‹ Heures de prisonChapitre 120 sur 150 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

Un petit paquet de hardes, fanées par la misère, était à ses pieds. Elle avait un pain sur ses genoux et le regardait fixement en y laissant tomber ses larmes.

— Gomment ! s'écria M. Coural en se faisant un abatjour de sa main droite pour raffermir sa vue .. Mais oui, je ne me trompe pas, c'est Madeleine qui pleure... Madeleine qui pleure..., et qui sera libre demain?...

La jeune fille secoua la tête et répondit tristement : — Libre de sortir , monsieur l'abbé , oui ; mais libre d'aller où le cœur me pousse, non... non, je ne suis pas libre... A quoi sert que cette porte s'ouvre, quand d'autres resteront fermées? Le bon Dieu pardonne , lui ! mais les gens ne sont pas le bon Dieu. Us ne se payent pas de larmes» encore moins de prières. Quand Dieu oublie, eux se souviennent,.... Sainte Viergel le cœur me manque. Quel chemin prendre, quand on ne sait où aller, pour se sauver de soi et se garder des autres ?

— Je ne vous croyais pas orpheline, mon enfant» N'est-ce pas vous qui me parliez souvent de votre père > de vos frères, de vos sœurs ?

— Non, monsieur, je ne suis pas orpheline, reprit Madeleine en rougissant.

— Mais, alors, qu'est-il donc arrivé?

— Il est arrivé;., mon Dieu! je ne sais comment vous dire cela..; Ils ne sont pas morts» Dieu merci! Mais c'est moi qui suis morte pour eux... Aussi, monsieur l'abbé* il n'y a qu'un moment que je suis allée prier M. le directeur de me laisser échanger ma liberté contre le jugement de Martel... Vous savez, la Martel, qui doit mourir ici, polir que sa peine finisse.

— Est-ce possible? Madeleine» vous vouliez prendre sa place?

— Et je le voudrais encore; monsieur. Vous voyez bien

cette lettre..., c'est mon père qui Ta fait écrire... Heureusement, je ne sais pas lire... elle m'aurait brûlé les yeux... Mais enfin, ce qui est écrit est écrit. Ces lignes que vous voyez là me disent de ne pas retourner au pays, que, si le déshonneur entrait après moi dans la maison, mon pauvre cher père en recevrait le coup de la mort... Il m'aime cependant, mon pauvre père, mais voyez-vous, personne chez nous, avant moi, ne s'était mis à la portée des langues pointues et mauvaises... Seule, j'ai fait la faute, seul je porterai le faix d'épines de mon péché...

— Allons, ma fille, ne vous tourmentez pas. On vous cherchera une place, il ne faut pas désespérer de la miséricorde du Seigneur.

— La place, on l'avait trouvée ; mais, dès qu'on a su d'où je sortais, on n'a plus voulu de moi, et, quand on a demandé de l'ouvrage, on n'en a pas donné non plus. Vous voyez bien ce pain... Si la faim y mordait à pleines dents, il y en aurait à peine pour un jour. Eh bien, quand j'aurai mangé ce pain, ne pouvant en gagner d'autre, il faudra que je tende la main. Si on me trouve trop jeune pour mendier, il faudra... que je vole ; et, si j'ai peur de voler .. il faudra donc...

— Mon enfant! mon enfant! s'écria l'abbé Coural avec force, arrêtez. Je suis pauvre moi-môme, mais j'essayerai de vous donner du pain.

— Ne pourriez-vous pas plutôt me le faire gagner? répondit la jeune fille en élevant jusqu'au bon prêtre un regard suppliant. Le travail est comme le sel, il donne bon goût au pain. D'ailleurs, j'ai entendu dire que c'était péché pour la jeunesse de ramasser les miettes que le bon Dieu réserve pour les vieillards et les infirmes.

— Soyez tranquille, Madeleine. Vous avez de bons sentiments. Je vous chercherai du travail, et Dieu me le fera

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