‹ Heures de prisonChapitre 38 sur 150 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

parler à la 3œur Philomène qui me parle. Si j'ai passé une mauvaise nuit, si je suis plus souffrante, Adèle s'en retourne triste, et m'envoie son baiser en pleurant. Si je suis plus calme et plus forte, elle sourit à la sœur qui me sourit de sa part. Sa pieuse sollicitude s'étend à tout. Tantôt, c'est une brochure nouvelle qu'elle m'apporte, tantôt une simple fleur, mais une fleur cueillie pour moi, et sur laquelle, en cherchant bien, je trouverai la trace d'un baiser et d'une larme... C'est encore une revue qu'elle a entendu vanter, et qu'elle s'est fait prêter pour mêla prêter... C'est une tisane préparée par son excellente mère pour me calmer un peu et me faire dormir. C'est tout ce qui distrait, attendrit et attache, tout ce qui fait oublier et tout ce qui guérit.

— Merci, ma bonne Adèle, merci ! Vivre pour aimer, c'était le souhait de ma jeunesse; aimer pour- vivre, ce sera le vœu de mon malheur.

J'ai revu Clémentine. Pauvre Clé ! je ne croyais pas tant 'aimer que je l'aime.

Il paraît qu'on craint son séjour prolongé à Montpellier, et que, pour la dégoûter d'y rester, on a voulu mettre des entraves sans nombre à ses visites dans la prison. Pendant ces huit derniers jours, elle est venue vingt fois au greffe essuyer, tantôt des demi-refus, tantôt des demi-promesses, tantôt des quasi-oui bien aigres, tantôt des quasi-non bien doucereux. Rien n'y a fait, et, lasse un beau matin de prodiguer en pure perte tant de courbettes suppliantes, tant de prières vaines, elle a passé sa plus belle robe et mis son plus beau bonnet pour s'en aller cette fois faire

parler sa prière dans le cabinet même du préfet. M. Bégé l'a très-bien reçue, et, munie enfin du précieux permis, elle est accourue, un cabas plein de fleurs d'une main, un sac bourré de bonbons de Vautre.

En me retrouvant, Clémentine a poussé un cri de joie, et, à moitié folle de son succès, elle n'a pu, pendant quelques instants, que m'embrasser, pleurer, sourire, pleurer et m'embrasser encore.

— C'est donc bien vrai ! je vous revois, ma bien-aimée dame, je vous revois! s'écriait l'excellente tille en s'éloignant de mon lit comme pour mieux me regarder, et s'en rapprochant soudain pour m'embrasser encore... C'est donc bien vrai ! je tiens votre main dans mes mains, je tiens vos yeux dans mes yeux, votre souffle passe sur ma joue, votre voix tinte dans mon oreille... Ah! madame, comme ils m'ont séparée de vous! Oh! la vilaine prison! les vilains verrous ! les cruels!...

J'ai fait un signe à Clémentine : elle s'est retournée, et s'apercevant pour la première fois de la présence de la sœur qui disait son chapelet à trois pas de nous, de riante qu'elle était, elle est devenue triste et sérieuse.

— - Qu'importe? ai-je dit à la pauvre stupéfiée en l'attirant doucement vers moi. Nos cœurs se parleront tout haut et nos pensées tout bas.

— C'est bon pour vous, madame; mais moi, je ne sais plus parler quand il faut que j'épluche mes mots. Ma bonne sœur, continua Clé en s'adressant à la religieuse d'un ton suppliant et câlin, ma bonne sœur, ne pourraisje voir madame seule un moment? Je vais m'en séparer pour si longtemps ! j'aurais tant de choses à lui dire !

— Le règlement s'y oppose, mademoiselle, et M. le directeur m'a donné l'ordre de rester ici tout le temps que vous y resterez vous-même .

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