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LA DEMOCRATIE EN FRANGE

Dans la nuit du 24 février, M. Thiers fut appelé aux Tuileries pour prendre la présidence d'un nouveau ministère. Pendant qu'il entrait dans le cabinet du roi par un côté, M. Guizot en sortait par un autre côté. Cette simple rencontre, entre deux portes, résumait toute leur existence. Serviteurs de la même idée, il n'y eut jamais, entre leurs politiques, d'autre distance que celle d'une porte d'entrée à une porte de sortie.

Nous retrouvons toujours en eux le même fonds de doctrines. L'un écrit un livre sur la propriété, bien moins pour défendre le sol même de la civilisation que pour repousser toute cbarité de nos institutions ; le second écrit une brochure sur la démocratie , bien moins pour combattre les doctrines de la terreur que pour contester les plus légitimes conquêtes de la démocratie. Leurs esprits sont comme

les deux coups alternatifs du balancier qui frappe la même cadence.

Nous avons entendu M. Thiers, écoutons M. Guizot. La guerre sociale existe en France, dit-il, dès le premier mot de son ouvrage. Passe pour la guerre sociale. Nous n'en voulons discuter ni l'intensité, ni l'étendue. Nous ne cherchons pas si cette guerre est bien intime, bien profonde dans la société; si elle n'est pas plutôt cette mousse qui monte à la surface de toute révolution. Nous acceptons l'affirmation. Le sang a coulé, la balle a porté la demande de la folie, et le canon la réponse de la société. Les cadavres ont passé par tombereaux. La guerre sociale existe. Mais après ces journées de funérailles, qui donc doit se Crapperla poitrine et dire son miserere? Je ne veux pas remuer le passé, M. Guizot?

mais n'est-ce pas un peu tout le monde, h commencer par

Car savez-vous le jour où vous avez appelé la guerre sur la propriété? C'est le jour oij vous en avez arbitrairement faussé le carartère ; r'est le jour où vous lui avez donné plus que les droits éternels qu'elle tient de sa nature; c'est le jour où vous l'avez marquée, par le cens, d'un signe de privilège; c'est If jour orifui où vous l'avez irrévocablement fianréo h la politique. Oui, ce jour-là, vous l'avez tirée de son inviolabilité pour l'associer aux révolutions. Vous avez dit dans vos lois rapricieuses, passagères, soumises ri toutes los vicissitudes dos p.irlis : La propriété est la seule vertu, la seule sagesse, la seule rapacité politique d'une nation. Et alors, qu'est-il arrivé? C'est qu'à l'heure fatale où votre l>olitifjue, qui n'est j)as sacrée conune la propri(''lé, a, par ses fautes, ses erreurs, ses malheurs, sj vous voulez, amené une révolution, certains idéologues du parti vainqueur ont retourné Vf)lre argument, et ont dit : La projtriété est la

corruption, est le privilège, est l'oppression politique; et, confondant ainsi deux choses parfaitement distinctes que vous avez liées par je ne quel mauvais adultère, ils ont reporté sur la propriété les haines qu'ils avaient amassées contre la politique. Ce parti les a injustement impliquées comme vous, l'une et l'autre dans la même solidarité, et, concluant en sens inverse, il les a enveloppées du même anathème.

Eh ! mon Dieu, ce qui est arrivé à la propriété est aussi arrivé à la religion. On a voulu, en d'autres temps, la faire descendre, du haut de son éternité, dans les coulisses de la politique. Elle s'égara dans les cours, dans les antichambres, dans les ruelles, dans les intrigues. Elle couvrit, de sa pourpre, des ministères, des ambassades, des humiliations nationales et des prévarications. Son habit fut un privilège à certaines faveurs, à certains emplois, à certaines dignités, à certaines richesses. Aussi, qu'arriva-t-il? C'est que l'Eglise, ainsi amalgamée à l'État par une déplorable promiscuité d'idées, perdit sa sainteté dans les esprits. Quand la première révolution éclata, la religion se trouva, contre sa propre nature, complice de certains abus ; elle fut frappée dans ces abus.

En épousant la faute, elle épousa l'expiation. Elle fut arrachée vivante des âmes, avec les débris des privilèges. Elle fut insultée, déchirée, frappée, traînée aux échafauds. Ses autels furent brisés, ses cloches fondues, ses croix jetées aux vents, ses dogmes effacés des mémoires. Elle disparut sous le flot de sang de la Terreur. Il semble qu'il n'en devait plus rester trace humaine, ni sur la poussière, ni dans la conscience.

Et cependant elle s'est relevée du milieu de ses ruines. Mais elle s'était régénérée dans ces épreuves. Elle avait dépouillé l'alliance de la politique ; elle avait laissé ses

langes dans son tombeau. Elle n'avait que la forme incorruptible et lumineuse de sa transfiguration. Elle reconquit les âmes, qu'elle s'était aliénées, et avec les âmes le respect des populations. Elle tendit un instant, sous la restauration, la main à la politique, et ce contact de la politique la rendit de nouveau suspecte au libéralisme. La révolution de juillet, dans ses heures d'emportement, l'effleura de sa colère. L'expérience lui servit, elle rentra dans le sanctuaire, et la révolution de février, cjui ébranla tant de choses, tant d'idées, ne toucha pas un cheveu du clergé et ne brisa pas un crucifix. Elle respecta, elle honora, au contraire, partout la religion, l'appela à toutes ses fêtes, la convoqua à la pàque civique du scrutin, et inclina en toute circonstance le front de la république sous la bénédiction de l'Église.

Si donc la religion s'est rachetée des révolutions en se séparant de la politique, la propriété s'en rachètera aussi en secouant toute apparence de privilège. Du jour où elle n'aura plus rien usurpé sur les droits des citoyens, elle ne sera menacée d'aucune usurpation. Le droit, en elle, ne sera plus [nélé à ce qui n'est pas le droit, cl il uv se fera sur son compte, dans les esprits, aucune confusion d'idées; elle sera inviolable. En l'attaquant désormais, on n'attaquera plus la justice douteuse à certains regards, jiarce qu'elle était obscurcie dune onjbre d'injustice ; on attaquerait le droit des droits, la pierre sainte du foyer.

Une pareille guerre n'a pas de danger. Elle ne serait plus qu'une chouannerie de rues, attisée par le vent des théories. En donnant le sulfrage universel, el en f.iisant tomber toute équivoque, la révolution de lévrier .1 rendu un inniieiise service à la civilisation. Elle n'a plus uns en fa( e de la propriété que le communisme, et elle a ainsi in-

téressé, Lien plus énergiquement que par le cens, toutes les classes propriétaires, c'est-à-dire vingt millions d'hommes, à la défense de la société.

Yoilà ce qu'a fait la révolution de février ; voilà ce que M. Guizot n'a pu voir clairement à travers les brouillards de la Manche. Car savez-vous ce qu'il propose par je ne sais quelle réminiscence de sa douce Argos ? Il propose de reconstituer, au profit de certaines classes aisées, ce privilège politique qui compromettrait de nouveau la propriété. Il demande la réédition d'une pairie. Pour pacifier les classes entre elles, il ne trouve d'autre moyen que de constater, d'écrire leur antagonisme, de le réahser en pouvoir, et de le pétrifier au sommet de la constitution.

Ah ! sans doute, nous croyons comme lui que la société n'est pas seulement une collection d'hommes isolés, groupés, additionnés à la suite les uns des autres comme autant de chiffres qui ont tous la même valeur. Sans doute la société est un fait complexe, multiple, varié, incidente, qui se compose d'hommes, de choses, d'idées et d'intérêts. Mais hommes, choses, idées ou intérêts se meuvent, selon nous, harmonieusement d'après leur proportion et leur nature, dans le vaste sein delà nation. Vouloir les extraire arbitrairement de la société, pour les particulariser et les personnifier en un ou dix grands pouvoirs, c'est briser leur harmonie et leur proportion naturelle pour les immobiliser et les perpétuer dans une fausse symétrie.

A quelle balance, en effet, le législateur pourra-t-il mesurer, dans une pairie répubhcaine, la part d'influence qu'il doit faire à ce qu'il nomme l'esprit de conservation, ou à l'esprit de progrès, à l'agriculture ou au commerce, à l'illustration ou à la roture, à la philosophie ou à la rehgion? Ensuite faut-il admettre, comme M. Guizot, que toute

société est irrévocablement scindée en deux forces contraires, en deux entités hostiles : conservation, mouvement; instabilité, progrès; noblesse, démocratie; tradition, innovation, que nous devons atteler en sens inverse dans une constitution, de façon que la société, également tirée en avant et en arrière, reste dans la plus parfaite immobilité?

Nous ne croyons pas à ce manichéisme. Nous repoussons cette dualité. Pour nous, la conservation est le progrès, l'expansion est la stabilité; c'est l'aspiration et la respiration de la poitrine des États,

Les sociétés n'ont pas besoin de la bascule des constitutions. Elles sont admirablement pondérées, mais d'une pondération vivante, par la main de la Providence. Voulez-vous avoir la réalité de tous les besoins, de tous les intérêts, pesés à leur véritable poids et à leur véritable influence? ne la demandez qu'à la nation tout entière, consultée par le suffrage universel, mais laissez cl ne faites pas parler la nation.

On s'était mépris sur le sull'rage universel. Un n'y avait vu qu'une puissance variable, mobile, houleuse, inconsistante comme le sable, et emportée à tous les vents de l'opinion. On interpellait, pour le prouver, l'exemple de l'antiquité. Mais dans l'antiquité, il n'y eut pas suffrage universel. La démocratie, concentrée dans une ville, n'appartenait qu'à une multiludf', cl ((tlf nmltitude, pressée, entassée sur un même espace, sans correctif, sans contrepoids, toujours ébranlablc d'un souffle ou d'un mot, n'i'-tait que l'nnarchii; en jicrmanencc.

La démocratie a-t-clic le môme caractère dans une nation de trente millions d'hommes, disséminés sur trois conts lieues d'espace, mélangés et pétris de races et d'idées

diverses, les uns agriculteurs, les autres industriels, les uns ouvTiers , les autres laboureurs, les uns catholiques, les autres protestants ?

Ne voit-on pas que toutes les forces, que toutes les influences se hiérarchissent à l'infini et s'harmonisent dans une opposition et une limitation réciproques, de mœurs et d'intérêts ? Ne sent-on pas que les coups de vents d'idées sur cette masse compacte et profonde de toutes les croyances, je dirai même de tous les préjugés, ne sauraient courber d'un bout de la France à l'autre toutes ses volontés? Ne remarque-t-on pas que toutes les vraies puissances de la société, la gloire, la réputation, la richesse, l'instruction, le clergé, l'école primaire, y exercent leur part relative d'autorité? Tout homme peut avoir dans le suffrage universel le chiffre de sa valeur. Tel n'y a qu'une voix, tel autre y a deux mille, trois mille, quatre mille bulletins. Les intérêts les mieux gardés sont toujours les intérêts de tradition.

Ainsi, loin d'être le flot mouvant qui ballottera sans cesse la politique du pays à tous les caprices du moment, le suffrage universel sera toujours la vraie, la seule, l'invincible force de conservation. Car, pour le tromper, pour l'entraîner, pour le pervertir, il faudra commencer par séduire, par suborner, par convertir des millions de citoyens, tous les intérêts, toutes les idées, c'est-à-dire remuer le granit du sol jusqu'à ses dernières profondeurs.

Cela n'est pas possible. La voix du suffrage universel, éclairé et contrôlé toutefois par une instruction suffisante et par la liberté de la presse, est donc véritablement l'opinion publique, cette moyenne exacte de la pensée d'un pays. Elle est donc l'unique représentation vraie de la nation. Elle est plus encore, elle est la justice, en ce sens qu'aucune idée, qu'aucune nuance d'idée, pour peu qu'elle compte dans le

peuple, ne peut ôtre exclue d'une assemblée: et comme le grand jour de la tribune est le meilleur rrible des vérités, toute erreur qui arrive à l'assemblée y est rapidement vannée au grand van de la discussion. Les utopies viennent d'ellesmêmes afficher leur impuissance et n'ont plus la commodité de crier A l'ostracisme. Quand le suffrage universel donne naturellement, spontanément la conservation à un pays, pourquoi vouloir déplacer cette puissance, pour la transporter dans des fictions?

Vous aviez cru donner une invincible frontic'^re à la royauté de juillet, dans la pairie. A quoi lui a servi la pairie? Aux jours tranquilles, h accroître l'impopularité de la couronne ; au jours difficiles, à montrer un néant de plus dans la monarchie.

Mais en introduisant dans le République une seconde assemblée pour ^tre la personnification d'intérêts privilégiés, on no créerait pas seulement une impuissance, on créerait un danger. La France n'a plus de classes, car elle n'a plus dans sa législation ni droit d'aînesse, ni substitution , encore moins de délimitations marquées p.^r la naissance, de voûtes en quelque sorte superposées, qui roupent la société on deux ou trois étages, et cloîtrent inflexiblement chaque destinée dans sa cellule. Non , la France, grâce à ses diverses révolutions, n'a plus rien de tout cela, elle n'a plus que les inégalités nécessaires, inévitables, naturelles, diverses, qui résultent de la marche des temps, do la différence dos travaux, des dévelo|)pomonts de la civilisation, dos diversités d'aptitudes. Mais sur l'oscalier sans fin de oette hiéranhio providontiello, mobile cl progressive, chacun peut se mouvoir h l'aise, et à chaque pas de son talont monter d'un depré : réternolle aspiration n'est arrêtée h aucun étage.

Eh bien ! que ferait-on en reconstituant un privilège politique aux intérêts de la richesse? On ressusciterait une classe légale, on marquerait d'un signe toute une catégorie de citoyens pour les dénoncer aux révolutions. Ce serait rentrer dans les desseins de l'anarchie. Quelle est, en effet, sa tactique depuis la révolution de février? C'est de créer, par un mot, une classe privilégiée qui n'existe plus depuis l'abolition du cens électoral. Elle sépare continuellement, dans ses journaux, le peuple de la bourgeoisie. Elle cherche à susciter, entre le peuple et la bourgeoisie, un antagonisme qui n'existe ni dans le fait, ni dans la Constitution. Car peuple et bourgeois n'ont entre eux ni opposition, ni barrière, ils ont la même fibre, la même substance, la même origine, le même intérêt. La bourgeoisie n'est que l'ascension perpétuelle, la glorification du peuple, car, lorsqu'il monte en vertu, en intelligence, où va-t-il, oii peut-il aller, si ce n'est dans la bourgeoisie?

Et c'est cette admirable unité, si péniblement, si laboborieusement acquise par tant de révolutions qui ont détruit des inégalités factices, pour ne laisser subsister que des inégalités-naturelles, que M. Guizot voudrait détruire pour rejeter la France dans la période des révolutions ! Ne laissons plus à nos ennemis l'arme dangereuse d'un prétexte, ne leur donnons plus le droit de venir dire, un texte de loi à la main : Vous voyez bien qu'il y a classe et classe, peuple et bourgeoisie ; vous avez marqué vous-mêmes dans la loi électorale la limite précise oii le peuple finit, oi^i la bourgeoisie commence.

Ce n'est donc point par une mécanique plus ou moins ingénieuse, plus ou moins pondérée des pouvoirs, que l'on attire ou que l'on écarte les révoltes dans une société. L'agitation des États tient à une cause révolutionnaire que la

philosophie de la politique n'a pas suffisamment signalée. Cette cause la voici :

11 se produit dans les sociétés modernes, par le fait môme de l'expansion des richesses, du progrès, du travail, de l'industrie et de l'instruction d'une part, et de l'autre part par la disproportion des besoins aux richesses, par la multiplication des enfants et le morcellement des héritages, un double déclassement d'existences. Chaque jour des hommes émergent des Hmbes du prolétariat, à une certaine instruction, sans atteindre l'aisance; d'autres hommes retombent, au contraire, des bras de leur famille, dans une condition de fortune inférieure à leur éducation.

Or, cette classe, intermédiaire, mulâtre, qui ne vit ni de l'ateher, ni du revenu, qui porte extérieurement la livrée des classes supérieures, mais qui n'est ni peuple ni bourgeoisie, qui parliciite au peuple par ses privations, à la bourgeoisie par ses lumières, est précisément l'avant-garde qui mène partout les colonnes des révolutions. C'est elle (^ui fait les clubs, les journaux, les systèmes de l'anarchie. Llle ne voit dans la propriété qu'une injustice et une tentation. Quand elle s'agite, sur un espace limité, dans un Etat fermé, elle secoue cet État de continuelles convulsions. C'est ainsi (ju'à Venise la petite noblesse indigente et dégénérée des cadets, alliée à la bourgeoisie, exclue par le livre d'or de toute partici|»ation aux emplois, constitua le redoutable |)arti des Barnabolcs. Ce ne fut (jiic par un déluge de sang que Venise élci^Miit cette insurrection j)erpétuell(' qui rciiiua toujours sous les jtieds de sa noblesse.

Avez-vous jamais cberché l'énigme des horribles mystères de la politique vénitienne ; de celte boiK lie de fer qui recevait toutes les dénonciations; de «c pont des Soupirs où le criminel d'Klal, frappé jiar derrière, dans la nuit des

souterrains, comme sur la dalle d'un abattoir, mourait sans savoir où ni comment, mêlant obscurément son sang aux eaux du canal ; de ces plombs brûlants qui incendiaient la raison dans le cerveau des prisonniers ; de ces gondoles qui, au milieu des sérénades et des illuminations, emmenaient ténébreusement, dans les lagunes des victimes enchaînées que des bourreaux masqués jetaient à la mer, un boulet au pied? Lq flot, un moment entr'ouvert, se refermait, passait et repassait, roulant sur le secret de la justice humaine une éternel murmure. Le pêcheur, égaré sur ces eaux de malédiction, levait ses avirons et voguait en silence, car il lui était interdit de jeter ses filets dans cette lagune.

Avez-vous étudié le profond calcul de cette politique à deux parties, qui cherchait aux révolutions une diversion dans les orgies, qui s'appuyait à la fois sur le supplice et sur le carnaval? Eh bien ! cruauté ou volupté c'est le danger permanent des Barnabotes qui dicta toutes les pensées de ce système.

L'Angleterre écoule ses Barnabotes dans les Grandes- Indes ; l'Amérique du Nord écoule les siens dans les forêts vierges de l'ouest; la France, sous la monarchie, les réléguait dans les sinécures du clergé séculier. Mais la France actuelle, quel débouché ouvre-t-elle à ces classes désemparées, flottantes, oisives et lettrées qui ébranlent, a coups redoublés, les portes de la société? Elle leur livre en pâture les cent miUe places de l'administration, et cela ne suffit pas, car les candidatures se multiplient mille fois plus que les emplois. Elle crée chaque jour, par ses collèges, des milliers de nouveaux Barnabotes, et elle les jette ensuite sur le pavé, affamés et haletants à tous les désirs. Or, ces hommes , dépossédés même de toute espérance , font la

Ihéorio do leur situation : ils écrivent le communisme.

Si donc nous voulons détruire le communisme dans sa racine, nous devons ouvrir au dehors, au dedans, non plus la guerre, comme autrefois, non plus le droit de mourir, mais la colonisation, mais le travail, et la somme que la Franco prélèvera chaque année sur son budget, pour dégorger au dehors la société obstruée, sera sa prime d'assurance contre la révolution. Fermez les clubs, faites des patrouilles, créez des dictatures, amassez du canon, tout est bien si vous le voulez ; faites des constitutions, faites des lois, écrivez des opuscules contre Babœuf, tout cela est mieux encore; mais surtout, mais avant tout, ouvrez des avenues ù la société, car là seulement est le salut.

Loin de dire comme M. Guizot aux classes aisées : Si vous voulez être tranquilles, faites-vous une pairie ; je leur dirai : Abonnez-vous plutôt à la tranquillité. Vraiment il faut désespérer en ce monde de l'expérience. Voilà un homme éminent à bien dos égards, un philosophe, un penseur, un historien, qui vient d'échouer dans un naufrage, et qui, à peine sauvé de l'orage qu'il n'a pas su conjurer, se redrosse sur un débris, pour faire dogmatiquement la leçon à la tempête !

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