LIVRE XIII
ce qu'ils ne savent pas.. Ne vous y fiez pas au moins. Le gardien *** est un vieux chat. Celui-là***, avec son air bêta, n'est pas meilleur qu'il ne faut. Celui ci*** est dans la manche du directeur.
— Mçn Dieu! a dit Adèle, tout effrayée de ce flux de paroles, savez-vous que c'est bien affreux d'être entouré de pareilles gens ?
-—Ah! mademoiselle, a repris la portière d'un air mystérieux, tous lie sont pas comme ceux-là. H y en a qui savent tenir leur langue en repos. Puis, se penchant plus près d'Adèle, elle a ajouté à voix basse : Mon mari, par exemple, on pourrait se fier à lui.
Les regards pénétrants de la portière, son accent, ses gestes, l'abondance étourdissante de ses paroles, les paroles d'intérêt qu'elle jetait au cœur de ma cousine pour y faire brèche, le prestige qui s'attache à l'expression du dévouement, tout cela devait exciter la confiance d'Adèle. Non-seulement elle a remercié la portière de ses avis, mais elle lui a promis de s'en souvenir, si l'occasion s'en présentait jamais. Dans le laisser aller de sa reconnaissance, elle lui a dit qu'avant mon arrestation au Glandier j'aurais pu fuir, mais que, confiante en mon innocence» j'avais repoussé l'évasion comme une lâcheté. Elle lui a dit encore qu'après ma condamnation j'avais eu la même fermeté; que, lors de ma translation ici, Clémentine avait voulu me faire prendre ses habits et son passe -port, et que j'avais persisté dans ma résolution.
Elle lui a parlé ensuite de toutes ses anxiétés et de celles de ma tante pendant la maladie à laquelle j'avais miraculeusement échappé, et qui, après les avoir fait trembler pour ma vie, les avait fait trembler pour ma raison. Elle ne lui a pas caché que, témoin désolé de mon désespoir, il lui était arrivé souvent de songer à se sa-
crifier elle-même pour me sauver... Ne le dites pas, ma brave femme, avait ajouté ma cousine, car on pourrait me séparer de Marie, et je ne m'en consolerais pas. Tout mon bonheur est de la soigner, de souffrir avec elle, et je me ferais prisonnière avec joie si ses chaînes tombaient pour devenir les miennes.
— Oh! Jésus! s'était écriée la portière en joignant les mains, en voilà une amitié qui vaut son pesant d'or ! Allez, mademoiselle, je ne suis pas seule à le penser. Dieu vous récompensera. Aussi, pécaïre ! moi répéter ce que vous m'avez confié là! j'aimerais mieux mettre ma tête sur le billot.
En terminant sa narration, Adèle m'a dit :
— Eh bien, ma chère, tu vois comme ces braves gens t'aiment. H est bon d'avoir des amis partout. Tu devrais bien faire quelque chose pour eux !
— Mais comment le pourrais-je? ai -je répondu un peu étonnée.
*- Je sais que le mari va partir pour Paris : il espère s'y caser mieux qu'ici. Tu comprends que, pour des cœurs bons et ouverts comme les leurs, ce doit être bien dur de tirer toujours des verrous et d'avoir pour camarades des espions. Tu pourrais écrire à Clémentine de mener ce brave homme chez madame ***, qui serait enchantée, j'en suis sûre, de l'aider de sa protection.
— Adèle, tu me connais, je ne suis pas ingrate... mais cette subite démonstration... cette figure...
— Oh ! franchement, voilà bien une raison de Parisienne. Parce qu'un homme est laid, estrce à dire qu'il est méchant !
— Et si sa laideur était au dedans?;.. Voyons, répondsmoi : ce voyage de Paris, n'est-ce pas eux qui te l'ont annoncé? Cette recommandation, n'est-ce pas la femme