LIVRE XII
ayait qu'une, l'affranchissement de son pays, l'honneur de son drapeau !
Un jour, le tocsin se fit entendre... la Pologne fut debout, sommant le despotisme de lai rendre sa liberté... Le despotisme lui répondit par l'insulte et le glaive. D'innombrables légions d'esclaves se précipitèrent sur une phalange de héros. Varsovie eut les prémices du martyre. On compta cent bourreaux pour une victime... Quand la mort fut rassasiée, l'exil remplaça la mort! Quand la Sibérie n'eut plus de place, les cachots remplacèrent (Pexil. Quand les cachots ne suffirent plus, le vainqueur prit les lois, les aiguisa comme une hache, et acheva d'en mutiler la race des vaincus... Peuple infortuné! Il ne lui fut plus permis de prier Dieu comme le priaient ses pères, de parler la douce langue que ses mères parlaient.. . la Pologne mourante poussa un cri... nul ne voulut l'entendre... sa liberté se noya dans son sang, etc. Il ne lui resta plus que sa gloire et sa foi !
Notre pauvre ami était un de ces Polonais martyrs, échappés par miracle au fer des vainqueurs. Il avait demandé l'hospitalité à la France. Trop grand pour mendier une vie qu'il pouvait gagner, il était entré dans le corps des ingénieurs civils, où son aptitude le fit bientôt distinguer. Son travail payait l'impôt à la terre qui l'avait recueilli. Ses études l'aidaient à supporter les heures amères de l'exil.
Ce fut au milieu de ces pacifiques travaux que la maladie vint le frapper, aidée qu'elle était par cette funeste prédisposition que les grandes douleurs de l'âme inoculent au corps. Il avait reçu l'ordre de lever le plan d'une des grottes les plus curieuses du Midi. Pour cela , il fallait
256 HEUHES DE PRISON
chaque jour passer plusieurs heures dans une atmosphère froide, chargée de miasmes dont Faction délétère se développait au conlact de l'air extérieur.
Le laborieux jeune homme ne s'aperçut pas que la mort était à ses côtés, paralysant une a une ses facultés physiques, emprisonnant sa vie dans l'enveloppe inerte d'un cadavre.
Voilà ce que nous avons appris. Pauvre! ses lèvres n'articulent plus une parole; ses yeux errent égarés dans le vide; la partie droite de son corps est privée de mouvement. 11 faut qu'on lui prête l'action du geste, du regard et delà voix...
Infortuné! tu passes comme une image de ta patrie... Que les heureux le plaignent ! Moi je ne sais que t'aimer.
Ce matin, un de mes amis m'a envoyé une boîte de fruits confits. Jamais présent n'a été reçu avec plus de bonheur» Le pauvre malade en aura sa part.
J'ai passé une heure à parer mes friandises. Je voudrais que le cher exilé pût y lire un pieux souvenir..* Il refuserait le don. Il acceptera le partage... Mais comment lui envoyer la boîte? l'intermédiaire de ma famille pourrait le blesser. Je suivrai le conseil d'Adèle : je m'adresserai à l'aumônier de l'hôpital. C'est le messager qui me convient pour donner quelque prix à l'humble offrande.
La boîte est parvenue* et le bon aumônier me fait dire qu'une douce larme y est tombée pour moi.;.
Oh ! que la Providence est bonne ! Il n'est calvaire, si abrupte et aride qu'il soit, qui n'ait sa fleur et son parfum.;. Dieua fait delà compatissance la trêve du malheur.