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LIVRE XIV

zons bleus, brises attiédies qui avez voulu faire un beau jour du jour où je Y ai connu, je vous emprunte au ciel... Encadrez d'espérance cette page de ma destinée où j'inscris la conquête et le nom d'un frère.

Hier soir, comme ma. tante rentrait chez elle au retour de la prison, deux bras se sont ouverts pour l'étreindre, et à son cri de surprise a répondu un cri de joie.

C'était son fils Edouard qui revenait d'Afrique après cinq ans d'absence. Cinq ans sont bien longs, quand le regret les compte ! Aussi comme ses lèvres devaient trembler en redisant ma mère! comme son cœur devait battre en s'entendant appeler mon fils !

Edouard était le seul de mes cousins que je ne connusse pas encore. Il aurait voulu me voir le soir même. C'était trop tard... et le lendemain n'était pas le jour permis de visite. Il alla trouver le directeur, qui fit gracieusement brèche à la règle, et cette après-midi, prévenue déjà de la bonne nouvelle, j'ai vu paraître le cher inconnu, accompagné de son père... Je lui ai tendu affectueusement la main; mais lui m'a attirée doucement sur son cœur, comme la veille il y avait attiré Adèle, et deux larmes muettes ont coulé de ses yeux sur mon front.

— Vous, prisonnière!... s'est-il écrié après un moment de silence.

Mon oncle, voulant faire diversion aux sentiments douloureux qui nous agitaient, a appelé mes regards sur le costume mécréant de son fils.

Edouard portait sur les épaules le caban brodé des Arabes. Une large ceinture de soie rouge serrait son uniforme d'officier, taillé sur le patron de la fantaisie, sans nul respect de l'ordonnance. Le soleil d'Afrique avait bronzé son visage et pailleté d'or sa longue barbe aux reflets ondoyants. A première vue, j'ai souri de le trouver si Turc.

Mais bientôt, reconnaissant dans ses traits les traits chéris de mon grand-père, l'émotion a amené les larmes dans mes yeux. J'ai parlé de cette étonnante ressemblance, et il m'a dit qu'à son voyage à Paris mes tantes en avaient été frappées comme moi.

Cette similitude de traits avec Y être que j'ai si religieusement aimé donne un passé à notre affection. Je ne l'ai pas compris seule... le passé consacrera l'avenir.

La prisonnière qui m'a été choisie pour remplacer Basson est une fille de la Lozère, ronde, rouge, large et trapue, agreste comme les sites de son pays, bonne comme les simples de ses montagnes, presque laide, si c'est avec les yeux qu'on la juge; quasi-jolie, si c'est le cœur qui la regarde, quand son cœur vous sourit.

Françoise, c'est son nom, ne sait rien faire ; mais brûle du désir de tout apprendre. Malheureusement, ses mains qui cousent à gauche, ses pas qui pèsent cent livres, ses regards un peu effarés, et ses gestes coupés à angles aigus, me font craindre que, si elle a hérité des dispositions de Basson à tout briser, elle n'héritera pas de son intelligence.

Ce qui rendra son éducation plus difficile à faire, c'est qu'elle parle un patois bêlé, inintelligible hors des gorges de sa province, et qui doit être une sorte de compromis entre la langue du berger et celle du troupeau.

La pauvre créature est ravie de ne plus être sous le regard intolérant qui s'attache à ses compagnes, à l'atelier et dans les cours, au réfectoire et à la chapelle, aux heures de récréation comme aux heures de travail, le matin, le soir, le jour, la nuit, partout.

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