‹ Heures de prisonChapitre 111 sur 150 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

avait, pour la servir, une détenue quelque peu mie de celle qui me soignait. En les mettant dans ma confidence, j'aurais pu trouver le moyen d'envoyer quelques sympathiques messages sous l'humble réduit où les paroles amies n'arrivaient plus.

La crainte d'exposer ma garde au châtiment de ma désobéissance m'avait retenue dans l'exécution de mon complot. Ce projet me revenait souvent au cœur. J'y renonçai cependant; les cachoteries et les allures tortueuses me répugnaient. Elles dégradent les intentions, appellent le danger et n'allient qu'imparfaitement les cœurs.

Je ne connaissais pas mademoiselle Grouvelle : l'intérêt qui m'attachait à elle n'avait de défini que la communauté de position et de souffrances , De son passé je ne savais presque rien ; de son procès je n'avais rien voulu savoir. Le peu que j'en avais appris me disait assez que son courage s'était allumé à un autre foyer que le mien, que sa pensée avait vécu dans une atmosphère où se serait asphyxiée la mienne. Je sentais qu'il devait y avoir entre nous dissemblance complète de caractère et de principes.

Que m'importait?

On pleure Charlotte Corday, parée de son supplice, comme d'une expiation et d'une gloire.»» Va-t-clle donner la mort, on s'épouvante.»* Va^t-elle la recevoir*, on s'incline... A l'heure du succès, c'est l'héroïne païenne.** A l'heure de l'échafaud,' c'est la martyre...

Tout en renonçant au projet d'envoyer de temps en temps un -mot ami à mademoiselle Grouvelle, j'avais recommandé à Basson de s'enquérir souvent de son état et de m'en informer. Hélas ! il empirait chaque jour, et les échos de la pauvre cellule ne rendaient plus que des oracles muets* comme les oracles d'un tombeau.

*U IILUhES DE PRISON

J'ai interrogé depuis M. Pourché, et il m'a donné L\ moitié de ses souvenirs. Rien qu'antipathique aux opinions de mademoiselle Grouvelle, l'excellent docteur lui avait offert son amitié pour lui faire accepter ses services... C'était sa main qui, la dernière, avait pressé sa main ; c'était sa science qui avait longtemps disputé sa raison au chaos; et alors que l'infortunée avait tout oublié, elle semblait encore le reconnaître pour ami.

J'ai gardé le souvenir des renseignements de M. Pourché, et je les consigne ici .

Le jour où mademoiselle Grouvelle avait franchi le seuil de sa prison, elle était confiante et forte. Elle portait ses chaînes comme le guerrier ses armes. Elle était devant le malheur comme le Spartiate devant la mort.

Ce jour-là, de nombreux amis l'entouraient : amis politiques conduisant le deuil de sa liberté et pleurant sur elle, quand elle dédaignait de se pleurer elle-même.

Les jours suivants, les amis revinrent. Les larmes n'étaient pas encore séchées dans leurs >eux, et, sur les lèvres de la prisonnière, le sourire n'était pas encore éteint.

Plus tard ces visites cessèrent. Des positions à ménager, des devoirs d'État à remplir, avaient désappris le chemin qui ne mène qu'au désespoir et au néant.

Oubliée de tous ces dévouements que l'esprit de parti allume et que l'esprit d'égoïsme éteint, mademoiselle Grouvelle ne garda auprès d'elle qu'un ou, deux hommes de cœur dont le3 opinions étaient des sentiments. Ceux-là pouvaient la consoler de son infortune, mais ils étaient impuissants à la guérir du tourment de la déception et de l'oubli.

Plus d'un an s'était écoulé, et personne n'avait eulendu un mot tomber de ses lèvres; personne ne l'avait vue sourire, personne ne l'avait vue pleurer. Debout devant sa

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