!... et cependant. . •
Un jour de Sabbat, Jésus entra dans une synagogue, et, prenant le livre d'Isaïe, il lut :
« L'Esprit du Seigneur est sur moi...
C'est pourquoi j'ai été envoyé pour consoler les pauvres, guérir les cœurs brisés, délivrer les captifs, rendre la lumière aux aveugles, et annoncer à tous le jour ^e la rétribution et de l'espérance. >
— loi ~
Quelle nuit!... Je sens toute Thorreur de ma position. . . On vient de me le dire. . . ce ne sont pas seulement quelques hommes qui ont intérêt à me perdre... c'est tout un monde, armé de la loi, qui veut me voir oubliée et réprouvée, morte ou folle. . .
Faut-il donc que j'envie le sort des coupables! Faut-il que j'envie les consciences doublées de remords, les cœurs novés de larmes vives, les âmes* souillées de sang qui crie!!... Non, ce n'est pas possible, et cependant j'entends encore ces paroles
foudroyantes. .. c Innocente! innocente!
où cela vous mènera-t-il de le dire? >
Hélas! personne ne m'écoute plus...
Personne ne veut plus me croire... La haine se souvient; Tamitié oublie... et Jùkfiir on Ta dit^ Dieu, qui m'aurait aimée repentie 9 ne m'aime pas victime.
Quelle nuit! ma raison délire.... ma conscience affolée se renie presque ellemême.
Pauvre Basson m'a veillée.'. . J'ai eu la fièvre, le délire. •• J'ai horriblement souffert.... et maintenant je souffre encore plus... je me souviens.
Pour prévenir le retour des paroxysmes, la sœur *** est venue vers le soir m'appliquer des sinapismes et quelques sangsues. Elle était plus pâle que de coutume. J'ai compris pourquoi, et j'ai profité d'un moment où elle était seule à mon chevet pour la remercier de tous ses soins.
— Ne m'en remerciez pas, m'a-t-elle
dit en me souriant tristement. Il [paraît que c'est une faute de s'attacher si vite, et notre règle exige que j'essaye de m'en corriger.
— Quoi! ma sœur, vous ne m'aimerez plus?
— C'est-à-dire que je m'eflforcerai de vaincre le penchant de mon cœur. Chère madame Marie, a repris la religieuse avec embarras^ j'ai eu tort de vous confier ce qui me rendait triste. Vous allez en vouloir à notre mère supérieure, et ce n'est pas elle cependant qui a craint la première que nous ne nous attachions trop à vous.
On lui a dit qu'elle y prit garde, que le monde ne semait des fleurs qu'à l'entour des précipices, et que plus vous nous paraissiez aimable et bonne^ plus nous de-
vions nous défier de vous. On a même ajouté...
— Achevez, ma sœur, on doit la vérité à ceux qu'on aime.
— £h bien I on a dit que si Tune de nous était assez imprudente et assez folle pour se lier d'amitié avec vous, elle était d'avance perdue pour le cîel.
— Et sans doute vous appelez cela de la charité? ai-je dit à la sœur en me reculant d'elle peu à peu.
— Hélas! non, mais certainement celui qui parlait ainsi avait sur vous des vues de salut et de miséricorde. Il voudrait vous voir entrer de bon cœur dans la voie des modifications et des souffran-
ces* Les saints se réjouissaient quand le monde les croyait coupables. Tout justes et méritants qu'ils étaient^ ils ont tous été persécutés ou trahis. C'est là leur gloire, madame.
— Oui... mais est-ce la gloire aussi de leurs persécuteurs, et faut-il les honorer^ à titre de faiseurs de saints?... Ma sœur, ai-je repris avec plus de calme, autant j'étais heureuse que vous m*aimiez, quand je m'imaginais être votre bonne action^ autant j'en serais triste, maintenant que je ne dois plus être que votre désobéissance et votre remords. Respectez les ordres de votre supérieure, et, je vous le demande en grâce, ne vous damnez pas en m'aimant.
Cette scène m'avait fait mal. La sœur, aussi émue que moi, s'est assise au pied de mon lit^ et, tirant un chapelet de sa pocke, elle a commencé à le réciter à voix basse. Arrivée à la fin de sa première dizaine» elle m'a saisi la main ^ et m'a dit timidement ;
-^ Madame Marie^ vous accepterez bien mes pri^s? On ne m'a pas défendu de prier pour vous. ••
— Vraiment ! ai-je répondu avec amertume. Alors, j'ai bien peur qu'on vous ait fait commencer une neuvaine, pour obtenir du ciel ma conversion et l'aveu de mon crime ?
— Qui a pu vous dire cela? s'est écriée la sœur en devenant plus rouge qu'une
cerise. On nous avait tant recommandé le secret!
Basson^ qui rentrait en ce moment, m'a empêchée de répondre... Qu'auraisje dit?. . la pauvre sœur était si naïvement indiscrète et cruelle ; elle mettait tant de cœur à se montrer sans cœur; elle se donnait tant de peine pour ne pas m'aimer, qu'il y aurait eu de l'ingratitude de ma part à lui garder rancune. Qu'importent ses paroles?... je l'ai surprise pieurer.
Que viens-je d'apprendre? et quelle nouTelle épreuve, 6 mon Dieu !
Dimanche dernier, le prédicateur d'une des églises de la ville, prêchant sur les dangers du motide^ a dit :
« Mes frères, savez-vous ce que c'est qu'aimer Dieu ?... Aimer Dieu^ c'est maudire les maximes du siècle ; c'est vouer anathème à ces voix de l'abtme qui font vos fils impies, vos filles déboutées et vos femmes adultères ; qui enseignent le vice
i et professent le crime ; qui aiguisent le poignard et versent le poison... >
Ministre de Jésus-Christ, jusque-là votre parole est chrétienne, mais vous avez dit encore :
<r Mes frères» je n'ajouterai rien, car ce que je vous dis, le scandale d^ un exemple ré^ cent le confirme^ et la preuve en est trop près de vous, pour que jamais vous puissiez l'our blxer. >
Au moment où le prédicateur prononçait de sa voix la plus forte ces dernières paroles, un frémissement a parcouru Tavditoire, et les regards se sont tournés vers mon digne oncle, assis dans la chapelle de Saint-Vincent -de-Paul, dont tout bas sans doute il invoquait la charité. .• Il n'a
pas rougi, car il croit en moi... mais qu'il a dû souffrir!...
Je ne tiens pas ces détails de mon oncle.
Il voulait m'en épargner le chagrin. C'est dans un moment d'éiiiotion qu'ils ont échappé à la sensibilité d'un de ses fils.«
On me veut dans la voie des humiliations... Pourquoi m'y jeter ?..f Qu'on attende que j'y entre moi-même, pour en conquérir le prix. . .
Toutes ces scènes m*ont brisée. Je suis si faible, que je ne puis ni tout à fait m'éveiller, ni tout à faît dormir. Durant le jour^ mes idées me pèsent comme un cer'cle de plomb. Je ne les chasse pas, je les souffre... Le soir venu, au contraire, je les sens se dilater peu a peu, se fondre et bouillonner dans mon cerveau. Mes joues s'enflamment^ mon regard perce et brûle ma paupière. Mes souvenirs sont mes dés* espoirs... L'on dirait alors que mon être se dédouble et que je me sens mourir dans chacune des émanations de ma pensée.
Chaque nuit» à neuf heures du soir, Basson déroule un matelas au pied de mon lit. et s'y couche. L'excellente créature est si enchantée de pouvoir parler, qu'elle cause des heures entières^ s'endort en racontant, et finit son histoire en rêve... Je l'écoute avec une attention machinale; mais sa parole n'est qu'un bruit, qui tantôt m'irrite et tantôt m'étourdit.
S'il est pour moi quelques minutes de distraction et d'oubli, c'est le soir, lorsque la sœur est sortie et que ma cellule est close. Je tire de dessous mes couvertures répargne de mes provisions du jour, qui devient le souper friand de ma garde-malade. A chaque mets, la pauvre femme pousse un cri de joie. Je la vois mordre, à belles dents gourmandes et rieuses, dans son petit pain blanc, qu'elle nomme son
gâteau des rois... Je la vois sourire à son chocolat, écrémer sa tasse d*une main sî parcimonieuse et légère, que chaque petite bouchée lui semble un gros larcin à ses jouissances à venir. Si c'est un bonbon qu'elle découvre, elle le contemple, le tourne, le retourne vingt fois dans sa main, projette ton t haut de le garder, le pose, le reprend encore, l'approche, tremblante, .
de ses lèvres, le relire, voudrait ne le sucer qu'un peu, le suce à peine du bout effilé de sa langue.. . et finit par le sucer si
bien, que, le pauvre bonbon consommé, elle s'éionne et se dépite de s'être volé sottement son régal sucré du matin.
C'est alors qu'elle entame le chapitre de son mari et de ses enfants. Il y a bientôt quatre ans qu'elle n'a reçu de leurs nouvelles, et son regard me prie d'intervenir
entre elle et eux... € Si je voyais seulementy me disait-elle hier, une lettre timbrée de Saii^t-Ëtienne, quelle consolation ce serait pour moi d'épeler les lettres du nom de mon pays, de baiser le papier que mes petits touche-à-iout auraient froissé de leurs mains, de respirer dans ses plis cette éonne odeur de houille, <pii a été le parfiim de lœs premières années, et qae jje ne sens [d«s depuis si longtemps! <»•% Dîtes, ma chère dame, <«)y^E^was ^'îl me faudra mourir sans avoir ce faMtheur?. v. »
Je Bai pas répondu..
Noël.
A minuit, toutes les cloches se sont ébranlées pour chanter avant le jour Taube du jour nouveau. Les ténèbres pèsent encore sur la terre, mais Tespérance salue le soleil du lendemain; la foi devance Theure pour bénir la venue du Sauveur. C'est la fête de la promesse, du salut et de Tavenir... Hommes, femmes, enfants, vieillards, tous se lèvent, et, bravant la bise^ s'en vont vers TOrient adorer le Désiré des nations.
Noël! Noël!
Ici niéme^ dans la prison^ les lampes se rallument, les portes s'ouvrent, la cha-* pelle est parée... Toutes les voix enton* nent Thymne solennel de la rédemption et de l'amour...
Et moi, je suis seule! ma lampe reste éteinte! mes verrous sont scellés I... Moi^ je garde mon deuil ! • • •
Pourquoi irais-je avec ceux qui prient, qui implorent^ qui espèrent?. ..Je n'attends^ je n'implore, je n'espère rien!...
VU
Àujourd'liui, pendant que Basson faisait mon lit, et que sœur Philomène égrenait son chapelet à l'écart, je me suis approchée de la fenêtre.
La nuU nsélait déjà ses bciunes nacrées aux nuées houleuses d'un jour pluvieux ; quelques flocons de neige volent dans Fair^ et chaque fois qu'un de ces blancs papillons de la mort se heurtait à mes car<* reaux, jele voyais s'évanouir peu à peu, et ne laisser qu'une larme à la place où il s'était posé.
Tout à coup, la cloche de la prison a retenti lourdement, coupant le silence de notes graves et plaintives, sans autre lien d'harmonie entre elles que le dernier frisson de leur dernier soupir. Une croix de cuivre, portée par de& mains invisible»
et vacillantes, a traversé le cloître qui mène à la chapelle. Gomme un météore de deuil et de pardon, un prêtre en surplis suivait de près la croi^ et, à quelques pas derrière lui^ s'avançait une pauvre bière entourée de détenus qui pieu- % raient.
Dieu venait sans doute d'endormir une douleur et de gracier une âme..* J'ai salué de mes larmes le lugubre cortège, et, me tournant vers sœur Philomène, je l'ai priée de me dire l'âge et le nom de l'heureuse morte qui passait.
— C'est une mère de cînq enfants, mV l-elle dit, venue ici pour avoir volé, je croiSj quelques sacs de pommes de terre.
Je ne sais pas son âge. Elle allait sortir dans moins de deux mois^ mais Timpatience lui a brûlé le sang^ et elle est morte de sa joie.
— Pauvre mère ! Ses enfants pourrontils^ du moins, venir reconnaître sa tombe dans le cimetière de la prison ?
— Le cimetière? la prison n'en a pas.
Lorsqu'une de nos femmes meurt, on la porte à l'église, et ensuite on va la déposer dans un petit cachot réservé à cet usage, derrière le chemin de ronde... Puis, le soir, on met le cadavre dans un sac, et on l'emporte à l'amphithéâtre de l'Ecole de médecine, où les étudiants le dissèquent...
lât
— Pour nous empêcher de mourir, n'est* ce pas?
— Non, certainement! s'est écriée Basson en colère ; pour notre argent.. • car il faut vous tout dire, madame ; si, vivantes, nous ne valons pas grand'chose, trépassées, on nous achète à beaux écus comptant.
Sœur Philomène a imposé silence à Basson^ qui est sortie avec elle, en gron-
dant.
Restée seule dans ma cellule, je me suis senti froid à Tâme... Tout, tout... jusqu'à la mort, est donc horrible ici !
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J*aî yainement essayé de cacher à ma famille tout ce que je souffrais depuis la visite de M***. Ma tante a tout compris, et m'a priée de lui permettre d'user de ses droits de mère, en m'envoyant l'abbé CDin*»!, qui es! depuis longtemps le directeur de sa conscience.
— Est-il jeune? ai-je demandé à ma tlainte^ avec le désir secret de trouver quelque bonne raison d'éluder sa venue.
— Non... il aura pour vous Tâged'un père.
A-1rît de la réputation ?^
— Beaucoup, parmi les malheureux et
les pauvres.
Prétehe^il?
— Par rëxemple,
T- A-t-il de Tesprit 1
— GMmie en avait saint Vincest de Pattl.
Vous a-t-il parlé de moi ?
Il a pleuré sur v<his.
— Merci, ma tante ; Tabbé Coural peut venir, je l'attendrai demain.
Cette après-dînée, au moment où j'y pensais le moins^ ma porte s'est ouverte doucement, et j'ai vu entrer chez moi Tapôtre dont ma tante m'avait parlé la veille.
Il ressemblait si fort à ses vertus, que je l'ai salué sur-le-champ du nom de père...
Pour lui, promenant ses regards tristes et doux sur les murs de ma cellule, il a paru se recueillir pour quelques instants, et m'a dit bientôt d'une voix émue :
— Dieu vous aime, ma fille... Il vous avait tout donné. . . Il vous a tout repris. .. Bénissez son saint nom .
— Dieu n'aime que les repentirs éclatants, ai-je répondu en maîtrisant mal ma rancune. Mes larmes sont inutiles à sa gloire. Pourquoi daignerait-il les compter?
— Âssez^ assez, mon enfant ; soyez généreuse, ne me forcez pas déjuger ce que la charité m'ordonne de taire. Le zèle le plus pur peut avoir ses écarts... mais les imperfections de Thomme peuvent-elles jamais déteindre sur les perfections de Dieu ? Votre cœur ne vous a-t-il pas dit ^ue, si notre Père des cieux accourt auprès du coupable qui l'appelle, il demeure comme un ami auprès du malheureux qui se confie en lui et qui l'aime? Vous vous croyez seule ici ?. . . et moi je vois la croix de Jésus-Christ qui fait fece à votre croix... Je vous vois, dé-
fendue par les souffrances d'uB Dieu ; je vous sens gardée par son amour. , .
— Que vos paroles me font de bien ! Ali !
pourquoi n'êtes-vous pas venu le premier I J'aurais pu peut-être vaincre mon mal^ et j'ai peur maintenant d'être vaincue par lui.
— Confiance, ma chère fille L • . la foi ne peut pas mourir dans votre cœur, car la foi, c'est pour vous l'espéranoe.
— Je pense comme vous, mon père, mais je sens autrement. Mon désespoir n'est pas seulement une douleur de l'âme, c^est une affection du corps. Je ne suis plus maîtresse de mes pensées ; elles m'échappent pour s'allumer à la €èvre qui
brûle mon sang, pour s'incarner, en quelque sorte, dans la partie matérielle démon être. Je souffre tant, que je me surprends quelquefois à me croire folle.
L'abbé Gourai m'a regardée quelques instants en silence ; puis il m'a dit d'une voix douce et solennelle :
— Mon enfant, Dieu egtjufste... D pe«£ vous éprouver longtemps encore ; il peut vous redemander la vie qu'il tous avait prêtée; mais il n'éteindra pas votre conscience ; il vous laissera le souvenir jusqu'à votre heure dernière, pour que voys pardonniez avec plus de mérite, et que vous souffriez avec plus de fruit. Je reviendrai demain, je re viendrai tousies jours, jusqu'à ce que vous soyez mieux; nous aimerons Dieu à deux cœurs. . . Je vous confierai mes
projets, vous pourrez ra'aider à faire le bien : la charité bannira le désespoir de votre âme... et vous comprendrez bientôt que souffrir... souffrir ainsi, c'est vivre dans l'acception la plus sublime et la plus juste de ce mot.
— Et s'il n'est plus temps, mon bon père?... si le désespoir a déjà donné des arrhes à la mort?
— Eh bien ! ma fille, la charité, qui devait vous aider à vivre, vous aidera mieux encore à mourir. Elle vous apprendra comment vous devez pardonner à vos ennemis, et ce pardon sera .votre linceul de gloire pour paraître devant Dieu.
L'abbé Coural parti, j'ai pu pleurer
mon coeur souffre moins /mais ma tôle brûle toujours.
J'ai eu ce soir la visite de M. Rouleaux Dugage, successeur dé M. Bégé.
 la première vue^ on reconnaît en lui le préfet, et, au premier mot, Thomme de haute intelligence et de noble cœur.
M. Rouleaux s'est informé avec intérêt de ma santé, le lui ai dit qu'aujourd'hui, comme hier, je souffraisr^t que demain.
eomme aujourd'hui , je souffrirais encore. . . Il m'a répondu, avec un accent de loyale booté.
— Je le comprends, madame, et je le comprends si bien, que je n'ose pas vous dire que l'espérance est tout à la fois, pour vous, un devoir et un droit.
Je me suis inclinée sans répondre. Le silence est le verbe du cœur.
1" jaafier,
mes amis! vous fêtez la jeune année qui vient de natfre; et moi, je plemre la
vieille année qui n'est plus. Le temps qui
entraîne tout^ me laisse... le temps, qui change tout, ne change rien pour moi...
Ce que les jours, les mois, les années, vous apportent^ les jours, les mois/ lei» a]>né6S, me Tenlèvent; tous les souhaits de bonheur que je forme pour vou$ $ont des germes de douleur que j'attire sur moi. Qhacua 4^ mes vœux m'endette d'une larme,*. Cepwdant, à mes amis I toutes mes prières ¥Oiis gardent, et tous mes souhaits vous veulent heureux.
M. Fourché est entré le premier dans -.
ma cellule. Il m'a trouvé plus de fièvre, et m'a dit que ce régime d'insomnie et de larmes me tuerait. .. Merci, bon docteur.
quelques moments serrée dans mes bras. Je ne voulais pas qu'elle me vît pleurer.. .
mais une de mes larmes a mouillé sa joue, et l'aimable enfant a repris avec une adorable petite dissimulation :
— Qu'est-ce que je disais donc?... Je ne l'avais pas pas bien vue, cette chambre. • . elle est fort belle. . . et quant à moi je m'y plais beaucoup. . . Tous ces meubles qu'il y a chez nous, ça empêche de sauter à la corde... C'est bien plus commode de n'en pas avoir... n'est-ce pas, Etienne?
Dieu mire sa grâce dans le cœur des enfants.
-•-«aii^MiMhMaâi^irfb-
SouflFre-t-on beaucoup pour mourir?
Moins, j'en suis sûre, qu'on ne souffre pour vivre. Autrefois, j'avais peur de la mort, et je la traitais en ennemie. • . aujourd'hui je la rêve souriante et douce, et je la nomme tout bas la libératrice. Je sens que son étreinte ne brise que nos chaînes. •• je sens que son froid baiser endort plus de douleur qu'elle n'éteint de joies.
L'enfant naît à la TÎe en jetant un cri d'angoisse... L'homme qui naît a l'éternité devrait-il verser des pleursTi . .
La femme de Socrate se désolait à la pensée que les juges qui avait porté la sen»
tence de mort contre son époux l'avaient condamné innocent.
41 Aimerais-tu mieux, lui dit Socrate, qu'ils m^eussent condamné coupable? »
Le châtiment n'atteint que le crime...
Que votre volonté soit faite, ô mon Dieu I
Un rayon de soleil m'a ouvert les yeux.
J'avais calculé qu'il me restait encore dix minutes d'attente, lorsque mes verrous se sont tirés pour laisser passer ma visite dominicale.
Adèle est venue à moi la première, me jetant un bras autour du cou, un nom dans l'oreille» un baiser au front. Ma tante et mon oncle, pour me donner leur bonjour, m'ont dit qu'ils m'aimaient. Gustave voudrait faire refleurir toutes les violettes, parce que ces pauvres fleurs me font rêver de liberté^ de bonheur d'autrefois.
Eugène s'est assis près de mon chevet, me rappelant qu'avant de nous connaître nous nous étions reconnus, tant il y avait en nous de cette sympathie innée qui fait les cœurs cousins en dépit des distances..
qui fait dire à deux regards se rencontrant pour lât première fois : r C'est vous \ c'est moi! c*est nous! »
Après Eugène, c'était Élisa, sa jolie pe- , tite femme, plus jeune que moi d'une année, et déjà parée des joyaux qui font l'orgueil des mères. De chacune de ses mains elle retenait un ange d'hier.
Toute cette heure a été belle et calme. . .
la dernière peut-être que Dieu me donne. . .
Le soleil projetait de ces larges rayons sablés d'or^ dans lesquels viennent danser, tourbillonner, tous les atomes de l'air. Les enfants jetaient de petits rires clairs aux échos, faisaient de la gymnastique avec les barreaux de fer de mon lit, se ca-
chaient sous mon oreiller, sautaient, grimpaient^ tombaienl, se faisaient un peu de
mal et le pleuraient beaucoup, pour se faire consoler par un bonbon et guérir par un baiser.
Enfin, nous étions gardés par une religieuse aimable et bonne, dont les yeux ne regardaient pas pour voir, et qui s'était assise assez loin de nous pour achever^
disait-elle, une lecture commencée.
Ce sourire du nouvel an ne sera-t-il pas comme le rayon de lumière qui se ravive pour annoncer qu'il s'éteint?...