‹ Heures de prisonChapitre 92 sur 150 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

de ma lypomanie 1 , je consentais à écouter dans l'ombre les Litanies de la Vierge et le Chapelet, je permettais à ma bonne tante de me chanter, à voix basse, ses chères complaintes du temps jadis, au berceau de ses enfants, et je devais parfois à l'innocente mélodie quelques minutes de sommeil. Assez souvent je priais Adèle de prendre les Méditations poétiques de M. de Lamartine, et je me faisais lire le Lac et le Crucifix, l'adieu du cœur et l'adieu de l'âme, le regret du poète et le souvenir du chrétien.

A l'exception de deux ou trois sœurs, affectueuses et bonnes, je ne voyais aucune autre personne de la maison. Je savais pourtant que le directeur et la supérieure demandaient avec intérêt de mes nouvelles, tout en désirant peut-être que ma guérison fît disparaître enfin les hôtes incommodes de la maladie.

Les lettres de mes amis, loin de m'être une consolation, m'étaient un sujet de tristesse; arrivait-il un pli, timbré de Saint-Martin ou de Paris, je brisais le cachet avec l'impatience du bonheur; mais, faisant aussitôt un douloureux retour sur moi-même, je ne lisais pas la lettre et je ne voulais pas qu'on me la lût. Je l'enfonçais sous mon oreiller, comme si j'avais eu peur que la vie se cachât dans un mot. Cependant la crainte de paraître oublieuse envers ceux qui m'avaient si noblement protégée à Tulle me faisait triompher par moment de ma triste manie. Je crayonnais quelques mots sur un bout de papier ; Adèle les passait à l'encre, et je les envoyais aux absents.

Ici, j'achève cette longue et monotone revue de mes souvenirs. C'est le décalqué de mes larmes... Lecteur, je te bénis, si quelquefois tes pleurs se sont mêlés aux miens.

1 Je fais honneur de ce mot savant à mon oncle, qui est placé comme un sage à la tête d'une maison de fous.

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