‹ Heures de prisonChapitre 35 sur 150 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Quand le mal de l'absence fera pâlir mes joues, il ne * m'accusera pas d'exaltation et de folie. Quand le mal de la liberté, quand le mal de l'honneur auront tari en moi les sources de la vie, il ne confondra pas l'angoisse de la victime avec le délire furieux du coupable. Le savoir en lui s'inspirera du cœur. L'homme, le chrétien, l'ami, compléteront le savant... Ah ! c'est un noble sacerdoce que la médecine, quand ceux qui l'exercent savent comprendre que, pour posséder la vertu de guérir, la science a besoin d'être elle-même une vertu.

J'ai appris de la sœur que M. Pourché faisait sa visite chaque matin vers les neuf heures; un coup de cloche annonce sa venue. J'aimerai cette heure, j'aimerai cette cloche qui chantera le retour d'un ami.

Je ne pense pas. Je n'agis pas. Je passe mes jours à écouter l'appel de la petite sonnette qui m'annonce les messages de ma famille, et le tintement de l'horloge qui nie mesure les miaules. Tout m'est nouveau, tout m'est étrange dans mon malheur actuel. Le moindre mouvement m'effraye. Un bruit de pas dans l'escalier me bou< 1 averse, et c'est avec une anxiété fiévreuse que j'attends les derniers ordres du ministre, Ils décideront de mon sort... Combien d'heures vivrai-jc dans une semaine? Combien de rayons Je soleil me seni-t-il accordé pour m'aider à souffrir un jour?,.. Aurai-je des livres, des plumes, une table. ». presque rien, mais assez cependant pour me recomposer l'ombre d'un chez moi?...

Depuis que j'ai perdu ma pauvre Clé, je me dépite souvent, je m'étonne toujours de mon ignorance absolue des

mille petits soins à l'aide desquels on parvient à vivre l'espace de temps compris entré un matin et un soir. Tout me manque à propos.de tout. Mon bois fume et ne brûle pas: mon eau se renverse et ne chauffe pas. Quand mon lait bout, c'est qu'il s'enfuit. J'ai un monde de pensées dans la tète sans qu'une seule d'entre elles veuille condescendre à" s'occuper de mon pauvre moi, qui a froid ou chaud, soif ou faim... Les préoccupations incessantes qu'il faut tirer de soi pour les reporter à soi me fatiguent et m'obsèdent. C'est de l'égoïsme pratique. Vivre pour vivre, quel néant!

M. de Tourdonnet a été autorisé à me voir une dernière fois avant son départ. L'absence ressemble tant à la mort! Pourquoi se quitter deux fois, quand au mot si triste de l'adieu ne peut plus s'unir le mot qui dirait au revoir?

En voyant entrer M. de Tourdonnet, j'ai compris qu'il s'était fait un devoir du courage, et que, cette fois, il serait fort pour deux. Il m'a longuement parlé des démarches qu'il avait faites auprès du préfet, et même auprès du ministre, pour m'ob tenir l'autorisation de recevoir les visites de ma famille trois fois la semaine. 11 m'a dit que je pourrais prendre l'air une heure par jour sur une plate-forme qui couronne la tour que j'habite. Enfin , il m'a raconté comment il avait obtenu la permission de pourvoir ma cellule d'un petit mobilier de bénédictine.

— Parcourez cette note, a-t-il ajouté en me présentant

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