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LIVRE XII

Parmi les plus intimes confidents de son projet était un homme de bien, un homme de foi, vivant loin du monde r avec sa digne compagne, aimés tous deux des malheureux et les aimant, préférant l'un et l'autre au luxe de l'opulence le luxe de la charité... J'ai nommé M. et madame de Villiers.

M. Coural leur avait souvent exprimé sa peine. Ils y avaient toujours compati, et on doit comprendre sa joie quand ils lui annoncèrent que le lendemain les portes du château de Villiers s'ouvriraient devant son œuvre. Le pavillon du riche devenait le berceau de l'espérance du pauvre...

Ah ! ce fut un beau jour que celui où deux religieuses de ► l'ordre de Marie- Joseph, et trois jeunes filles 1 sorties la veille d'une prison, vinrent s'asseoir au foyer béni, emportant avec elles leurs pénates chrétiens : un crucifix de bois, une Vierge en plâtre, et le rameau toujours vert des dernières Pâques fleuries.

La chère famille était pauvre. Pauvre fut l'installation du nouveau ménage. Les lits étaient durs, mais la paix de l'âme et douze heures de labeur n'appellent-elles pas le sommeil?... Les ressources étaient précaires, mais le travail ne met-il pas le pain au bout des doigts?

Comme l'aumône avait seule pourvu à tout, le mobilier était chétif. Les chaises boitaient un peu, les tables avaient cinq pieds, les fourchettes trois dents. On voyait des soucoupes sans bols, des couteaux sans manches, des pots sans anses, des soupières sans boutons. Enfin, toutes les sympathies qui avaient concouru à meubler à la hâte

* On a tu que la pensée mère du fondateur avait été de recueillir les filles ou femmes condamnées) à leur sortie des maisons centrales, lorsqu'elles manquaient de gîte et qu'elles avaient donné des marques certaines de repentir.

l'œuvre nouvelle étaient représentées dans ce pêle-mêle humble et touchant, où le don du pauvre se mêlait à l'offrande du riche ; et l'obole de la veuve à la pièce d'or du roi.

A la fin de l'hiver, le pavillon si généreusement offert par M. Villiers fut trop petit pour contenir les membres toujours croissants de la famille. L'infortune en avait appris le chemin, les faibles et les orphelins s'arrêtaient en priant sur le seuil de la porte, et derrière leurs barreaux les prisonnières y retenaient leur place, s'efforçant de la mériter pour le jour de la libération.

Cette fois encore, l'abbé Coural vit la Providence incliner un cœur au-devant de ses souhaits. M. Bégé, alors préfet de l'Hérault, ayant trouvé dans l'œuvre le reflet des vertus du fondateur, voulut en assurer l'avenir, en cédant contre un modique loyer une jolie propriété qu'il avak récemment achetée dans un des faubourgs de la ville. C'est la maison que j'ai vue de ma fenêtre, avec sa ceinture d'oliviers, de lauriers et de vignes.

A partir du moment où les nazaréennes furent installées chez M. Bégé, on vit la solitude grandir sans entraves, et la belle pensée de l'abbé Coural se développer, radieuse, sous la douce puissance de la charité.

Oh ! béni soit l'asile qui s'est ouvert à l'abandon et au repentir, qui désarme la justice, console et rassure la société ! Il n'y a plus de cloîtres pour y ensevelir les ennuis incommensurables et les inconsolables douleurs... Qu'il y ait des champs de bataille pacifiques, où ceux qui veulent mourir à la vie usent leurs forces au service de l'humanité!... Que tous les dévouements y aient leur place; mais que rien ne s'y paye, et que le trésor des pauvres ne devienne pas le revenu du mercenaire !

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