‹ Heures de prisonChapitre 40 sur 150 · K5 LIVRE III · texte numérisé non relu

K5 LIVRE III

sée y glaner des inspirations douces ou élevées, consolantes ou aimables.

J'aurai à moi un lit de fer et une cheminée, un fauteuil, deux chaises, une étagère en noyer pour mettre mes livres, et au-dessous une petite table à écrire. Une autre tablette, se pliant à volonté, servira pour mes repas. J'aurai encore une commode, où se trouveront cachés un lavabo, une glace et quelques flacons.

Mon instruction, comme celle de la plupart des femmes, n'étant guère qu'un demi-savoir de parade, j'ai décidé de consacrer toute la matinée à l'étude. L'après-midi, je m'occuperai de quelque bel ouvrage de tapisserie, bien minutieux, bien difficile, qui fixera sur le canevas ma main, mes yeux, et même quelque peu ma pensée. Le soir venu, je lirai, pour le plaisir de lire, quelques brochures nouvelles, ou quelques vieux beaux livres... Puis j'attirerai à moi le souvenir de mes amis ; je répondrai à leurs lettres, ou bien encore, évoquant leurs ombres aimées, je causerai avec elles d'hier et de demain : de ce qui fut nos rêves, de ce qui sera notre espoir.

Depuis que ma cellule est pourvue de son petit mobilier, je ne m'y sens plus aussi seule. Une dernière préoccupation me troublait : l'idée que mademoiselle Grouvelle pouvait manquer des objets qui ne me manqueraient plus, et qu'à vingt pas de moi elle pourrait souffrir des privalions, dont j'avais tant souffert.

La sœur... m'a rassurée. L'appartement que mademoiselle Grouvelle occupe dans le pavillon faisant face à ma tour se compose de deux pièces assez vastes et très-bien éclairées. Ses meubles sont en bois de noyer comme les miens. Une prisonnière la sert, comme Basson me sert. Sa famille lui écrit. Quelques amis la visitent encore. Dieu

soit loué! Elle n'a rien à m'envier, et si ses forces revenaient demain, elle pourrait s'aider, pour vivre, de tout ce qui doit m'aider à souffrir,

Je n'avais pas entendu parler de mademoiselle Grouvelle avant mon procès. Mais, arrivée à Montpellier, je me suis sentie entraînée vers elle par cette sympathie instinctive qui naît de la confraternité du malheur. J'ai demandé si je ne pourrais pas la voir. On m'a répondu que le règlement s'y opposait. .

Le règlement... c'est ici la formule de tous les refus et l'excuse de toutes les rigueurs. C'est ce qui fait baisser tous les yeux et fermer toutes les bouches, c'est ce qui masque d'hypocrisie tous les fronts et habille de gris tous les corm... Le règlement, enfin, c'est ce qui arme 1 arbitraire et paralyse la miséricorde? c'est le quasi-texte d'une quasiloi; c'est la lettre qui opprime et qui tue...

je me su,s bien trouvée de mon énergie, Elle a rendu mon oncle heureux, et m'a fait passer une bonne nuit.

Pourquoi l'orare du ministre qui doit stabiliser ma position, et autoriser les visites de ma famille, tarde-t-il tant ïarriver'' Si j'étais rassurée là-dessus, de résolue que je suis, je deviendraisconnante et calme. Mon courage qui n' encore que l'effort de ma volonté, s'inspirera, de a réflexion et de la foi. Je ne l'emprunterais Plus a ouWk Je le demanderais à ma conscience et a Dieu, a la prière

6l Ma journée d'aujourd'hui a été troublée par un petit incident qui m'a fait rire et pleurer, qui m a un peu d,straite et beaucoup effrayée.

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