‹ Heures de prisonChapitre 108 sur 150 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

vrai... je le sens... mais quels combats! Jamais la liberté ne m'était apparue si belle, jamais la vie plussplendide... Je perds ma jeunesse si je reste... Je perds l'honneur si je m'enfuis... l'honneur!... Mon père n'hésitait pas, lui, quand, aux champs de Waterloo, il refusait de se rendre, pour tomber mourant au milieu de ses frères morts! !... Que l'exemple du père soit le devoir de l'enfant!!... Je resterai.

Je viens de supplier la sœur de ne plus me parler dVvasion.

Je plains l'homme qui n'a jamais goûté le bonheur amer du sacrifice. Je plains l'homme qui n'a jamais senti la dualité de son être, et dont l'âme, enfouie dans la matière, ne vit plus que de la vie commune, ne vibre plus qu'au contact des sensations humaines, ^ans qu'il proteste jamais contre une assimilation aussi absolue de son immortelle essence à sa nature mortelle.

Nous sommes deux cependant : plus loin que le cœur, plus haut que la conscience, il y a comme un écho magique, mystérieux, qui se plaint à l'heure même de nos plus folles joies, de nos plus%oux enivrements, mais qui résonne, aussi suave qu'un chant céleste, pendant les plus terribles orages de la vie t pendant les plus douloureuses luttes du cœur.

J'étais bien triste hier, quand je rejetais les offres de la sœur"*, quand j'abdiquais ma liberté. Oserai-je le dire? J'ai pleuré mon courage... je l'ai maudit... Mais, au moment même où le désespoir gonflait mes veines, où le regret grondait dans mon cœur, en ce moment, j'ai entendu

l'écho lointain qui chantait... et tout à coup je me suis retrouvée forte et calme. J'étais libre, j'étais deux!...

A chaque devoir est attaché un droit. Ce que la terre nous refuse, le ciel nous le donne... Hélas! j'ai trop à pleurer pour pleurer le monde. Pas une de mes larmes ne s'égarera jusqu'à lui... Le monde!! on n'y est jamais seul, et rarement on y est deux,

La semaine dernière, deux « messieurs » en voyage, s'arrêtant pour un jour à Montpellier, sont venus passer une heure à la maison centrale. Ils ont démandé à me voir. C'étaient des hommes de mérite, et en même temps des hommes du monde, des hommes charmants, quittant chaque soir la science pour aller briller dans les salons, ayant tour à tour de l'esprit en surface, et de l'esprit en profondeur.

J'étais bien souffrante cependant, je craignais de les blesser par un refus, et je me résignai à me rapprocher de la société en les laissant approcher de mon malheur... Ah! je ne savais plus combien pouvait être douloureuse et cruelle une conversation qui ne roulerait que sur des mots ne disant rien au cœur.

J'étais couchée quand on les ftmonça. Au premier regardée les reconnus. Je dissimulai cette impression. Après des saluts poliment échangés, l'un d'entre eux prit la parole. Celait celui dont la réputation d'esprit est le mieux établie dans le monde.

— Madame, me dit-il, j'ai eu le 'plaisir de vous voir en société, une fois entre autres à une magnifique soirée chez madame *". Vous l'avez peut-être oublié?

— Je l'avoue, monsieur, je l'avais oublié; mais je

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