‹ Heures de travailChapitre 22 sur 34 · CONFERENCES · texte numérisé non relu

CONFERENCES

Voyons, mon père, discutons et ne nous fâchons pas. Vous préfendez qu'il y a dans le monde deux espèces de raison. Deux espèces? C'est peut-être beaucoup ; mais soit, puisque vous y tenez ; la raison du père Ventura et la raison du philosophe ; soit encore. Naturellement l'une est la vérité, et l'autre est l'erreur. On peut le dire assurément, à charge de revanche. Vous voyez que je suis accommodant. Mais vous ajoutez par la même occasion que le philosophe est un animal , un sot , un niais , un imposteur, un charlatan , un comédien , un menteur, un provocateur de crimes , un tueur d'âmes , un hypocrite , un voleur de grand chemin , et , finalement pour abréger, car nous pourrions ainsi aller jusqu'à demain , un blagueur. Le mot y est en toutes lettres.

Eh bien ! là , entre nous , mon père , la main sur la conscience , cette manière de parler, n'est-ce pas? est tout sim-

plement une manière abréviative de prouver que la philosophie a tort et que le père Ventura a raison? Elle est une preuve par anticipation qui dispense de toute autre preuve et ménage agréablement le temps de l'auditoire, car lorsque vous avez dit à un penseur : Tu es un sot! vous hii avez signifié son congé; et s'il n'est pas un sot fieffé jusqu'au bout , il mettra son titre dans sa poche et il tournera les talons. Que pourrait-il en effet vous répondre, en sa qualité bien connue , qui ne fût d'avance une sottise?

Tu es un sot ! Quand cela est dit d'une certaine façon et en rabat, cela tranche de suite une question. Je prends h mon compte, je l'avoue en toute humilité, une partie du com[)liment. Que voulez-vous ? on est quelque peu philosophe, et si on ne l'était pas déjà, on le deviendrait, pour porter plus patiemment tout ce qu'on entend.

Et pourtant je voudrais ici, une fois en passant, puisque le i)C're Venlura m'en donne l'occasion, débattre avec lui la question de la jihilosophie. Nous la débattrons, s'il veut bien le permettre , de bonne amitié. On peut différer d'opinion, mais on sait vivre après tout, et parce (ju'on n'a p.is , sur l'essence de la raison , précisément la même doctrine , on n'est pas obligé d'en venir aux gros mots pour cela. Nous ne parlerons jamais entre nous de charité, j'en prends d'avance l'cn^a^'cnn-nt ; le mot porte malheur, il attire infailliblement l'injure. L)e|)uis que je lis le journal le plus confit de charité par métier, je me défie énormément de cette vertu. Elle est toujours pour moi la précaution oratoire d'une ini|(erlinen<e. Nous nous contenterons simplement de la p(jlitesse. La politesse est une Neilu mondaine, il est vrai ; profane, il est vrai encore, mais elle est plus facilement comprise, et , à ce (ju'il parait, plus facilement prali(|uée.

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