‹ Heures de prisonChapitre 53 sur 150 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

ce jour. 11 faut que vous le sachiez enfin, les mesures de rigueur qui vous ont atteinte ne sont qu'une suite de sollicitudes imprudentes et exagérées de quelques-uns de vos défenseurs. La société proteste tôt ou tard contre les démonstrations inconsidérées qui semblent la braver en bravant ses lois ; je vous conseille donc...

— De ne plus écrire, monsieur?

— Vous me comprenez mal, madame. Je vous conseille d'écrire peu, et surtout de ne rien mettre dans vos lettres qui ne soit de nature à assoupir et à calmer les rancunes que vous et les vôtres gardez encore trop ouvertement contre le passé. Évitez tout ce qui peut, de près ou de loin, faire allusion à votre procès. Evitez de récriminer contre l'arrêt qui vous frappe et de discuter la loi, qui ne se discute pas. Parlez peu de votre façon d'être ici, et ne parlez pas du tout de votre innocence. L'administration ne peut voir en vous qu'une condamnée; elle ne peut s'intéresser à votre sort qu'autant que vous serez soumise et résignée aux sacrifices que la loi vous impose. Alleï de vous-même au-devant d'eux et mettez votre esprit à vouloir ce que vous ne pouvez empêcher.

— Mon esprit n'entend rien aux calculs, monsieur, et, pour mon malheur, je ne voudrais pas d'un litre qu'il me faudrait mendier à genoux.

— L'orgueil est un dangereux conseiller.

— Et l'hypocrisie un déshonorant auxiliaire... Mais brisons là, monsieur, et permettez-moi de vous demander s'il vous reste quelque chose de plus à me prescrire à propos des lettres.

— Non, madame. Seulement, je vous prierai de faire les retranchements voulus à celles que vous m'avez envoyées ce matin pour M. de Tourdonnet et pour votre tu-

teur. Les voici. J'aurais cru manquer à mes devoirs en les laissant partir.

— Mes lettres d'hier? Ah! monsieur, vous les aurez mal lues. J'étais calme, presque résignée, en les écrivant, et, sauf quelques larmes qui ont pu rouler sous ma plume, je ne m'y suis pas permis une récrimination, pas une plainte...

— C'est vrai, madame, vous ne vous y plaignez pas ; mais d'un bout à l'autre, de la première page à la dernière, vous y protestez de votre innocence ; vous demandez à vos amis de vous défendre vivante ou morte ; vous leur demandez la vérité, sinon pour vous, du moins pour l'écrire sur votre tombe; vous faites appel à des passions mauvaises ; vous défiez, vous outragez la loi. Refaîtes vos lettres, madame, elles pourront partir encore par le courrier de ce soir.

— Je respecte la loi, monsieur, je respecte mes juges. Je n'attaque et je n'attaquerai jamais que mes accusateurs Quant à mes lettres, elles ne partiront ni ce soir, ni demain, car je n'écrirai plus... Si j'ai refusé de revêtir la robe infâme, ce n'a pas été pour voiler ma pensée sous les apparences fausses d'un repentir menteur. Si ma conscience doit se taire, je me tairai aussi. Mon silence parlera pour moi.

— La prison porte conseil, a répondu M. Chap... n'usez pas votre courage en luttes inutiles ; ne vous brisez pas contre Yirrévocable. Ici, ce qui doit être est. Soyez forte de la bonne manière, et croyez, madame, qu'en paraissant agir en tyran, j'agis dans votre intérêt sagement entendu.

Le directeur sorti, j'ai pieusement ramassé les débris de ma pauvre lettre, et, tirant au hasard d'entre les mille

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