‹ Heures de prisonChapitre 80 sur 150 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

sur ces pages, je veux les signer avec mes larmes; je veux les sceller de mon dernier soupir... Quand je serai délivrée, ne seront-elles pas libres? Quand j'irai à Dieu, ô mes chers absents ! n'iront-elles pas à vous ?

Depuis que l'abbé. Coural me parle de Dieu, je ne me sens plus orpheline. Ma patrie n'est plus la terre que je quitte, mais le ciel que je vais chercher... Tout est étroit ici... Tout est grand, tout est splendide là-haut... Là-haut, y atteindrai-je?... Oui, mon Dieu, car vous êtes père, car vous me tiendrez compte de ce que je souffre... Oui, mon Dieu, car vous savez que mes fautes n'ont pas été des crimes, et que mes regrets ne sont pas des remords...

Je ne lis plus... j'écoute la mort!... J'écris rarement... Qu'ai -je besoin d'additionner mes larmes? Dieu les compte !...

Mes journées se {fessent dans la léthargie d'un somnolent repos; mais, vers le soir, à l'heure où la lièvre se rallume, mes pensées engourdies se colorent;' le présent s'efface, et je retourne en rêve aux lieux aimés où se sont perdues mes riantes années d'enfant et de jeune fille.

Je revois les pelouses emperlées de rosée du parc de Villers-Hellon. Je vois ses grands saules qui se mirent tout tremblants dans les eaux bleuâtres de l'étang, ses allées fraîches et sinueuses, ses arbres centenaires, ses fleurs restées pour moi les plus parfumées et les plus belles, car elles avaient mon âge, et comptaient leur vie par soleils, quand je comptais la mienne par printemps.

Je revois aussi les montagnes agrestes de l'Alsace, ses

colonnes de pins qui me donnaient leur ombre, ses ruisseaux clapotants qui roulaient mon image, ses sentiers rocailleux tout peuplés de mes songes, ses châteaux forts dont les ruines me prêtaient leurs échos.

Mon père, ma mère, ma sœur, tout ce que m'a pris la mort, ou que le destin m'enlève, tous ceux que j'ai tant aimés et que j'aime encore, reviennent s'asseoir à mon chevet... Je les vois... leurs sourires me caressent, leurs larmes me consolent... et dans leurs regards tendrement attachés sur les miens ma conscience se reflète, mon cœur doucement se repose... Endormez-moi, mon Dieu, endormez-moi!... Si je me réveillais maintenant, je les aimerais encore... mais eux, hélas! ne seraient plus là pour m'aimer!...

Avant-hier soir on a voulu me mettre au bain, un spasme Violent m'y a surprise, et quand je suis revenue à moi, après un évanouissement de quelques heures, j'étais couchée sur les genoux de ma tante. Son souffle courait sur mes tempes pour y ramener la vie, et mes deux mains glacées étaient pressées dans les deux mains d'Adèle»

J'ai cru d'abord que je continuais un rêve; mais, une larme de ma tante ayant Coulé sur ma joue, je me suis serrée contre elle, frappée de l'idée qu'on allait venir m'ar* racher de ses bras;

La bonne mère a compris mon étreinte, et m'embras^ sant avec tendresse, elle m'a dit : « Calmez-vous, ma fille, nous sommes ici pour ne plus vous quitter. •

Ne plus me quitter ! depuis que ces paroles sont tombées sur mon cœur, je souffre sans à peine le sentir. Mes pieds sont brûlés dans des chaussons de moutarde ; mes spasmes se sont aggravés de ëonVtilsions et de délire; On

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