TOCQUEVILLE
Napol<^on veiuiit de vêiidrc la I.oiiisiaiio aux Klals-Unis. dette vente jeta la ((tldiii»' daii^ un accès de tt'i'iciir.
Eh quoi! disait-elle, Napcdéon abandonne à elle-m(Mne ma ])o|)ulation et la condamne, contre sa propre nature, au H'^ime du jtouplo américain, elle sora lihn^ demain au im'me titre et de la mènie lilicrlé. (louinn'iit lilnv? Hicu plus encore, souveraine dans toute la [tiénilude de l'expression ! Plus dt; m«Hropole, plus de police, |)lus de censure, plus (Je force armt'e. Si ell»' veut un fiouvernement, elle le fera; UUe police, elle la choisira; une juslii'e, elle la nouimeia ; une milice, elle prendra le fusil. Mais c'esl l'anarchi»' cela, c'esl la licence, c'esl le pillage à un jour donné, c'esl le comnnuiisuie. Qui pourra vendre ou acheter quand le gouvernement sera dans la rue, au capri<e de la multitude?
Le gouvernement, ( (• sera moi, ce sera toi, ou plulùl ce ne sera ni loi ni moi, ce seia le souille du moment, ce sera le ha>ard. IJ • nnune il n'\ aina anciuie piosidencc sdiis
fornif' (If hnïoniK'Ilo pour forror l'un à roronnaîlre a^ quo l'auti'ft aura voU-, j'égorgorai mon voisin ou mon voisin m'égorgera. 11 est vrai que l'Américain pratique en toute sérénité le self-government et le suffrage universel, mais l'Américain est Anglais d'origine, et je suis Français. Or quand Dieu créa l'homme, il prit sans doute, dans un moment d'inadvertance, deux espèces de limon. Du premier limon il fit l'Anglais pour être libre, et du second le Français pour être sujet. Il dit à celui-là : tu seras le blanc, à celui-ci : tu seras le nègre en fait de liberté, et si je n'écris pas à l'encre sur ton \isage ton infériorité de nature, je l'écrirai en idée au fond de ton esprit, de sorte que sur le témoignage de ta conscience, tu seras toujours tenté de crier le premier ta propre indignité.
Voilà ce que disait la Louisiane le jour même où la fortune lui remettait dans la main la direction de sa destinée.
Elle recula de frayeur devant son indépendance. Elle était entrée cependant dans la république , et forcée d'être libre pour la minute. Elle essaya un premier pas dans le sens de la démocratie. Elle comptait que la terre allait crouler. Le sol ne croula pas pour cette première fois. Elle avança encore en tremblant d'une semelle. Le sol la portait toujours comme par miracle. Elle croyait rêver, et pourtant elle marchait. Elle vit qu'elle marchait, elle marcha encore pour en avoir la certitude. Elle alla timidement d'abord, mieux ensuite , sans trébucher un instant dans l'anarchie ni dans la licence. A mesure qu'elle allait, le spectre du premier moment tombait de son regard. Elle administrait à frais communs son héritage, et à force de l'administrer, elle apprit à mieux le connaître; elle grandit en prospérant; elle prit confiance en elle-même par le spectacle de ses progrès; elle répara le
temps perdu; elle paya de rapidité; elle finit par rallier les autres Etats partis une heure plus tôt au eadran de la Providence.
Il y a cinquante ans de cela, et déjà, par la seule puissauce du self-yovernment, la population de la Nouvelle- Orh'ans ,i moulé du chitlVc de six mille ûmcs au chillre do cent cinquante mille âmes. La Nouvelle-Orléans était une bourgade : elle est aujourd'hui une capitale. Elle faisait à peine un million d'atlairos, elle exporte en ce moment pour cinq cents millions de denrées. Dites maiiitt'ii.int (pie pour porter dign(>menl le régime américain, il laul être ne d'un autre père que d'un père français.
Qui a fait ce miracle? la liberté , car la liberté est la force }troduclive, non-seulement de toute vertu, mais encore de toute riihesse. Elle est une Ame de plus dans l'humanité; elle lui verse une énergie de plus pour le travail. Elle provoque la volonté, et par la volonté l'action. L'homme libre est l'homme multiplié autant de fois qu'il a d'œuvres ouvertes à son regard. 11 peut tout ce qu'il peut, et p.irtout, et sans cesse, par son propre pouvoir; sa valeur |)ersonnelle est toujours la mesure invariable de sa destinée. Il relè\(' uniipiemeiit de Dieu et de son droit dans sa magnilique rovaul»'. Il est roi aussi , car un roi, à tout prendre, est l'homme libre dans toute l.i pléniln<le de l.i liberté.
Tour à tour Ir.ivailleur, cito\en, auri<iilteur, ;i( lionn;iiie, ••lecteur, élu, ^'ouvernaut, gouverné, juge, justiciable, i)r<''- Ire (.'t lidèle, l'Améiic.iin Nit de plusieurs vies c'tagées à l'inlini, qui toutes agissent et réagissent les unes sur les autres «ouuue des assises de métal d.ms la yWr. de Voll.i. I*ar la même r.iison que la vitesse entendre la vitesse, l'activité en^;einlre racti\ite. Le peuple le plus libre, par cela seul quil est le jilus libre, esi i-ii même teuq»^ le peuple le plus
vivant, et le plus vivant le plus rirhe, cl le plus riche le plus intelligent, puisque la richesse est la vie traduite en production, et la vie traduite en production la vie dispensée de produire une seconde fois, par conséquent réservée par le loisir à l'intelligence. La philosophie peut donc affirmer hardiment cette loi de nature : l'aisance d'un peuple est en raison directe de sa liberté, et sa pensée en raison directe de son aisance.
Il n'y a pas eu encore à la lumière du soleil un exemple, un seul, entendez-vous bien, d'un peuple riche sous la main du despotisme. Toutes les fois que le voyageur rencontre quelque part une campagne aride couverte de jachères, une ville ruinée déjà morte aux extrémités, il n'a pas besoin de demander au passant le nom du gouvernement. 11 traverse à coup sûr en ce moment ou la campagne romaine, ou l'Espagne, ou l'Autriche, ou la Turquie. La race des écus demande aujourd'hui, comme la Louisiane autrefois, le retour du despotisme. Je voudrais le lui donner un instant s'il ne fallait pas atfamer tout un peuple pour la punir de son impiété. Elle retournerait bientôt, dans l'intervalle tout au plus d'une génération, à l'ancienne misère de la monarchie. Car la servitude, on ne saurait trop le redire, est une mutilation partielle de l'homme dans telle ou dans telle autre faculté. Elle est par conséquent pour toute la classe correspondante à cette faculté une suppression de la force productive du travail. Dispensée du droit de vouloir, elle repasse au gouvernement sa volonté. Le gouvernement veut pour elle désormais, à sa place, dans son esprit. I! la prend à forfait pour l'indemniser de l'expropriation forcée de son activité. Il crée en sa faveur la sinécure plus ou moins déguisée sous le nom poli de fonction. Il met une partie de la nation au régime indulgent de la
spoi'tule. 11 inulliplio iiKléiiriimciit Ui pliice |iuur inuitiplier l'ciunK'mc. Il crf't' la niendifiic p.'irliciilirrc du iiiaiidariiial >ur une immense échelle. 11 appelle «liaciiie jour une population vagabonde avenir tendre la main à la porte de son anliehambrc. Il fait de ce fonctionnarisme à outrance un atelier national destiné à nourrir l'oisiveté de la classe lettrée. De conséquence en conséquence, il arrive à transformer, comme en Russie, le peuple tout entier en un vaste fonctionnaire à quatorze degrés. Mais le fonctionnaire consonnne sans produire et appauvrit d'autant la reproduetion d'un pays. Ici encore la pliilosopliie peut donc hardiment allirmor cette autre loi do nature : la misère d'une société est en rai>«on direrle de sa servitude, cl le ehiirre de la population nourrie jtar l'tlat est en raison directe de sa misère.
Voilà la eonelusion (pie nous trouvons écrite à chaque page du li\rt' de M. de T(»((picville.
L'Américain est faraud au jour de Dieu, parce qu'il csl lil>re. 11 ne demande pas à un autre homme sa dcsiinéc. Il la fait lui-même <lo son travail. Il préjtare un monde nouveau. 11 porte noblement sa mission. Il secuin, pour parler la larijiuc de Tacite. Il marche dans son indc'pendance. Si h' moi absolu est quelque part, il est dans sa pensée. Il \ienl d'atteindre l'.lfic de raison; il jetle un regiird \crs l'ouest; il attelle sa voiture, il suspend la hache à son côté; il end»rass(! sa famille, il foui'lle son eheval ; il marcluî ainsi des journées entières, cherchant à travers les flé-lllés ini campement convenable pour son exisleiKc Lorsqu'il a trouvé l'Kden de son and)ilioii, il iiiel la hac|ii> au |iied des arbres de la forél, il déblaie le terrain, il sème un «hamp de mais, il construit une cabane, il attend l'heure de sa récolte, il la moissonne ra|iidemenl, il ferme la porte sur
sa piovisiou, il attelle de nouveau son cheval et retourne dans la société.
Il a un domaine maintenant. Il veut le compléter par un ménage. Un mariage est vite conclu en Amérique. On ne demande pas comment vivront les enfants. Gomment ils vivront sous ce ciel de bénédiction ! Ils émigreront aussi à l'époque de leur majorité. Il épouse une compagne au premier village venu. Il reprend avec elle le chemin de sa cabane. Mais cette fois-ci il emmène un mobilier complet et un troupeau. Quelques années plus tard, le prédicant méthodiste passe à cheval devant cette ferme improvisée, et il voit à la porte des enfants jouer sous l'arche embaumée d'un rosier. Une famille est déjà née là où était encore hier la solitude. Le soleil levant sourit à travers les arbres du verger. L'abeille bourdonne dans le premier rayon du matin, et là-bas, plus loin, la vache paît tranquillement l'herbe miraculeuse sans cesse broutée et sans cesse renaissante sous la dent du bétail.
On a voulu voir dans Robinson Crusoé l'homme replongé à l'état de nature, et condamné à recréer pièce à pièce toutes les industries de l'humanité. Il n'en est rien. Robinson a précisément sauvé du naufrage les premières armes de la civilisation, la hache, la scie, la vrille et même la poudre à canon. Le roman de Daniel de Foe est tout simplement le poëme épique de la colonisation. Robinson est l'idéal du pionnier, d'abord cultivateur, ensuite propriétaire, et cntin, avec le temps , souverain et législateur du territoire qu'il a repris à la nature et rattaché à sa patrie. De là l'immense popularité de ce roman en Angleterre au xvii^ siècle, à l'instant même où le calvinisme persécuté allait chercher, une Bible à la main, une nouvelle terre de Chanaan de l'autre côté de rAtlanlique.
Aussitôt que la marée montante de l'émigration a répandu flans le désert un ct-rtain nombre de colons, alors le forgeron, le tluir{t<.'ulier, le tailleur, le marchand, le médecin, l'instituteur, l'avocat, viennent chercher cette clientèle éparse et lui constituer un centre commun. La maison monte à coté de la maison , car l'industrie est synj[)atlii(jiie ]iar nature à l'industrie. L'ne ville de plus germe lenlcni'jnt au soleil. Elle croit dans l'espace par une mystérieuse chimie. C'est d'abord un groupe de maisons, puis un village, puis un bourgs puis une cité. L'ne circonstance du sol détenninc ordinairement cette agglomération : tantôt un lac, tantôt une vallée, tantôt une route, tantôt une rivière. Ce qui se passait en France à l'époque de la féodalité se renouvelle à mille ans de distance sur la lisière de rAméri(|ui'. Seulement, ce n'est plus à l'ombre du donjon ({ue la \ille naissante vient élever ses murailles.
Le donjon était un protecteur armé, <jui l'orçail le [dus souvent la population de camper en tumulte sur le rocher. L'Amérique remplace aujourd'hui celte tutelle crénelée de la barbarie par une police spontanée nommée au scrutin. Le village choisit son terrain dans la condition la plus l'a- N(>r.d>le pour le transi)ort et pour le commerce. Une nou- Nell(.' ie<rue de travail accourt sans cesse à ce nouveau rendez-vous d'activité. Le toit aitlue derrière le toit, la rue prolon;i(; la rue au re^'ard. La vc-^'étalioii delà NiJIe, aus^i rapide que la végétation de l'arbre, étend ses rameaux de tous côté's. Une école est bûtie : c'est toujours la première dépense de l'association. La prière habite «l'abord la même sallo (|ue l'école. .Mais bientôt elle prend son essor. Elle revêt une autre architecture. Elle plane au sommet d'un campanile, et la cloche «élèbre enlin dans le \ehl du ciel l'inauguration de la nouvelle commune.
La république américaine opère doue un double mouvement de dispersion et de concentration : do dispersion pour défricher , de concentration pour coloniser. C'est ainsi qu'elle va sans cesse abattant devant elle l'immense rempart murmurant des forets, déployant sans cesse à sa ceinture une nouvelle ligne de population, ajoutant sans cesse un Etat au contingent de ses Etats, remontant sans cesse le cours de ses dix-huit fleuves navigables , jetant sans cesse de nouveaux steamers autour de ses nombreuses méditerranées, échelonnant sans cesse de nouvelles cités dans la vallée du Mississipi, refoulant sans cesse la sauvagerie, gagnant sans cesse du terrain sur la solitude, plongeant sans cesse dans l'inconnu, incorporant sans cesse la terre à l'humanhé, et reculant indéfiniment sa frontière. Hier, sa capitale était au centre, maintenant elle esta l'extrémité du territoire. Hier, la république était une colonie, elle est aujourd'hui une nation.
Elle envoie continuellement à l'ouest des villages d'avance, bâtis en planches qui tombent en poussière cl ressuscitant en pierres de taille au bout de quelques années. Elle marche au pas de course , elle accumule les travaux dans des minutes, et gagne le temps de vitesse. La vapeur siffle partout. La surface du sol n'est qu'une vaste machine haletante, incessamment occupée à scier, à tisser, à broyer, à laminer, dont l'ébranlement, dont le mouvement frémit et rayonne en longues ondulations à toutes les parties de la circonférence. Elle sait qu'elle est la civilisation. Elle doit toujours porter la vie dans l'espace. Elle prend le pas de Dieu pour cela. Elle contrefait le miracle. Elle recouvre l'abîme d'une claire-voie, et sur cette chaussée à jour elle traîne aux flancs d'une locomotive des rues entières de wagons, pour jeler d'un seul coup une population au désert.
A voir le peuple américain partout impatient de la distance el partout présent, on dirait un iiniiiense Briarée penché, les bras ouNcrls, de Tocéan Atlantique à l'océan Pacilique, pour embrasser le continent tout entier.
La gloire désormais a changé de nature. L'homme de guerre n'est plus le héros. Le héros maintenant est l'honmie de la colonisJition. Voyez le soldat russe campé au pied du Caucase. Cela vit passif, inerte, rangé, aligné, taillé sur le même patron, couvert du même uniforme. Cela remue cependant, mais comme pressé par un ressort, sur un signe, sur un urdru, sur un geste, sur un coup de baguette. Cela va machinalement chaque jour de la caserne à la parade, et retourne en cadence de la parade à la caserne. Cela sait tuer, cela sait mourir, voilà tout, parce que <ela a une baïonnette au bout d'un fusil, et qu'une baïonnette en Russie doit ser\ir à (juelque chose. Je conçois que ce soldat-là soit pressé de courir au combat, car au feu seulement, il commence à soupçonner en lui, sous son épaulette, un être vivant. La mort est pour lui une distraction. Il meurt jo\eusement, pour rompre la monotonie de l'existence. Mais en délinitive que reste-t-il de son passage sur l.i Ici ro après cette j>luie de plomb (pie l'histoire ap|ielle une bataille? Une odeur de cartouche brûlée et une [loignc-e il'engrais [tour une motte de sillon. Tout au plus, la famille du nnussonneur, en \oyant le blé plus épais à la place où il est lomlié, saura peut-ètn- eiicon* l'année suivante <|u'il a \écu. .Mais quel ser\ice a-t-il rendu a la «ivilisation? quelle richesse al-ii créée à l'humanité? quelle œuvre a-t-il emportée avec lui dans une autre planète? quelle herbe plantée de >;i main a-t-ll laissée dr'rrière lui sur le dernier sentier, jtour rendre témoignage de !>on utilité au dernier enfant? Il a fourbi trois t^nl soixante fois jiar an la lH)Ucle de son ceinturon, et, en
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lin de comple, il a servi à conquérir un bout de rocher à l'empereur de Russie. Le lion blessé regagne à pas lents son buisson pour mourir. Il a été courageux , lui aussi, à un moment donné. Du moment que ce genre de courage est un mérite, je réclame pour lui la priorité.
Si l'héroïsme est encore quelque part dans le monde, il est sous la veste du hardi pionnier américain, qui attaque corps à corps la nature géante du premier jour de la création, qui traverse, la hache à la main, un chaos de verdure, qui met le sol couvert de ténèbres en communication avec le ciel, qui déblaie infatigablement la place d'une nouvelle humanité, qui sème la vie où était le néant, qui dépose la pensée oii était le silence, qui plante la rose où était le poison, qui répand la semence où était la vipère, qui appelle l'homme de toutes les contrées au bénéfice de son travail, qui accueille à son foyer le proscrit de toutes les patries, qui enrichit le monde en s'enrichissant le premier, qui multiplie le commerce de toute la part d'échange qu'il porte au marché, qui décuple le chitîre de sa population dans le rapide intervalle d'un berceau à un tombeau, qui travaille du lever au coucher du jour, sans jamais laisser à la sueur de son front le temps de sécher, qui développe en lui par le travail une nature au delà de l'humanité, qui prouve pas sou exemple cette loi du Dieu vivant que le progrès est un accroissement de vie, que l'accroissement de vie est un infatigable avènement à l'espace par le mouvement, à la durée par la rapidité d'évolution, et en même temps par la même raison à toutes les formes, à toutes les forces, à toutes les occasions de volupté ou d'idée, de sensation ou d'action éparscs, flottantes dans la durée ou dans l'immensité. Un économiste a dit un jour que le pionnier de l'Ouest gagnait à chaque génération un pouce de hauteur.
Jf lo rrriini volonliors. Il osl le Titnii d'iino niilro Cienèse. Il porlp en lui un horamo nouveau.
L'antiquité admirait le peuple grec pour avoir été dans son temps le faiseur de grandes choses. Que dirait-elle aujourd'hui du peuple américain? Mais ce peuple élu, chargé du message de r.ivenir, accomplit en ce moment une œuvre plus grande encore que la conquête d'un continent par la rliarrne el par l'industrie. Il résout pour le niondo entier, par sa propre expérience, le problème tant (]o fois repris, tant de fois ajourné de la démocratie. Il donne A tout homme né de la commune patrie un droit égal à l'inslruction, égal à la souveraineté. Il dit à chacun : Tu penseras ce que tu voudras et tu le diras en toute sécurité au passant, pour le convertir si tu dis une vérité, pour en ^tre converti si tu dis une erreur. Tu croiras ce que tu voudras, car Dieu a créé la conscience dans l'homme pour cire son tabernacle vivant, et aucune main du dehors ne doit ouvrir ou fermer sans ton consentement la porte de ce tabernacle. Tu choisiras dans la fouie «pji lu voudras pour mettre en commun avec lui ton activité ou ta pensée, et obéir à cel inévitable besoin de sympathie que Dieu a déposé dans notre nature. Tu auras enfin toute liberté d'aller, de venir, d'adorer, de jtarler, de convcupicr- Ion xoisin ou d'assisier à sa convocation.
Autrefois la beauli' ih' i.t fcninic ('-tait un d('lit contre la société. La loi humaine condamnait alors la femme à sortir voilée. La liberté porte encore sur son front le même anaihémc. Ulons-lui son voile pour la nioiilivr d.ms tonte sa splendeur. Le peu|)le aiiK'ric.iin a dit ct-l.i ,iii Iimi|is de Washington, cl drpiiiv Idis il est le |il|ls lieufciix illl glolic el le plus ronvaincn de ^on lioiilienr. Il \ a en Aineri(|Ue sans doute, t'omme .lilleiirs, l'impalience el l.i limiditi* ; mois
dans ce flux et ce reflux d'opinions vaincues ou contraires, il n'y a pas un parti, pas un homme qui ne bénisse sa constitution, qui ne la proclame avec orgueil la providence écrite de son pays. Pourrait-on citer dans l'histoire une autre forme de gouvernement qui ait partout recueilli l'unanimité et partout éteint la pensée d'une révolution? La démocratie est donc la paix, la liberté est donc la solution. L'ordre est là, vous le voyez ; pourquoi donc s'évertuerailon à le chercher ailleurs?
M. de Tocqueville a eu la main assez heureuse pour écrire le premier la gloire de l'Amérique. La France l'a récompensé de cette bonne fortune par treize éditions. Je n'ajouterai pas un éloge de plus à cet éloge universel du succès. Seulement je recommanderai à mou pays de relire encore treize fois ce bréviaire de la liberté.