LIVRE IX
II y avait près d'un an que ma chambre n'avait pas été aérée. Des fils d'araignée se balançaient, comme des stalactiques de poussière, le long des murs et du plafond. Il a fallu quelque temps pour les abattre. J'étouffais sous le manteau. J'ai un peu découvert ma tête, et j'ai osé regarder le ciel. A peine Favais-je entrevu, que je m'évanouissais dans les bras d'Adèle.
Mais j'ai bientôt repris connaissance... cet éclair de liberté donné à mes yeux se reflétait sur mes grilles, qui semblaient me le renvoyer comme une dérision. C'était ma première épreuve dans la voie nouvelle où j'étais entrée. Je l'ai subie avec assez de fermeté.
La sœur ***, toujours bonne et aimable amie, a été ravie de mon raccommodement avec le soleil, et m'en a demandé les étrennes... Il était question d'une livraison périodique de quelques feuilletons religieux, éclos de ma plume de captive pour un journal de province.
J'ai refusé très-gracieusement, et j'en ai donné de fort bonnes raisons.
Dans la triste position qu'on m'a faite, je ne peux ni ne dois faire descendre la religioii du sanctuaire de mon âme dans les colonnes de la presse quotidienne.
Je veux que la morale sublime du Christ plane comme un rayon céleste sur tout ce qui naîtra de ma pensée ; je veux qu'on sente le grand amour évangélique vivifier mes œuvres.
Mais faire de la religion selon et pour le monde, m'exposer au soupçon d'exploiter un moyen dans ce qui doit être un but, jamais!... Le martyre de ce monde m'épurera pour la vie des mondes futurs. Je ne veux pas d'une échelle qui me conduirait du ciel sur la terre. Je veux
aller des ténèbres à la lumière, du mensonge à la vérité. Je n'entrerai pas dans le temple pour bien mériter aux yeux des hommes... Ma prière doit être pure, intime, mystérieuse, comme tout ce qui s'adresse à Dieu.