LIVRE V
J'ai gardé le lit quelques jours, et j'ai tant souffert, que je ne voulais plus écrire. Pourquoi, me disais-je, prêter une voix à tes ennuis? Pourquoi énumérer tes larmes ? Si le soleil imprime ses rayons sur la feuille purpurine des roses, la nuit passe sans laisser de vestiges ; les soupirs pleurent sans éveiller d'échos... N'écris plus; dors... Non, ma douleur ne m'appartient pas; elle est à ceux qui l'aiment. Pour qu'ils me pardonnent de mourir trop vite, il faut qu'ils me sentent souffrir.
Je reprends donc ma plume. A quelle ligne, à quelle pensée en étais-je restée? Je m'en souviens... Ne pouvant élargir les murs qui m'enserrent, je voulais agrandir l'horizon de mes idées ; je voulais m'élever des brumes orageuses qui sont comme l'haleine de la terre, à ces régions aérées et sereines, patrie des éternels beaux jours. Je voulais me sauver du désespoir par l'étude. Je voulais lire et relire, méditer et réfléchir en moi ces écrits sublimes, qui viennent d'âge en âge reculer les bornes de l'entendement