‹ Heures de travailChapitre 11 sur 34 · LES CONFESSIONS D UN KEVO L LTION NM RE · texte numérisé non relu

LES CONFESSIONS D UN KEVO L LTION NM RE

J'ai calomnié M. Proudhon. Je lui en fais humbieraenl mes exruses. Puisque nous devons nous confesser les uns après les autres, voilà ma confession.

Je l'ai pris d'abord pour un tapageur d'idées, qui passait ses nuits à la belle étoile, et par cette raisoii voulait emp/^rher le quartier de dormir. Je lui reprochais certaines farons cavalières avec la réputation , qu'en mon Ame et conscieme j'ai toujours tenue pour une honnôtc fillo qui veut (Mrc épousée et non pas enlevée. Je n'ai jamais aimé, je l'avoue à la honte de mon tempérament, les systèmes qui portent le poing sur la hanche, le chapeau sur l'oreille. Leurs allures délibérées ressemblent à des provocations. Sous prétexte de vouloir vous convertir, ils ont toujours l'air de vous chercher (juerelle. Quand d'aventure je les rencontre dans la rue, je suis tenté d'aj)peler la itolicc

Je me suis (rompo. Confitror. J'ai bientôt roiupris (pi<; M. ProïKlIion u'étiut pas l'enfant de la philosophie, Iniirtif-

au mauvais garneuieut, qui avait juré de l'aire mourir sa mère de chagrin.

Et plus tard, quand j'ai vu M. Proudhon colleter la Providence pour la mettre à la porte de l'univers, je me suis dit : Cet homme échappe à notre mesure, nous ne pouvons le nommer d'aucun nom du dictionnaire. 11 n'est ni vous, ni moi, ni celui-ci, ni celui-là. Il est un esprit d'un autre monde, né je ne sais où d'un baiser de la Nuit et de Manfred. Les Ménades du temps l'ont ramassé au pied d'un cep du Jura. Elles lui ont écrasé sur les lèvres toutes les grappes du siècle ; elles l'ont enivré de toutes les ivresses de la raison. Et maintenant, et depuis l'heure où il a pu marcher seul, il promène, à la barbe des peuples, le rire le plus diabolique qui ait jamais été inventé, le rire de la métaphysique.

Oui, il est le paroxisme d'une philosophie aux abois qui, ne pouvant expliquer ni la Providence, ni l'humanité, prend la Providence pour une mystification, et l'homme pour un accès de folle gaieté. Dieu est parti, nous dit cette philosophie. Au premier regard qu'il a voulu jeter sur la création, cette création lui a paru une si violente bouffonnerie, qu'il s'est sauvé en riant, et il court encore. Depuis lors le ciel est désert, et dans le vide immense des mondes, il n'y a plus à la place de Dieu qu'un immense éclat de rire.

Et cette doctrine de M. Proudhon, qui semblait faire de l'humanité une simple épigramme de la raillerie universelle en suspension dans les espaces, confondait d'horreur toutes nos petites notions de critique. Nous nous disions évidemment : Une semblable doctrine doit être signée d'un pied fourchu ; elle ne peut manquer d'exhaler à la lecture une odeur de soufre qui trahit son origine. Je la flairais d'nn nez aussi attentif que M. Orfila à la recherche d'un

parfum d'arsenic. Je rherchais dans mes poches quelque formule d'exorrisme pour (échappera M. Proudhon. Et le jour, la nuit , je voyais sans cesse devant moi ce logogriphe en lunettes penché sur mon bureau. Je le regardais, il me regardait. Il me semblait voir une flamme livide miroiter sur sa figure.

J'attendais toujours l'inslaiil où il allait llimber comme une mofette de solfatare et me sauter à la gorge, dans une bouifée de fumée. Je suais toutes mes sueurs, je lui criais : Qui es-tu, d'où viens-tu, que me veux-tu, comment te norames-tu , ô fantôme, qui es lu toujours debout? te nommestu scepticisme? te nonunes-tu contradiction? te nommes-tu néant? te nommes-tu démon? et l'impatience me gagnait. Je lui eusse volontiers jeté mon écritoire à la t^tc comme Luther.

Kh bien ! je me trompais. Confileorda nouveau. M. ProudlioM n'est pas un bretteur d'idées, qui a besoin de se refaire la main dans n'importe quel duel ; un virtuose d'escrime qui tue honnêtement son adversaire, uniquement |i<>ur leur enseigner un nouveau coup d'épt'c. (le n'est pas iinii plus, ( (iiiinie nous le lisions d.uis les joui ii.iux et comme nous l'avons cru sur la foi de ces journaux, un évadi* de l'enfer qui s'est laissé tondxT par méy.ude dans ini l»'-nitier et qui crie maintenant à faire crouler les voùles de l'église.

M. Proudhon est sinqtleinenl un lionuue d'es|ii'ii (^^^\ n inventé, à ses moments i)erdus, une méthode de ]tliilosophie assez comparabh; à la vapeur, |)our abréger les distances; il a voulu gagner le temj)S de vites.se.

Je suppose qu'à ses débuts M. Proudbon lût venu apporter à la publicité ini < harmant petit opuscule profondélueiit élucubré, soigneusement élaboré, où il eût prou\é,

dans toute la splendeur de sa raison , par les arguments les mieux triés, et dans les phrases les plus polies, que la propriété était une institution à la fois immuable et progressive, qui devait vivre éternellement, sans doute, mais qui devait aussi attirer sans cesse à elle un plus grand nombre d'élus, M. Proudhon aurait dit assurément une vérité.

Mais qui donc se serait retourné dans la foule pour s'occuper d'un opuscule qui n'a qu'une vérité à raconter aux passants? M. Proudhon n'a pas voulu grossir d'une brochure de plus la dette flottante de l'oubli. Il a fait un petit livre, où il a imprimé ces mots : La Propriété c'est le Vol. Autrement dit, il a tiré un coup de pistolet dans la rue, et aussitôt tous les passants sont accourus, tous les bourgeois ont mis la tête à la fenêtre. M. Proudhon leur a flegmatiquement envoyé sa révérence et leur a dit sans broncher : Veuillez vous rappeler mon nom, c'est moi qui ai lâché ce coup à vos oreilles.

Et le nom de M. Proudhon a volé de bouche en bouche en quelques instants. — As-tu entendu? disait l'un. — Oui, disait l'autre.

Il prétend que la propriété est un vol , conséquemment que les propriétaires sont des voleurs. Mais je possède, dans un coin, une platebande de laitues, c'est donc une injure personnelle que M. Proudhon m'adresse dans la personne de ma plate bande. A la première occasion, je vengerai sur son dos l'honneur de mes laitues. Et le nom de l'écrivain vola rapidement sur l'aile de l'anathème, à l'extrémité de l'Europe. M. Proudhon pouvait désormais pubUer ses idées; il était certain de trouver des lecteurs. Il avait raccourci de je ne sais combien d'années le surnumérariat de la réputation.

Début engage comme noblesse. Si plus tard M. Proudhon avait dit : Dieu est Dieu ; c'est encore la meilleure définition ; mais il ne faut pas mettre Dieu partout, comme l'Univers , qui ne veut jamais que les hommes aient le mérite de faire eux-mêmes leurs sottises. Ainsi M. Fallouxvote l'expédition de Rome. Ah! bien oui, dit V Univers, qui a toujours un pied dans l'antichambre du ciel, c'est Dieu qui a voté l'expédition. M. Oudinot canonne pendant un mois le bastion numéro huit, c'est encore Dieu qui a pointé le canon. Le président de la République française écrit une lettre au pape, c'est toujours Dieu qui a écrit la lettre du président. M. Proudhon a donc raison de croire que la Divinité n'est pas une marionnette dont les abbés de l'Univers tiennent la ficelle.

Oui, dans les choses de l'histoire, il y a toujours deux parts à faire : une part à l'intervention divine, une part à la liberté humaine. Toutes les fois, en effet, que nous voyons une loi universelle, invariable, antérieure, postérieure à toutes les modifications de société , entraîner événements et peuples dans son tourbillon plus fatalement (juc la terre entraîne cités et montagnes dans .sa rotation, oh! alors, arrêtons-nous avec respect : Dieu est là ; nous ne pouvons violer la consigne.

Mais lorsque nous trouvons devant nous un cas particulirr qui rentre plus ou moins dans les dix millions de combinaisons d'imprévu qu'une loi générale s'accorde à elle-même, pour être véritablcnuMil une loi général»' ; un accident (jui na pas plus sa raison d'être que tout autre accident, absolument comme M. Giraud n'a pas jilus de raison d'être ministre que M. Faucher, — oh! alors, je me recoiniais dans cet accident. Je me dis : riiomme est là, el je m'insurge au besoin. J'ai ainsi une mesure certaine pour

fciire le dépjirt entre ces deux idées; pour renvoyer à Dieu ce qui est à Dieu, et à M. Giraud ce qui est à M. Giraud.

Si M. Proudhon avait exposé une semblable théorie, il aurait assurément démontré une vérité. Mais la vérité eût facilement risqué de rester jusqu'au dernier exemplaire en magasin. Il eût enrichi d'un nom de plus l'interminable catalogue des anonymes. Il eût marché, sur ses deux pieds, dans le grand chemin comme vous ou moi, qui avons l'ingénuité de marcher ainsi depuis l'âge de raison. 11 fut mieux inspiré. Il annonça publiquement que nous nous étions trompés de bout jusqu'à présent, qu'il avait trouvé le vrai sens du corps humain, et que pour le montrer il allait voyager à l'avenir sur la tète. Et il écrivit cette théorie du monde renversé , sous cette belle formule : Dieu esl Satan.

Et aussitôt quiconque savait lire s'est récrié d'horreur. — As-tu vu, disait celui-ci , ce monstre qui se promène sens dessus dessous, la tète dans son soulier? — Oui, je l'ai vu, répondait celui-là. — Lapidons-le à frais communs, car il doit être sorcier. Et alors M. Proudhon s'est redressé sur ses jambes, et leur a de nouveau tiré une révérence.

— Mes bons amis, leur a-t-il dit à mi-mot, vous pourriez bien avoir la .berlue. Si vous aviez voulu faire attention à mes paroles, vous auriez vu que je ne pouvais marcher autrement que sur mes talons. Vous avez voulu me lapider, et je vous en remercie. Car on ne peut plus oublier dans ce bas monde un homme qu'on a voulu corriger à coups de pierres de ses erreurs. Je me nomme Proudhon , et je suis bien aise de pouvoir compter sur votre mémoire, car j'ai encore quelques sacs de vérités à vider. Comme je vous tiens pour de vrais enfants, j'ai inventé une nouvelle forme d'apologue. Seulement, au lieu de mettre ma vérité sous le nom des grosses bêtes, je la mets sous le couvert des grosses

paroles : La propriété est le vol : \i\h\(\ Dieu est Satan : liililc. Ojurt^z à hi morale.

Si M. Proudlion avait dit : LinlércH de l'argent doit baisser par la crue progressive des richesses, pour mettre sans cesse à meilleur marché l'instrument de rédemption dans les mains du travailleur, jtour enrichir les pauvres par les riches, sans dépouiller les capitalistes d'un centime, réaliser l'égalité en haut dans l'aisance, et non point en bas dans la mist''rc, M. Proudlion eût dit, ù couji sur, une vérité. Mais il n'eût dit qu'une vérité on ne peut plus modeste, on ne peut plus vertueuse, digne en tout point du prix Mon- Ihyon. Pour lui faire les plus petits honneurs de l'in-octavo, il se serait inutilement ruiné en frais de papier. Ses démonstrations n'eussent trouvé de lecteurs que chez les commissionnaires qui lisent les enveloppes de paquets.

.M. Proudhon n'a pas voulu avoir à se reprocher un pareil excès de candeur. Il a montré au peuj)le une haficuette et il a dit : Vous voyez cette baguette î Eh bien î avec cela je ferai jaillir à flots les sources du crédit. Je vais vous pnMer gratuitement tout l'argent qu'il vous faudra. Quand je dis l'argent, je veiix dire le papier; car j'ai la prétention de donner une telle correction aux écus, (pi'ijs n'auront jamais la vergogne de revenir. Avant dix ans, je vous promets que l'on ne trouvera plus une pièce de rin(i francs qu'à force de recherches dans les traités de numismatique. Vous pouvez prendre en toute assurance mon papier, car vous verrez la signature de Dieu à l'endos. Or, vous sentez ipi<- Diiu ne peut pas manquer à sa siKuature.

Kt alors le public s'est écri»* : Il faut être athi-e à tous les degrés de l'atliéisuje, pour monter une ( ommandite sous la raison sociale : 1<; bon Dieu et compagnie ! Mais ce monsieur Proudlion (si nn >acrilé'Me à f.iirt' plfiiNuir di-s ralararlcs du

ciel , dix mille choléras sur la République ! Qu'il soit donc maudit dans sa chair et dans son nom , dans son esprit et dans ses œuvres , dans sa banque et dans ses billets , dans ses disciples et dans ses articles, et que la malédiction reste sur lui et les siens jusqu'à la troisième génération.

— Je vous remercie, a répondu M. Proudhon, d'avoir bien voulu me maudire. On n'oublie plus un homme qu'on a maudit, et j'ai encore besoin pour quelque temps de votre souvenir.

Récidive engage non moins que début. Si M. Proudhon avait dit encore : Sous un régime de démocratie, l'initiative gouvernementale doit surtout venir de la nation . L'opinion publique est l'unique souveraineté en action qui doit inspirer, diriger la politique , nommer et déplacer les magistrats. Il est évident que par la marche des temps et la diffusion des idées, les peuples tendent à être de plus en plus libres , de moins en moins gouvernés. Car les gouvernements , dans leur meilleure acception , ne sont que les tutelles des civilisations à l'état de minorité. Il arrivera donc un jour où l'élection par en bas détrônera l'investiture par en haut dans tous les ordres de fonctions.

Mais si j'émettais cette proposition en termes aussi simples et aussi admissibles du vulgaire , je ne ferais que la théorie bien connue du self government ; je prêcherais la moitié d'une vérité. Mais puisque je n'ai pas jugé à propos de fatiguer les presses d'un éditeur pour une vérité tout entière, je n'irai pas, pour une simple moitié, courir le risque de parler dans le désert. Depuis le jour où Dieu a planté l'arbre de la connaissance, il a voulu qu'on n'en pût cueillir le fruit que dans le scandale. J'écrirai donc en tête de mon programme qu'il n'y a au monde qu'un bon gouvernement, et ce gouvernement, je le nommerai l'Anarchie.

L'anarchie ! l'avez-vous entendu? dira le Constitutionnel . Oui, je l'ai entendu, répondra tout autre journal conservateur. Et les cloisons de la société en ont craqué d'horreur. Alors toutes les voix plaintives du passé s'élèvent du fond du journalisme , et entonnent en chœur un immense Miserere. Et toutes proclament, en pleurant, les funérailles de la société. Oui, les temps prédits sont venus. 11 s'est trouvé dans la génération de février un homme de vertige assez abandonné de Dieu pour faire le système de l'anarchie. Cet homme a osé écrire qu'une nation ne doit s'administrer qu'à coups de désordre? Quand une semblable parole est lâchée, le monde est perdu. C'est l'éclipsé de la raison humaine , et les bœufs des étables en ont poussé eux-mêmes des gémissements.

— Vous me trouvez anarchiste, a dit M. Proudhon, en saluant toujours poliment ses adversaires ; je vous remercie de l'attention. Vous avez ouvert à une figure de rhétorique, qui se nomme l'hyperbole, les colonnes de votre journal , que vous n'eussiez pas ouvertes à une idée. Je dois vous louer, en conscience, de votre hospitalité. Vous faites retentir mon nom par toutes les trompettes de votre publicité. Vous vous donnez ainsi la peine de réunir un auditoire d'avance pour tous mes écrits. En France, on n'a pas impunément du bon sens. Si je n'avais lancé dans la circulalion que des mots contresignés par le bon sens , je serais pout-<^tre réduit à mendier, à l'heure qu'il est, une paillasse d'hùiiitiil.

Et maintenant, je puis vous expliquer pourquoi j'ai chanté h la fin de mes confe.ssions une hymne à l'ironie. Je n'ai pu refouler en moi cette ex{)losioM lyrique <hi rire intérieur, en soiifieant (jue le peujtie le plus spirituel de la terre n'avait jamais dévisagé ses mystificateurs.

Il a passé par la mystificalion de Robespierre, par la mystification de Napoléon, par la mystification de la Monarchie constitutionnelle, il passera encore par de nouvelles mystifications, sans jamais consentir à soupçonner qu'il est mystifié. J'avais cependant envie de proposer une énigme à mes contemporains, avec promesse de récompense, et d'écrire sur ma porte ces mots cabalistiques : Qui ne me comprendra pas me servira, qui me comprendra me possédera.

Eh bien 1 nous croyons maintenant posséder M. Proudhon. Nous écartons pour un instant toutes ses voies de fait contre notre raison. Ce n'est pas sa faute, c'est notre faute s'il a dû suspendre les lois de la logique pour prouver sa mission. Depuis le lendemain du déluge, nous demandons aux révélateurs des prodiges et des miracles. Eh bien I ])0ur obéir à nos préjugés, M. Proudlion a changé la propriété en vol, et Dieu en diable ; comprenez-vous maintenant sa mission?

Nous croyons, quant à nous, la comprendre; si nous avons bien saisi le sens des Confessions d'un Révolutionnaire, toutes les œuvres antérieures de M. Proudhon n'ont été que des précautions oratoires, pour arriver à dire, en toute sûreté, le vrai mot de sa pensée.

Je n'en doute plus en fermant ce volume, M. Proudhon est un profond tacticien qui gagne à distance ses victoires. Il s'est connu, il s'est saisi dans son présent et dans son avenir. Il a dirigé ses idées comme des corps d'armée; il a mis le doigt sur la carte et il a dit : A tel endroit et à telle heure, je battrai un ennemi que je puis seul metlro en déroute.

Mais pour cela j'irai planter mon drapeau si avant dans le socialisme, je descendrai si profondéincnl dans le peu-

— 1Ô5 — pie, que personne au monde, sous peine (|e voir sa langue sécher, ue pourra m'uccuser (U; 'léfeclion. Quand j'aurai ainsi assuré ma base d'opérations, alors j'attacpierai.

J'attaquerai d'abord \v socialisme incohérent, confus, contradictoire, inextricable, à moitié submerfié dans les rêves et sous les détritus de toutes les doctrines. Et moi, socialiste à cinquante pressions au moins, je forcerai, au nom du socialisme, toutes les écoles, communiste, ]»halanstérinnne, cabetiste, etc., etc., encorcvau creuset, à extraire de leurs bouillonnements et de leurs bavures, une doctrine compréhensible, applicable, possible, éprouvée à tous les genres d'épreuves. Voilà ma première œuvre, et Dieu m'a donné pour raccomj)lir divinement untî lofîique impitoyable, qui saisit comme un croc toutes les erreurs, et une lariffue qui brûle comme un fer rouge toutes les épaules. Ce que jr mai'cpie reste marqué.

Mais je ne suis |)as seulement un grand dialecticien, envelop|)é dans un grand écrivain, pour vanner à mon crible le socialisme. Je veux chasser di; la répul)li(pie, <\ C()U|»s d'étrivières , les dernières mascarades du terrorisme. Je veux «lé'shonorer l'insurrection sous le régime du suffrage universel. Je veux chasser les fusils de nos débats. Je veux (pie, moi vivant, il ïie se lève plus dans la rue un seul i»avé sans ni.i permission. Je vais niveler sous mon talon celle Montagne de 1848, <pji n'est peut-être (jue la soinis échap- |iée de l'accoui hement de l'autre montagne, et renvoyer à leur né-ant tous ces Hobesjtierre d'occasion, tous ces Saint- JunI de rechange (pii ne rè\(iii ipir des socitHi-s organisées en ba!rie;ide>, pour }• asseoir in^oleuMiieiii Irur diti.ilure.

Voilà mon (cuxre. Kl ce (|ue le géni'-ral (ili.mgarnier ne

ler.iil j.im.iis ,ivec ncs ch.isseniN de \ incentieN, jr Ir ferai.

moi, avec des articles datés de ma prison. Et si le peuple venait à douter de ma parole, la Conciergerie, inscrite audessous de ma signature, serait ma caution.

Allez, monsieur Proudhon, votre éloquence grandit, votre nom grandira encore; suivez la voix qui vous appelle à briser le droit brutal du pavé, pour que la république française, toujours pacifique et souriante dans la perpétration de ses destinées, ne vide plus désormais ses discussions que dans l'urne, au jour des grandes pâques civiques de l'élection. Allez, et notre admiration vous suivra, que disons-nous, notre admiration? et notre reconnaissance. Et ensuite vous pourrez partir en paix comme Siméon. Votre part sera faite devant la postérité. Et dans trente ans, je souhaite que ce soit plus tard, les filles des conservateurs iront planter des rosiers sur votre tombeau.

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