‹ Heures de prisonChapitre 91 sur 150 · LIVRE VIII i · texte numérisé non relu

LIVRE VIII i

bougeoir et l'avait enveloppée d'un cornet de papier en guise de globe ou d' abat-jour.

La prolongation du séjour de ma tante et d'Adèle dans la prison faisait ombrage à l'autorité. Les subalternes murmuraient tout haut des empiétements de la faveur sur les règles inflexibles de la consigne. Les mains se fatiguaient d'ouvrir, de fermer et de rouvrir les portes, pour le va-et-vient. des infatigables dévouements qui me servaient.

On préluda par de mauvais vouloirs et des difficultés de tout genre. Tantôt la pauvre Adèle était arrivée quelques minutes trop tôt, et il fallait qu'elle attendît, dans un vestibule exposé à tous les regards et à tous les vents, le bon plaisir du gardien, qui n'ouvrait jamais qu'en grognant. Tantôt, au contraire, on était arrivé quelques minutes trop tard, et il fallait se presser, courir, oublier tout, pour suivre plus vite la religieuse, dont la présence était nécessaire jusqu'à l'escalier de la tour.

Mais rien ne rebuta la tendresse d'une mère et d'une sœur. Ma tante et Adèle souffraient pour moi et ne se plaignaient pas de souffrir. Cependant les fatigues de cette vie d'inquiétude et d'abnégation déteignaient visiblement sur leurs visages décolorés et amaigris. Les amis, les alliés de la famille, engageaient mon oncle à les éloigner, au moins une partie de la journée, de ma cellule, et mon excellent oncle répondait :

— Je ne vois pas la souffrance là où je vois le devoir. Dieu m'a donné, dans ma nièce, un enfant de plus ; je ne dois pas la laisser à des mains étrangères. Ma femme et ma fille ont une mission sainte qu'elles rempliront jusqu'au bout. Dieu leur en donnera la force... et qu'on ne les plaigne pas ! leur dévouement fait leur bonheur.

De la fin de mars à la fin d'avril, mon état fut à peu près stationnaire. Mon mal ne dormait jamais, tandis que ma raison ne s'éveillait plus. J'avais horreur des aliments. Le docteur ne prescrivait plus que quelques cuillerées de bouillon et de lait pour me soutenir, et je ne les prenais même qu'avec dégoût. C'était le spleen dans toute son intensité.

Ma tante était-elle un peu moins triste, Adèle avait-elle souri par mégarde à quelque naïveté de Basson, j'en concluais que je n'étais plus en danger ; je me désolais, et la fièvre reparaissait avec les syncopes.

N'était-ce qu'une senteur égarée du printemps, qu'un souffle d'air pur, qui venaient, de je ne sais où, effleurer mon visage, les larmes s'amassaient silencieusement dans mon cœur, et je passais la journée à pleurer sans que l'on sût pourquoi, sans que je voulusse jamais le dire.

Les volets de ma cellule ne s'ouvraient plus. Les pâles lueurs de la veilleuse étaient emprisonnées nuit et jour sous les feuilles d'un gros in-quarto entr'ouvert. Les rideaux de mon lit étaient toujours fermés. Je faisais l'essai de mon tombeau.

Je ne voulais ni me distraire ni être distraite de l'indomptable pensée fixe ancrée sous mon front. Si mon oncle me proposait d'entendre quelques lectures, j'y mettais pour condition le choix, l'unique choix des oraisons funèbres les plus désolées, des sermons les plus imagés de la mort, des méditations les plus sombres sur les fins de l'homme et sur l'éternité.

Les jours, bien rares, où je me sentais moins possédée

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