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MAGNETISME ANIMAL

Galien dit oui, Hippocrate dit non. M. Gerdy est un médecin célèbre, il ne croit pas au magnétisme. M. Teste est un médecin qui pourra devenir célèbre, il croit au magnétisme.

Quel est donc ce magnétisme, qui soulève tant de controverses? A la fin du dix-huitième siècle, un homme descendit en France, sur un brouillard d'Allemagne. Il tenait le grand arcane de l'univers. Il avait découvert que la vie était un fluide. Il nommait le gaz vital magnétisme. Nous étions des ballons gonflés. Toute maladie n'était qu'une fuite de gaz; pour nous guérir, il ne s'agissait que de ressoufflcr le ballon.

Mesmer rangeait ses malades autour d'un baquet et les emplissait de fluide absolument comme on emplit les outres de vin nouveau, et quand ils- étaient tendus à éclater, de ce bienheureux fluide, il les lâchait dans une salle matelassée où ils bondissaient, sautaient, cabriolaient, et roulaient à

la manière des épileptiques. Ils se relevaient ensuite tranquilles comme Baptiste et parfaitement guéris.

Les guérisons foisonnèrent. Les guérisons n'ont jamais manqué en ces sortes d'atTaires. Les académies fulminèrent, à la file, des arrêts contre Mesmer. Mesmer n'en continua pas moins ses sal)bats autour de sa fontaine de Jouvence. Il tint fabrique de fluide pour tous les malades, c'est-à-dire les corps déballonnés, sous la protection des belles dames et des jeunes seigneurs qui aimaient assez, vers ce temps-là, les cabrioles en commun.

Enfin Mesmer, dans un moment de générosité, voulut associer l'humanité entière à la connaissance de sa découverte. Il demanda au roi quatre millions pour son secret. Car, si le magnétisme est le premier fluide de vie, l'or, chez les magnétiseurs, en est toujours le second. Le roi ne donna pas les millions, mais quelques philanthropes se cotisèrent et acquirent le précieux secret pour (juelques centaines de mille francs. Malheureusement le secret de Mesmer, en tombant de ses mains, se brisa en éclats, et l'incomparable élixir so volatilisa dans los espaces. Il fallut renoncer aux cabrioles v[ parlant aux guérisons.

Après une absence de quelques années, le magnétisme reparut, sous forme do somnambulisme. C'était le même enfant, mais sinpulièromont changé en nourrice. Un gentilhomme de Picardie, .M. de Pnvségur, avait trouvé le moyen d'endormir, à volonté, un grand nigaud de Picard, son domestique, qui se laissait jeter, d'une chiquenaude, dans le plus iirolond sommeil, et ipii, une fois la paupière fermée, voyait, causait, parlait, rf'pondait, se promenait comme s'il eût eu des yeux partout, «les oreilles ù tous ses membres, une lanterne à chaque maiti, et dix mille esprits à son service.

Le monde lut renversé. Un vieux proverbe avait dit que le bien ne vient pas en dormant. Il fut prouvé au contraire que science, prescience, omniprésence, tout venait pendant le sommeil. Il fut démontré que l'état de veille était l'état d'imperfection , et qu'on pouvait passer, en ronflant, à la position d'arcliange.

La philosophie avait assigné trois ou quatre conduits de sensations. Le magnétisme culbuta ces barrières, effaça ces sentiers, fit du corps le grand chemin où toutes les sensations pouvaient également passer, en long et en large, dans toutes les directions. Il prouva qu'on pouvait aussi bien voir par les oreilles et manger par les mollets, qu'entendre par les paupières ; aussi bien écouter par le gros orteil, que regarder par la cheville. L'homme n'était devenu qu'un cerveau. L'âme était tirée de sa cachette et répandue à la surface de l'épiderme.

Et ce n'est pas tout ; on avait cru jusqu'ici, sur la foi des psychologues, que l'esprit était un petit monde à part, qui cuisait à petits bouillons dans une marmite bien close, et produisait, en se vaporisant , des idées. Mais les idées étaient tenues pour choses personnelles , invisibles, insaisissables, inaccessibles, perpétuellement écrouéesau secret.

Le magnétisme vient de prouver que rien n'est plus facile que d'aller se promener dans l'Ame d'un autre, de savoir, sans avoir appris, parler aussi bien l'hébreu, l'anglais, l'allemand, qu'un Juif, un Anglais et un Bavarois.

Nous pouvons tous penser dans la pensée les uns des autres. Les individualités ne sont que des cloisons. Si nous pouvions nous endormir du sommeil magnétique, les cloisons tomberaient; la fraternité serait réalisée. Il n'y aurait plus sur la terre qu'un ^eul homme, et cet homme se nomincr.iil l'huiiKinilé.

Comme, à première vue, l'idée de voir par le genou et de flairer par le coude dérangeait passablement les idées rerues, cet être complet qui se compose maintenant du magnétiseur et du magnétisé, se crut tenu de donner la preuve de cette vérité, surtout aux médecins, les plus incrédules savants de toutes les académies.

Pour que lexpérence fût bien faite, il eût fallu que les médecins eussent commence par se boucher les yeux, et dormir de leur plus profond sommeil ; car on ne peut bien juger du magnétisme qu'en étant soi-même à l'état de rêve.

Cependant, les médecins tinrent à être convaincus de la puissance magnétique, en demeurant éveillés. Il fallut les satisfaire. On leur amena d'abord une jeune fille. Trois passes, et la voilà partie pour le royaume des songes. On lui placarda les paupières avec du taffetas gommé. On lui en mit en long, on lui en mit en large, on lui en mit en travers. A moins d'une insigne mauvaise foi, on ne pouvait s'empêcher d'avouer que mademoiselle Olympe n'eût la nuit éternelle sur sa figure. Le soleil en personne serait descendu dans la chambre (juc le plus subtil de ses rayons n'eût pu pénétrer ce bandeau.

Aussitôt la jeune pythonisse fut prise du malin, c'est-àdire travaillée du fluide magnétique : ses seins frémirent, son front se plissa, le chaos enforo indéterminé et confus qui nageait devant sa pensée se (h'-brouilla et s'illumina... Fiat lux. Elle parla, elle vit, elle lut, à livre ouvert, des pages entières, et tint parfaitement sa partie de piquet.

Qui fut ronfus? la médeciru».

Les médecins remportèrent bduteusement Ifiirs ninrreaux de taffetas; ils le tournèrent et le retoiniièniil, d'iiii air piteux, devant leurs rayons visuels, d am un ne )iiit voir nii travers.

Cependant, M. Gerdy y mit un peu de pnlienre, et il finit par voir, à travers un placard de taffetas, tout aussi bien et de la même manière que mademoiselle Olympe, je ne sais plus quoi de son nom de famille.

Le magnétisme fut donc obligé de renoncer au taffetas ; c'était bien en toute loyauté qu'il l'avait pris d'abord, et en ignorant que la colle de poisson, une fois détrempée, laissait passer la lumière ; mais cette fois-ci il prendra ses précautions pour qu'on ne puisse plus à l'avenir l'accuser de supercherie.

On recommença l'expérience sur nouveaux frais, et en changeant de pythonisse. On amena une jeune somnambule, mademoiselle Amanda je ne sais plus qui. Elle reçut bravement en pleine poitrine toute la charge de fluide ; elle s'affaissa au toucher de l'invisible torpille, s'engourdit, pencha la tête, et partit pour les espaces imaginaires. On profita de la circonstance pour lui mettre sur les yeux un tampon d'ouate qu'on maintint avec un mouchoir comme ceci, et un autre mouchoir comme cela. On devait voir aussi bien à travers cela qu'à travers un matelas.

A peine sentit-elle la pression du bandeau, que la jeune Pythie frissonna, et eut la vague aperception des objets. Car c'est le propre du bandeau d'aider à voir — en état de magnétisme.

La tête , insufflée de fluide magnétique, tomba sur les mains, et se mit à clapoter de même que l'eau dans une bouilloire. Puis le dieu intérieur s'apaisa, la jeune fille lut haut la main tout ce qu'on voulut bien lui donner à lire, joua aux cartes et compta couramment tous les boutons d'habits.

Cette fois-ci, M. Gerdy était obligé de s'avouer vaincu. Mais voilà que, par un véritable entêtement de médecin, il

s'avisa de se meltre du rolon cardé sur les paupirres, de se laisser ensuite travailler par le dieu intérieur, de sourciller, de grimacer comme la jeune magnétisée. Il parvint à séparer le jour des ténèbres et à lire, lui aussi, à travers du coton.

Le magnétisme* fut encore affligé du quiproquo. Certes, ses devineresses n'avaient jamais vu du même œil que nous à travers leur bandeau. Mais on pouvait les en soupçonner. C'était un soupçon qu'il fallait dissiper au plus vite.

Le tafl"etas était démonétisé, le coton était déconsidéré. Le magnétisme aura désormais recours à un genre de soupape qui ne doit plus laisser prise à la moindre velléité de soupçon. On alla chercher de la terre à potier. Ce n'est pas une chose diaphane celle-là, et susceptible d'être aisément soulevée par le mouvement fébrile des paupières. Un homme qui a le visage couvert de terre glaise est évidemment dans l'état le plus complet de cécité. Cela trouvé, on amena mademoiselle Prudence. On lui infusa le fluide à dose suffisante pour l'endormir. On lui appliqua d'abord du t.ilfet.is g(»iiimé, ensuite une «ouche de terre glaise qui rouvrait les \eiix, le Iront et les joues; par-dessus la couche de terre, un bandeau noir, et par-dessus le bandeau noir une nouvelle couche d'argile. Il serait plus facile de voir à travers un mur (ju'à travers un semblable appareil. Mademoiselle Prudence vit, lut it jou.i une partie d'écarté.

— V.\\ bien! dit le ni.i^Miétiseur aux <leux médecins, MM. Peisse et Dechandtre, (pii .issist^iient à la séance, étes-vous convaincus maintenant de l'efficacité du magnétisme ?

M. Peisse voulut expérimenter sur lui-niéme cet appareil d'occlusion. H lit ces expériences conjuinlciuent avec le

dofleur Do(haiiil)pp. Elles prouvr-rf^iit que cot appareil n'empêchait nullement de voir, et que la lumière pouvait facilement arriver à l'œil, dans plusieurs directions et de plusieurs manières. Ces expériences furent publiées. M. Frappart, c'était le grand apôlre du magnétisme, — les répéta sur lui, et s'exécuta de bonne grâce.

Ainsi, c'est par pur effet du hasard, que les thaumaturges du magnétisme n'ont trouvé encore qu'un système de bandage qui permet à tout le monde d'y voir aussi bien éveillé qu'endormi.

Et qu'importe, après tout, un bandeau plus ou moins contestable, plus ou moins imperméable aux rayons lumineux? Le magnétisme n'en est pas à cela près. Ne voit-il pas à travers les espaces, les montagnes, les murs, la planète elle-même, ce qui se passe à l'heure qu'il est en Chine, au Japon, au Canada, dans votre chambre, partout? N'a-t- 11 pas fait ses preuves à cet égard vingt fois, cent fois, mille fois?

Oui, les murailles tombent devant les magnétisés ; et vous tous, gens de bon goût, qui cherchez le mystère, vous avez beau tirer le verrou, fermer vos rideaux, souffler vos lampes, oui, en ce moment même, messieurs et mesdames, il y a deux yeux ouverts, je veux dire bandés, qui vous écoutent; deux oreilles qui vous regardent. Hélas! hélas! les murs autrefois n'avaient que des oreilles, ils ont des yeux maintenant. Chacun de nous peut avoir un témoin qui, tout en demeurant à Strasbourg, à Nantes, à Toulon, et en y dormant de tout cœur, peut fort bien se promener dans notre alcôve. Le rêve de ce vieux Romain est accompli : nos maisons sont de verre.

Il est vrai que, pour enlever au magnétisme le privilège d'avoir le regard plus subtil que le feu, plus rapide que

IV'h'rlririu', M. Biinlin, — onrore un nn'dftcin, — a offert un prix de trois mille francs au premier somnambule qui parviendrait à lire un seul mot à travers un corps opaque, dans une boîte de carton, par exemple, exactement fermée.

Plusieurs somnambules vinrent flairer le prix Burdin et aucun ne put consentir à le gagner.

Mais qu'importe? Pour le magnétisme comme pour la religion, la foi est indispensable. La première nécessité pour y croire, c'est de commencer par y croire. 11 faut y aller, comme il va lui-même, les yeux fermés.

Sitôt qu'on le suspecte de supercherie, dam! tout fluide qu'il est, il en conçoit une vive indignation, et, comme le paon de Bufl"on, il replie ses trésors à qui ne sait pas les admirer. Mais, quand il est en compagnie d'amis, de gens bien disposc-s, sympathiques, coulants en afl'aires, alors il est généreux, complaisant, inspiré, intarissable ; il prodigue les miracles, il guérit les aveugles, redresse les boiteux, voit tout, sait tout, lit tout, et vous porte à cheval sur sa jambe droite sans ployer le genou.

Vous rappelez-vous la légende des juments de Thessalie? Elles engendraient rien qu'en aspirant le souffle du matin. Eh bien ! le magnétisme a la même puissance. — Que la jument? — Non ; — mais que le souffle du matin. Un de nos amis connaissait une femme qui, en se faisant magnétiser, devint enceinte de l'enfant d'une autre femme qui était à côté d'elle, accoucha bel et bien à la place de sa voisine, et fait en ce moment, pour ce bel exploit, (juinze années de galères.

Comment ne croirions-nous pas au magnétisme après rela? nous y croyons, pour notre part, de toutes nos forces, <ar le magnétisme, pour nous, est aussi ancien que Ir monde, aussi impérissable cpn' rt's[iiil liuiii.iiii. Depuis

l'ère chrétienne, il s'est nommé successivement flémon, alchimiste, sorcier; au xvii® siècle, il était dans les Cévennes; au xviir, sur la lorahe du diacre Paris; au xvi^, Luther a eu l'insigne honneur de lui jeter son écritoire à la tête. C'est ce juif errant perpétuellement introuvable, qui reparaît toujours.

Comment pourrait-on nier le magnétisme? Mais il est partout, dans l'air, autour de nous ; il est dans notre esprit lui-même. Il serait chassé du monde que nous lui donnerions encore l'hospitalité. Le diable couche plus près de moi que ma femme, disait un Allemand. Vous ne pouvez faire un pas en politique, en morale, en quoi que ce soit, que vous n'alliez heurter le magnétisme.

Quand vous avez écrit dans une loi : Le roi ne peut mal faire, et, s'il fait mal, on coupera le cou de son ministre : Magnétisme!

Quand vous avez voté dans ces dernières années millions sur millions pour la marine, et que plus vous avez voté de millions, moins on a construit de vaisseaux : Magnétisme !

Lorsque vous conduisez dans une de vos églises un vieillard de soixante-quinze ans et une jeune fdle de seize ans, et qu'en leur mettant la main l'une dans l'autre, vous prenez vos lunettes, ouvrez un code civil et criez d'une voix nasillarde : Vous jurez de vous aimer, et qu'en efl'et l'homme de soixante-quinze ans et la jeune fille de seize ans finissent par s'aimer, parce que l'homme a cinquante mille livres de rente, et que la femme n'a qup sa beauté ; c'est là pour moi, je l'avoue, le fait le plus extraordinaire de magnétisme.

Et quand, pour améliorer quelque pauvre diable, qui en passant dans la rue se sera peut-être avisé d'appliquer de travers, dans la poche de son voisin, quelque savante Ihéo-

rie du moi ol du non moi, vous l'envoyez dans un bagne, oiï il devra nécessairement perdre son reste de bons instincts, n'est-ce pas là du magnétisme? n'est-ce pas là un fait qui dépasse aussi les lois de la raison ?

Et quand M. Dumas, le savant, celte fois-ci, nous dit et nous prouve, qui pis est, que la création tout entière n'est que de l'air solidifié, que l'berbe est du gaz converti en feuilles, la chair de l'herbe convertie en chyle, et que la vie universelle n'est qu'un alambic, un tournoiement perj)étuel de fluides qui passent de l'un à l'autre, se combinent, se jouent à travers les espaces, se déguisent sous mille formes, et finissent toujours par retourner à l'état de fluide; que dites-vous de cette doctrine? N'est-ce pas l'infini mis en magnétisme?

Le magnétisme n'a donc rien qui doive efl"rayer notre imagination. Nous devons y être habitués. Si même nous avions voix délibérative au conseil, nous demanderions qu'on élevât le somnambulisme à la hauteur d'une fonction sociale. Autrefois papes, rois, empereurs, barons, généraux, seigneurs, ne marchaient qu'entourés de leurs astrologues. Pourquoi ne donnerait-on pas un somnambule au ministre des afl'aires étrangères pour lire jilus couramment dans la pensée du voisin? Pourquoi ne remplacerait-on [las le cabinet noir par une commission di; magnélis(!urs? Pourquoi même, en cas de guerre, au lieu d'envoyer deux cent mille philosophes humanitaires chargés de porter aux autres peujtles des arguments de haute ]»oIitique au bout de longs fusils allongés encore de leurs baïonnettes, avec tout un attirail de canons, d'obus, de boulets, n'enverrait-on pas une centaine de magnéliseursdéterminés, bourrés de fluide jiistpi'A la bourbe, .ijin.inlés, élertrisés, au point d'assoupir une planète, (pii <riin «^eul geste cou-

cheraient à terre toutes les armées ennemies et les endormiraient du sommeil de l'innocence? On en serait quitte pour les réveiller quand on leur aurait pris, bien entendu, quatre ou cinq provinces.

Le magnétisme nous semble donc appelé à de hautes destinées. Le saint Paul de la doctrine phalanstérienne, M. Hugh-Doherty, vient de l'élever à l'état d'arôme, et d'en faire le fluide des fluides, et de l'appliquer, d'un bout à l'autre de la mécanique céleste, à la vie mondaine, supermondaine, amphimondaine de tous les êtres quelconques qui dansent dans les planètes. Nous étions en peine de nos morts, nous ne savions autrefois dans quel enfer ils étaient relégués. Toutes les générations écoulées sont retrouvées maintenant : elles nagent, elles flottent , elles passent dans la coque atmosphérique de la terre. Nous ne pouvons plus respirer, tousser, éternuer, que nous n'ayons respiré, toussé, éternué l'âme de quelque défunt.

Cependant nous devons faire nos réserves. Le somnambulisme autrefois était une religion qui n'avait que des prêtresses. De tout temps le droit de deviner appartint aux femmes par droit de naissance. Mais depuis quelques années on tend à remplacer les devineresses par les deAÏns ; et nous protestons, car, en ces sortes de choses, on aime toujours mieux les beaux yeux, dussent-ils être bandés. Rien ne vient en aide à la foi récalcitrante comme une jolie figure.

Le magnétisme nous a entraîné, hélas ! et endormi, et, en nous réveillant , nous voyons que nous avons oubUé M. Teste et son ouvrage. M. Teste a écrit un dithyrambe en l'honneur du somnambulisme. lien a plaidé la cause avec chaleur, avec talent , à l'aide de toutes les raisons bonnes ou mauvaises qui lui tombaient sous l'esprit, allant

— TJ{ —

bravemeut droit devant lui, sans tourner la tète à droite ou à gauche, un bandeau aussi, mais un véritable bandeau sur les yeux; accusant, par exemple, Spinosa d'avoir attribué de moitié avec Broussais la pensée à la matière.

Si M. Teste avait ou la précaution d'endormir d'avance un de ces somnambules qui savent tout, à l'état magnétique, même la philosophie de Spinosa, il aurait su que Spinosa, loin d'attribuer la pensée à la matière, ne reconnaissait, au contraire, que l'existence de la pensée sous le nom de substance. Le spinosisme, en bonne logique, aboutit précisément à la négation de la matière : ce qui est juste l'opposé des doctrines de Broussais. Mais pour être magnétiseur on n'est pas obligé d'être philosophe.

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