‹ Heures de prisonChapitre 109 sur 150 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

m'étonne que vous vous soyiez souvenu de ce plaisir, en me retrouvant ici...

— Pardon, madame, aurais-je eu le malheur d'éveiller des regrets?

— Ah! monsieur, répondis-je indignée, ceux mêmes qui me refusent du cœur ne me refusent pas un peu d'esprit. Pouvez-vous croire, vous, monsieur, vous ! que je prostitue mes yeux à pleurer des joies quand je n'ai pas assez de larmes pour pleurer l'honneur?

— Il est impossible de mieux dire les choses.

— Et vous n'auriez pas dû me les faire sentir.

M. *** se tut. Son compagnon releva la conversation.

— On dit, madame, que vous avez été très-malade.

— Je le suis encore, et je ne guérirai jamais.

— Je ne vous trouve pas trop changée cependant... Votre chambre n'est vraiment pas mal, reprit-il en l'arpentant des yeux.

— Mais savez-vous, madame, dit M. ***, qui s'était levé pour aller à la fenêtre, savez- vous que vous avez là une vue charmante?... Je voudrais l'avoir, ma foi! dans mon cabinet d'étude à Paris.

— Encadrée dans du fer, n'est-ce pas, et bariolée de grilles?

— Mais les grilles n'empêchent pas de voir. Elles sont bien espacées. H ne manque ici que de la société. Vous ne voyez personne?

— Je vois ma famille, et, quand elle me quitte, jV toujours ma conscience et Dieu.

— Nous avons l'honneur de vous saluer, madame, le temps arrange tout.

— Et la Providence répare beaucoup, messieurs...

— Adieu, madame.

Je m'inclinai, et la porte se referma...

C'est le cœur qui console. Sans le cœur, l'esprit blesse en voulant consoler.

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