‹ Heures de prisonChapitre 24 sur 150 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

laisser faire, reprit Clémentine en préparant tout pour mon lever. Je ne vous prête pas ma robe, je la change contre la vôtre ; en prenant votre nom, je vous donne le nflen ; en vous faisant griselte, je me fais dame.

— Quoi! vous voulez?...

— Je veux aller à votre place à Montpellier, pendant que vous irez à la mienne à Paris. Nos tailles, nos voix, nos signalements sont à peu près les mêmes , et, grâce à votre habitude de vous enfouir sous triple voile et sous double manteau, les bons gendarmes ne s'apercevront pas de la supercherie. Les messieurs de la maison centrale, qui ne nous connaissent ni l'une ni Tune, s'en apercevront encore moins; et, une fois en prison , je m'étudierai de mon mieux à être vous.

— C'est trop, mon Dieu ! c'est trop I m'écriai-je en me jetant dans les bras de ma fidèle Clé.

— Du tout.., et voilà que vous allez m'attendrir pour rien, quand je n'ai pas de temps à perdre, répondit l'excellente fille en essayant de se dégager de mon étreinte» Je voiis en supplie , ma chère dame, soyez raisonnable. Acceptez... et, si ce n'est pas pour vous, que ce soit pour votre famille, pour vos amis, pour moi... Je suis forte. Là où il vous faudrait mourir, je vivrai en ne souffrant qu'un peu; et puis, pensez-y bien» madame, pendant que je se^ rai prisonnière à votre place, vous chercherez la vérité* Vos amis, activés par votre présence» la chercheront de leur côtéj vous la trouverez* et, Dieu aidant, après avoir obtenu justice, vous viendrez me prendre pour ressusciter toutes deux... Vite ! vite ! madame, la malle peut passer d'un moment à l'autre » Laissez-moi vous habiller et par* tez... Je serai la plus heureuse des créatures de me dire chaque matin en me réveillant que c'est moi qui vousdonne la liberté;.. Vous pleurez?.;. Je ne pleure pas, moi! Je suis

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fière au contraire que vous m'accordiez l'honneur de porter votre nom durant quelques années ou quelques mois de ma vîe... Partez, je vous le demande à genoux...

En me parlant ainsi, Clémentine était rayonnante de tendresse et de dévouement. Elle baisait mes mains, me pressait sur son cœur; elle trouvait une réponse à toutes " mes objections, et opposait une volonté invincible à tous mes refus... A mesure que le temps nous gagnait, ses efforts pour me tenter devenaient plus pressants. Elle évoquait un à un mes plus chers souvenirs, s'adressait à ma conscience et à mon cœur, priait au nom de mes amis , conjurait au nom de mon innocence... Tout à coup, un claquement de fouet s'est fait entendre. Le pavé de la cour s'est ébranlé, les vitres ont frémi, et les lanternes du courrier sont venues teindre d'une clarté blafarde les plis de nos rideaux.

— Mademoiselle du numéro 4 ! a hurlé du bas de l'escalier une grosse voix. 11 y a place pour deux dans la malle. Dépêchez-vous tôt; dans cinq minutes, il faudra partir.

Clémentine m'a regardée fixement, et, voyant dans me3 yeux que j'étais décidée à ne pas accepter son sacrifice, elle s'est laissée tomber sur une chaise en cachant sa tête dans ses mains.

— Mademoiselle Clémentine, a crié Cuny à son tour, le conducteur vous attend.

— Je ne pars. pas. Madame se trouve plus souffrante, a répondu Clé en sanglotant tout bas.

Cette scène aurait dû me briser. Elle m'a rendu des forces et du courage. Il m'a semblé qu'en acceptant volontairement ma destinée j'y attachais une vertu qui deviendrait plus tard ma sauvegarde ; il m'a semblé qu'en refu-

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