‹ Heures de prisonChapitre 122 sur 150 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

que sa destinée le place, ait son rayon de soleil, son pain, son vêtement, son foyer, un berceau pour ses fils, une tombe pour ses morts!... Tributaire de la nature, s'il est hors d'étal de payer sa dette, la société, dont il est le membre, doit la payer pour lui...

Les inégalités sont des harmonies. La nature elle-même le proclame. La mousse du rocher et le cèdre de la montagne vivent des rayons du même soleil et des gouttes de la même rosée : sans être égaux, ils sont frères. Ils demandent au même printemps leur sève, et au même été leurs fleurs. C'est le même automne qui mûrit leurs fruits, et le même hiver qui les dépouille et les gerce. Si les chatnes alpines sont altières et superbes, les vallées sont verdoyantes et fleuries. A celles-ci la guirlande de roses; à celles-là la couronne de neige. Aux vallées les riches moissons; les sources fécondes aux montagnes.

Ouvrons maintenant l'Évangile, cette charte divine du monde chrétien. Nous y verrons un seul père pour tous, et pour tous un seul juge. Les droits sont égaux, les devoirs seuls ne le sont pas; c'est-à-dire qu'il sera demandé à chacun selon la mesure de ce qu'il aura reçu. Ainsi Dieu permet qu'il y ait des riches et des pauvres; mais il ne veut pas que la richesse reste un privilège, et que la pauvreté, qu'il a glorifiée dans son Christ, devienne une honte et un malheur.

Philosophe chrétien, l'abbé Coural ne songeait pas à substituer une vie molle et facile à la vie laborieuse du peuple. Il aimait les pauvres; il les voulait heureux, mais sans les désirer riches. Il avait vu chez les métayers des campagnes que, plus une maison comptait d'enfants, plus elle acquérait d'aisance. Il s'en était d'abord étonné. Puis, ayant reconnu que c'était là l'effet de l'association dans

le travail, il se dit qu'à son tour il associerait l'abandon et la misère, pour donner aux orphelins une famille, et aux indigents du pain. Il embrassa d'un coup d'oeil le principe, l'objet et la fin de son œuvre. 11 en coordonna toutes les parties, et leur donna pour bases le travail, l'abnégation et la charité.

Cette maison qui va s'ouvrir, il l'appellera Nazareth, en souvenir de cette autre maison, humble et bénie, qu'habita le Christ... Nazareth!!! Quel nom plus doux à choisir pour l'asile des pauvres et des abandonnés? Le peuple, lui aussi, est fier de son passé... Mais, pour former ses blasons, il ne va pas, comme les grands du monde, additionner les morts et asseoir l'orgueil sur la poussière des tombes... ses titres sont au ciel; sa noblesse est dans sa foi...

Jésus ne possédait rien. Grâce à lui, le travail, jusquelà métier d'esclave , devint honneur et devoir d'homme. Le jour où il cessa de gagner sa vie à la sueur de son front, ce fut pour gagner la vie de l'humanité à la sueur de son sang... Qui donc oserait mépriser le travail, quand un Dieu l'a sacré de ses mains et l'a scellé de sa croix?

Dans la plupart des maisons de refuge, le riche paye la pension du pauvre. L'abbé Coural se demanda si l'enfant prodigue alla tendre sa main à l'aumône pour payer sa rentrée au foyer de son père. 11 se demanda si la charité n'était pas le revenu privilégié de l'enfance, delà vieillesse et du malheur. Il ouvrit l'Évangile, et il écrivit sur le premier feuillet des statuts de son œuvre :

a Vous qui frappez, il vous sera ouvert ;

« Vous qui cherchez, demandez et vous aurez trouvé. »

À Nazareth, le besoin seul sera le titre d'admission; la

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