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LIVRE XIV

J'ai oublié la date et l'adresse de quelques-unes de mes lignes, provoquées par le mensonge, et profanées par la trahison. Je laisse aux coupables ce souvenir. Le monde, tout en profitant des lâchetés, en fait bientôt justice. S'il a ri tout haut de ma crédulité, il a certainement flétri tout bas les insulteurs de la captive et les dupeurs de l'affligée. Non, quelque méchanceté qui m'atteigne, je préférerai tonjours l'abandon de la confiance à la prudence de l'orgueil.

L'amitié n'est pas accourue à ma voix. Elle m'a porté, la première, les accents de la sienne. J'ai quitté le Glandier, pauvre, plus que pauvre, dépouillée de tout... et cependant, à chaque étape de mon douloureux voyage, j'ai trouvé, toujours prêts, le grain de mil et la goutte de lait qu'il fallait à ma vie. Ici encore, cette chère providence, douce mandataire du ciel, n'a cessé de veiller sur moi, comme la mère veille sur son enfant. Elle n'a jamais laissé manquer d'huile ma lampe, ni s'éteindre la flamme de mon foyer.

Bons et généreux amis, gardiens fidèles de ma douleur, soyez bénis! Pas une fois ma prière ne s'élève à Dieu sans que mes lèvres ne lui disent vos noms, sans que mon cœur n'appelle sur vous ses bienfaits.

L'homme qui m'a fait condamner par ses haineuses accusations, le témoin cruel dont je ne me souviens plus qu'aux heures où j'offre à Dieu mes sacrifices et mes pardons, cet homme est accusé de détournements de fonds par altérations d'écritures de commerce. 11 est en prison depuis trois mois.

Depuis irois mois ! et le hasard seul me l'apprend la veille du jour où il va être jugé !

11 y a sept ans, ayant de quitter ma cellule transitoire de la Corrèze pour la tomhe anticipée que j'habite ici, M. Lacombe, mon tuteur légal, présenta une requête au tribunal de Tulle pour être admis à prouver un faux témoignage de D**\ Des hommes honorables, parmi lesquels figurait en première ligne un des jurés de mon procès, le demandaient avec nous. Ils avaient entendu de la bouche même du calomniateur la rétractation de la calomnie. Dieu condamnait ainsi à la vérité les mêmes lèvres qui s'étaient souillées du parjure.

Cette requête fut rejetée par le motif du changement de domicile de l'homme. Les agents de la police ne purent découvrir sa nouvelle demeure. Cet œil si vigilant fut impuissant pour moi.

Et maintenant, qu'un seul mot aurait pu me sauver ou me confondre, une égide invisible protège l'accusateur contre la condamnée!

Qu'ai-je donc fait, mon Dieu, pour mériter cet impitoyable abandon? Quels sont donc les intérêts que ma captivité sauvegarde? Quel est donc le repos si cher que mes douleurs achètent? Ah! quel que soit ce repos, toutes mes larmes, tout mon sang ne sauraient le payer. Dieu maudit les sacrifices humains, et les renvoie comme un supplice aux consciences qui veulent dormir... Le temps marcbe. Que mes ennemis disent ce qu'ils ont arraché contre moi. J'écoute, et ils se taisent, parce que le temps se tait. Ils entourent ma tombe de silence, comme ils ont entouré mon jugement de passions et de bruits. Ils croient que ma voix se brisera contre ma clôture de pierre, et que la voix de la vérité s'y brisera comme elle. Ils se trompent : la vérité pénètre partout où Dieu

C'était la vérité qui forçait D*" à se trahir involontai-

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