‹ Heures de prisonChapitre 102 sur 150 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

retentissement des métiers diminue insensiblement, et puis ne s'entend plus. On passe devant un troisième étage inhabité; on monte encore, et on arrive à une porte, la dernière de toutes. C'est la mienne. A peine l'eus-je franchie, que l'air, la lumière, l'émotion du voyage, imprimèrent une forte secousse à mes nerfs. On me donna un calmant, et on me porta sur mon lit.

Quand je rouvris les yeux, je ressentis un bien-être ineffable. Tous les objets que mon imagination maladive avait imprégnés de ses rêves avaient disparu. Je me trouvai dans un milieu nouveau, avec des pensées, toujours amères, sans doute, mais plus conformes aux dispositions nouvelles de mon âme.

Mon oncle a compris ce qui seul peut m 'aider à mourir debout. Le Christ étend ses bras divins à mon chevet. Mon père me regarde souffrir. Ma mère me couvre de son ombre. La Bible et une Imitation de Jésus-Clirist sont sous ma main, pour soutenir mon courage, et le Génie du Christianisme m'ouvre ses pages, pour me le rendre plus doux.

Merci, mon oncle. Ma conscience me permet de rester sans remords sous le regard de mon père... Ma résignation me permettra bientôt de, demeurer sans crainte sous le regard de Dieu. Merci, mon oncle. Plus que noblesse, malheur oblige. En face de la croix, je ne l'oublierai pas.

Pour la première fois, depuis bien longtemps, j'ai dormi quelques heures. Mon cœur est plus reposé, ma tête plus libre.

Le sommeil est la mort des sens. L'âme, échappée de sa prison, retourne à ses attractions vraies... Les morts

ressuscitent; les distances s'effacent; l'homme s'arrête sur la pente fatale du sort; le mystère éternel des rémunérations et des peines se dévoile.

A cette heure de silence, où l'esprit fait scission avec la matière, l'instabilité des choses humaines se découvre : l'avare voit ses dieux changés en fumée d'or entre ses doigts crispés; l'ambitieux voit ses idoles en poussière; les trônes montrent leurs planches, les honneurs leurs revers; les gloires s'évanouissent, comme ces bulles légères qu'un souffle d'enfant gonfle, qu'un rayon de soleil colore, et qu'un atome dissout.

De tous ces mirages, rien ne reste... rien ! car à tout il faut une âme, et là où manque l'âme, le néant aussitôt improvise son œuvre,.. Ce qui nous survit seul a du prix. Posons donc les bases de notre éternité... Chaque fois que l'homme fait abnégation de lui-même, la créature immortelle se révèle en lui. Si notre être dépendait de la vie, qui braverait la souffrance ou la mort pour secourir ou sauver un de ses frères? Le dévouement est l'instinct de l'immortalité.

C'est une douce chose que le sommeil, qui nous repose de Faction sans nous faire cesser de vivre... C'est une divine chose que la mort, qui nous repose de la vie sans nous faire cesser d'être...

Deux de mes amis qui veulent le cadre de la réalité à leurs souvenirs demandent un fac-similé de ma nouvelle demeure. Ils ont bien fait de s'y prendre aujourd'hui. Plus tard, mes larmes se seraient collées aux murs : mes deuils y auraient déteint. Plus tard, je verrais ce qui m'entoure avec d'autres yeux ; je ne verrais qu'une plus

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