‹ Heures de prisonChapitre 118 sur 150 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

M. Coural est le prêtre qui s'oublie pour n'oublier personne, qui souffre avec ceux qui souffrent, pleure avec

ceux qui pleurent, console toutes les infortunes qui rapprochent, et prie pour celles qu'il n peut atteindre de la main et du cœur.

L'abbé Coural a commencé sa carrière évangélique par être curé de campagne. Sa cure était si humble, que l'ombre du clocher, en Rallongeant le soir, dépassait la. limite des dernières maisons du village.

Son royaume étant si petit, sa charge d âmes était légère ; mais il était heureux de guider tout doucement son cher petit troupeau vers le ciel.

La vie des campagnes offre encore dans bien des pays limage des mœurs naïves du bon vieux temps. Le pauvre monde y trouve à glaner de ci et de là l'épi qui fait son pain, l'olive qui fait son huile, le sarment qui fait son feu. L'hiver revient-il, on passe la veillée en commun. Les vieillards s'accroquillent autour des tisons. Les jeunes femmes et les filles font tourner le fuseau. Les jeunes hommes réparent en chantant leurs outils de labeur, et les enfants, couchés à la tombée du soir, ont avec eux le jeune chien ou le vieux chat pour réchauffer leurs pauvres pieds transis.

L'été, c'est mieux encore. Le soleil luit pour tous. Les plantes poussent pour tous. Les haies tiennent lieu de vergers. La pauvre veuve a poules et poulets qui grattent de droite et de gauche dans les champs voisins. Le plus humble ménage a chèvre et mouton qui vont brouter, sans que nul y trouve à dire, l'herbe des fossés et la fougère des bois.

Tout le monde se connaît, et tout le monde s'aime. Quand on n'est pas parent, un baptême vous fait compère. Quand on n'est pas compère, le hasard vous fait voisin. Le dimanche, au prône, le curé vous dit : « Mes enfants, mes enfants, vivez unis comme des frères, » et on sort de l'église en bénissant le bon curé.

Page 1