LIVRE VU
m'entoure, on me plaint, et cependant il y avait bien longtemps que je ne m'étais trouvée aussi résignée et aussi heureuse.
Quand je ne suis pas dans les bras de ma tante, ma tête repose sur l'épaule d'Adèle... Elles vont, elles viennent, ne parlant, ne s'occupant que de moi. Le matin, deux voix s'unissent pour confier mon mal à Dieu. Le soir, je m'assoupis, bercée encore par des prières et des larmes...
mes amis, ne me plaignez plus... J'étais seule à souffrir la vie... pour souffrir la mort je suis trois.
La sœur *** vient souvent savoir de mes nouvelles. Elle pleure avec ma tante, et sourit à travers des larmes en me montrant le ciel. Ce matin, elle s'est agenouillée devant mon lit, pour échanger la médaille de son rosaire contre celle qu'Adèle a passée à mon cou.
— Pauvre dame! m'a-t-elle dit, vous me laisserez bien ce souvenir?... r
— Ah ! ma soeur, vous m'en laissez bien -d'autres que je présenterai à Dieu...
— Que lui direz-vous pour moi? a-t-elle repris ingénument.
— Que j'étais honnie de tous, et que vous m'avez aimée...
Et la bonne sœur s'est mise à pleurer.
M. Pourché vient plusieurs fois le jour. L'abbé Coural ne me quitte plus... J'ai entendu parler de la maison de mon oncle 1 .
4 J'ai su, après mon rétablissement, que d'heure en heure on s'a tien-
Tous ceux qui m'entourent s'efforcent de cacher leurs larmes... Pourquoi pleure-t-on sur moi?... L'insecte qui meurt renaît fleur de l'air et du ciel
mes amis ! j'ai partagé entre vous les pauvres débris qui me restent encore. Vous les aimerez pour l'amour de moi. La main d'Adèle a reçu pour vous ma dernière étreinte. Quand je ne serai plus, vous me retrouverez vivante dans son cœur.
Est-ce bien la vie que je quitte? Le monde est ivre 1 ... J'entends ses cris. Le vice a donc ses fêtes?...
J'ai revu mon père, comme au jour où il est venu à Tulle me soustraire à l'horreur de m'entendre lire ma condamnation... mon père, que j'aime tant... qui sait tout... qui m'appelle.*. J'étouffe ici... j'étouffe... ne mettez pas de marbre sur. ma tombe... donnez-moi de l'air, du soleil, une croix de bois sans date et sans nom...
Ce qui était n'est plus... ce qui sera n'est pas encore. Je touche à l'heure d'agonie...
Adieu, tout ce que j'aime!... Je lègue ma mémoire aux hommes de cœur... mon pardon à mes ennemis... qu'on me laisse seule avec Dieu ! ! !
drait à ma mort, et que mon oncle s'occupait des moyens de me faire* transporter chez lui.
4 Nous étions aux derniers jours du carvanaj ; une cavalcade de masques passait sur le boulevard de la Prison.