‹ Heures de prison (volume 2)Chapitre 8 sur 13 · II · texte numérisé non relu

II

doctes d'entre les doctes pour statuer sur mon sort ! . . . Une si haute ambassade était le présage le plus sûr de ma fin.

Ces messieurs ne se firent pas attendre.

Accompagnés du direct^ir, ils se pi^sen*tèrent gravement, saluèrant {dus gcave« ment eocora. Puis, accq[>Cant d'ua ^(este anguleux eti:ai|»deles chai8es4|iie mateaie leur offrait, ils sassîpentdeckatpiecôtéde moA lit^ moins en médedns vt^tant use malade, qu'en praticiens «xperts T^^qiienil; étudier un sujet curieux.

Le plus jeune desdeuxprofesseurs avait le front ouvert et intelligent^ la physionomie franche et décidée, le regard lucide, mais réservé. Je le jugeai homme de cabinet et de salon.

1 /attire^ àpMne aMis,^'a]pi)pi]ya \emeàh ton svr la pomme de da cauiie^ et, m todt^ nant vers moi sans plas de fa^n» me iktt en arrêt sous le regard fixe de ses petits yem: gri*.

— Le danger eat^û immtnent? suis^j« bien ikial? demandai^je à eés m^ssiettiis pour rompre un silence qui noua peatfit à tous .

— 'Bien mal! ditiè vieux docteur entre deà dents ; ma foi, niadame, tdM «e que j'eiï sais, e'est qu'oti Iclditt c'eMkà-diiie que vous le dites. . . Mais, voydns, où sotffirez-vou^ Qu'avez-vous ? Qu'éprouve^- V0U9? Bxplii|oe8î'naua cela toat an long.

— J'ai souffigrt^ monsieur^ beaucoup souffert, répondis-je un j^eo blessée éépL

de ce ton cogne; mais, aujourd'hui que ma faiblesse est e^rème, je ne m^sens iflm souffrir,

— D'où je conclus, et cela en ne faisant que restituer à vos paroles leur véritable sens, que vous avez été malade, et que vous êtes maintenant ^n bonne voie de convalescence.

— De convalescence?... moi?... Ah!

monsieur, vous ne. savez donc pas que j'ai été agonissante, et, que la nfême crise qui m'a mise en si pressant danger peut revenir ce soir 9 . demain ? et alors ...

— Nous y voilà ,>ïépliqua mon interlocuteur en se tournant d'un air d'intelligence vers son confrère, silencieux, mais calme et refléchi»

II prit ensuite une pincée de tabacentre ses doigts^ la rjenifla bruyamment à plusieurs reprises*, et, ramenant sur moi so& regard incisif, presque narquois! il me dit:

-~ Ainsi, madanie, il eislt entendu que TOUS TOUS croyez à la mort, si même d^- TOUS ne TOUS croyez tout à fait morte...

C'est un symptiftme de folie comme un au* tre, ça dépend du goût des malades, et...

M. Lachaud et ma tante étaient un peu en arrière. Je leur jetai un regard plein de surprise, de douleur et d'angoisse. Je comprenais la raillerie, mais je n'en com*^' prenais pas Tà-propois.

M. Lachaud, se rapprochant de MM. les professeurs, les entraîna Un peu à l'écart^

et,j« r4»iMn4isi«'4iitpotapir avae iM» 4es

je pouvais courir encore. Le plusjeunf^ des docteurs semblait l'écouter avec attentiof), t^p4i^- yue, son.q(^l|£}gue A'e»S^ait ]^<iil^df>ca4i.(W §f^i^i^(M|tieqpeçt^l^

yhwm, ^fi^t, imnmvv] dil'il engp à M. Lachaud. Quand l'autorité nous con>

^ une mid^ion., nou^ ayoos pour principe iiiTAiHab^ 4« m jv^ que sur Téviidcnc^ 4^ fnâtfi^fit^^ p^ nous >is«er ia- 'flM^Rc^r.par giicifne considération, étr^j»gère à notre manda^., ^Jios dieyoirs, d'ailleurs, sont trop distincts pour que nous pHisiip^s uqu» eo^di:e Votre ]>v$„ à yp^, mopsie^iç,, c'pst; de faire . obtenjr à

votre cliente les adoucbsemeuts d'une

maison de santé ; le nôtre,, c'est de prémunir Tautorité contre une surprise qui régarerait dans ses décisions. Vous ne Voulez pas, sans doute, que nous acceptîons le rèle de complaisants ?

— Ma tante ! m'écriai-je en essayant de me soulever, ma tante, que signifient ces paroles ?••• qui trompe- t-on ici?

— Personne, madasia. Dieu nârci!

personne, me dit poliment le jeune professeur en se rapprochant de mon lit; seulement nous nous refusons à vous croire en danger, et, jusqu'à présent, nous ne pouvons vous accorder d*être fbUe...

— Folle . . et qui a dit que je suis folle?

— Allons^ allons, fit le vieux docteur, ce sera plus long que je ne le pensais.

Se rasseyant alors sur sa chaise restée vide à mon chevet, il reprit sa pose inquisitoriale, et me dit, sans, trop d'humçur cette fois, après un assez long silence :

— n est nécessaire, madame, que nous causions un moment avec vous. Qu^avezvous à nous apprendre sur votre-maladie et sur ses suites ?

— Rien, monsieur, absolument rien

— Ah !.. * très-bien . . . Vous ne refuserez pas, cependant, de nous confirmer ce qui nous a été dit de votre horreur pour la vie?

— Je ne kaîs pas la vie, monsieur ; j'aime la mort.

— Et ces hallucinations? et cetie idée fixe? et tous ces rêves? voyons un peu, de quelle espèce sont-ils?

— Les rêves ne se parlent pas.

— Â merveille ; mais vous consentirez^ du moins^ à nous dire pourquoi, étant aux trois quai%s guérie^ vous persistez à vous croire en danger de mort ?

— Je le croyais ce matin, monsieur; maintenant je ne le crois plus.

— Notre visite, alors, ne vous aiira pas été tout à fait inutile. . .

— Vraiment! monsieur. •• et sa j'étais ingrate?...

— Pensez-vous, madame, que, si je suis ici, ce soit pour ïnon plaisir?

— Je pense, monsieur, que vous n^yêtes pas pour le mien. . .

— Madame !

r- Dioii^îrar. !

— Vous igBûvèz . psntrétre kcfui vems parlez?

— AbsoloitieBti

— Je suis le doyen de la Faculté de médecine , madame ...

Il r

F»^igN^4^<^ djébat^Jeçie retournai

ittaws, pQur y.Qowpdmçx .!«& douloureu- $;es pensées qqi l'^s«illaient. .

. J^enij^Qt ce Vmta^y, m tante et M« La-

çlwud cbercbaie^xt à ramener les profes-

seurs vers un ordre ^'idées uw)\ns irritant, et plus conforme à ce qu'ils avaient

^Pf^ d,'ni^ aï $axa^te^çansl4t^ion.

sieurs, ou du moins aceu;^<4ViPf?i>%M|e^r'»

(i) Je me hâte de le dire, ce professeur est un des plus habiles inédeciQ& ei oa dfi&luuQfflfi& Ifi&pblS honorables de la cité. Je Tai su plus tard. Je ne lui en yenx pas. Plus cahne, je reconnais qu'il n'a maltraité que ma position.

doyen, je n'étais pas la malade... j'étais la femme condamnée : cela explique tout. . • Quelle terrible puissance que les préven* tîons ayant cours ^ que ces jugements tout faits ^ dont les hommes, .même lés plus in»

tègres, ne savent pas se défeiidre ! Dans cette .malheureuse disposition d'esprit, là pitié ïait peur, la vérité se voile, on devient injuste pour ne pas être dupe,' et on se trompe soi-même pour échapper au dépit de s'être laissé tromper.

Malheur aux opprimés ! le coupable a le repentir pour racheter son crime; l'innocent n'a que la mort pdiir se faire pardonner son martyre. '

MM. les professeurs s'étant retirés, mon bon docteur me tarda pas à paraître :

il craignait les suites de cette épreuve. Il s'attendait à une crise violente et au retour des paroxysmes de mon état précédent. Il n'en fut rien : je n'étais qu'anéantie. M. Fourché ordonna un grand repos, et pria ma tante de rester seule à mon chevet«

Revenu le lendemain, et me trouvant plongée dans la même torpeur, il renouvela ses prescriptions, et trois jours se passèrent sans que mon regard se détachât

du crucifix, sans qu'une parole de plainte entr'ouvrit mes lèvres^ sanscp'one larme tombât de mes yeux.

Cette sorte de catalepsie morale^ se prolongeant encore, devenait menaçante pour ma raison. M. Fourché s^eti alarma, et, changeant de système, u fit rouvrir ma cellule à ma cousine et à M. Lachaud , à M. Tabbé Coural et à mon oncle, c^est-àdire aux fleurs et à Tamitiéf aux douces causeries et aux religieux souvenirs. On affectait de parler assez haut d'avenir et de passé, d'espérance et de liberté. On s'entretenait du choix d'une maison de santé, dans un climat bien chaud, sous up beau cieî , à deux pas de la mer, et non loin. Jeis miens. On me jetait rillusioii pour me sauver dé fa réalité. . . mon oreille ne percevait que des sons, et, ^uand ce

— 207 ~ bruit me fatiguait, d'un mot bref je le fai-

sais cesser.

Les exhortations tonchiantes de î abbé.

Coural, les paroles afifectoeuses de M . Poarché, ne m'effleuraient que le cœnr. Je ne cherchais d'autre horizon que la tombe.

Je ne Toulaîs d'autnes leçons que celles dé la mort. J'avais touché de si près àma dernière heure, que chaque heure de plus me pesait comme un siècle. Cet élan invincible de mon être n'étaît-il qu*une pieuse réminiscence du grand acte que j'avais accompli ou qu'une impulsion fatale, indépendante de ma volonté?,.. Je ne sais; mais, dans cette désolation de ma pensée^ je sentais que ma conscîenc'e ne m'accusait pas.

Une après-dinée que je paraissais plus calme et que*M. l'abbé Gourai, ma famille et M. Lachaud causaient entre eux, à quelques pas de mon lit, M. Lachaud parla tout à coup de lettres pressantes qui le rappelaient à Paris, et de l'intention où il était, cependant^ de retarder encore son départ si sa présence à Montpellier pouvait m 'être utile..

J'évitai d'abord de paraître avoir entendu ; mais, interpellée directement par cet ami des premiers et des derniers jours, je tournai vivement la tête , et il put se convaincre à mes larmes que j'avais déjà répondu .

— Oui, madame, me dit-il d'une voix émue, si le ministre m'autorise à me joindre une ou deux fois par semaine aux vi-

sites de votre famille, je me fais inscrira sur le tableau des avocats de Montpellier, et, tant que vous resterez ici prisonnière, j'y resterai.

— J'accepte, monsieur, j'accepte avec une indicible reconnaissance, le dévouement de votre cœur ; mais le sacrifice que vous voulez me faire, je dois le refuser, et je le refuse. . .

— Ce que vous dites, madame, n'est pas sérieux?

— Sérieux comme le devoir^ immuable comme la mort. Vous retournerez à Paris, monsieur. Vous partirez, non pas dans quinze jours, non pas dans huit... vous partirez demain.. . Je vous le demande, je vous en prie, et j'ose dire, je le veux...

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