‹ Heures de travailChapitre 6 sur 34 · HENRI GROS · texte numérisé non relu

HENRI GROS

THEORIF. DF. I. HOMME,

Nous avons lu re livrfi et nous avons regardé la date ; il est bien d'hier, par un homme de ce temps , et mieux encore, par un homme de talent, habitué de longue date ;\ manier avec une prodigieuse habileté la langue de la philosophie. Nous en sommes fâchés pour l'auteur, car s'il eût vécu au siècle dernier, comme c'était sa vocation, et s'il eût écrit pour des disciples en jabot, voire même en rabat, marquis ou abbés, il aurait été sûrement, avant ou après Condillac, le premier philosophe du moment.

Mais malheureusement il est venu après coup remettre en honneur la doctrine de la sensation; et avec la meilleure volonté du monde, nous sommes obligés de lui dire pour l'acquit de notre conscience : Vous avez soupe ce soir chez M'"'' Geofïrin; vous arrivez trop tard, l'heure a marché, et la philosophie aussi par la même occasion. Pressez le pas si vous tenez h la rejoindre, car du train dont elle va, elle a dû faire bien du chemin.

Néanmoins, ce livre a tout l'intérêt d'une dernière, et pourquoi ne dirions-nous pas d'uno éclatante protestation en faveur d'une doctrine malheureuse trahie parle destin? A ee titre, il mérite de notre part une minute d'attention. Il est le dernier coup de canon d'une bataille perdue : nous devons lui tirer notre chapeau. Nous allons donc essayer de lui rendre justice. Mais nous avons besoin d'appeler d'abord tout notre sang-froid à notre secours, car il n'y pas un chapitre de ce livre qui ne soit un défi à notre croyance.

Vous avez vu passer cet homme duns la rue? — Oui. — Comment le trouvez-vous? — Médiocrement avantagé de la nature. — Vous êtes indulgent; nous ne pouvons, nous, le regarder sans frissonner. Nous croyons que sa m^re l'a inventé tout exprès pour mettre notre patience à l'épreuve. Sa figure nous semble une injure personnelle, et nous sommes tentés de lui en demander raison. Certes, nous respectons la science de M, Cros, et surtout sa parfaite sincérité. Nous le tenons, sur la foi de son livre, pour un laborieux, pour un austère disciple de la pensée. Toutefois, nous regardons sa j)hilosophie comme uiit; provorahon à notre adresse. On dirait qu'il l'a écrite h notre intention , tant ello rioiis frappe en pleine poitrine. Néanmoins, mettons la main sur la blessure et parlons-lui de l>onno aniili»'. La ciiliquc doit cette politesse au mérite l(»utes les fois qu'elle le trouve sur son passage.

M. Cros n édité de nouveau sous sa responsabilité la doctrine que voici : L'idéo est la même chose (pie la sensation : sentir, c'est j»ehser. La raison es! I.i même chose que la parole; bien parler, c'est bien raisoinier. La volonlé est la même chose qne le désir : voidoir, c'est obéir i» une tentation. La morale est In même chose (jue l'intérêt

de chacun : suivre son penchant, c'est pratiquer la vertu. La souveraineté est la même chose que la force : gouverner un pays, c'est lui tenir l'épée sur la poitrine. La loi enfin est la môme chose que l'habitude convertie en décret et fixée, pour plus de mémoire, sur le marbre et sur l'airain , — et tout cela dit, écrit couramment , de bonne foi, en toute loyauté, sans licsilalion, sans apparence d'hésitation, avec une élégance même et une puissance de style à faire In fortune d'un nom dans un autre ordre d'idées : voilà en bloc le système de M. Gros. Nous allons le reprendre en détail.

La sensation est la même chose que l'idée. Qu'est-ce à dire? Que l'idée vient à l'homme du dehors au dedans, en ce sens qu'une idée flotte, par exemple, dans chaque rayon de soleil, et une fois entrée dans le regard, laisse là le rayon de soleil comme on laisse son manteau à la porte de la maison, pour pénétrer seule dans le labyrinthe du cerveau et en sortir aussitôt sous forme de parole. Ce n'est pas là de toute évidence la théorie de l'école de la sensation, car si nous étions plongés dans le monde connne dans un bain de pensée, si en ouvrant l'œil ou l'oreille , nous absorbions, bon gré, mal gré, la pensée, ou plutôt si l'électricité, la chaleur, la lumière, le son, étaient à tour de rôle une intelligence déguisée chargée de penser pour nous, à notre insu, en nous laissant l'honneur de croire que nous pensons de notre propre fonds, par notre seule vertu, il est claire alors que la mesure de notre œil et de notre oreille serait la mesure de notre intelligence et de notre science, et comme nous avons tous à peu près la même organisation, nous aurions tous à peu près le même génie. Nous attraperions les idées comme les mouches, rien qu'en nous couchant au soleil. Cela serait commode

assurément, mais celte romnuxliti', par malheur, nous a été refusée.

Pour qu(! la sensation devienne une idée, il faut donc, de toute nécessité, qu'après avoir pénétré par le couloir do la vue ou de l'ouïe jusqu'à l'antichambre du cerveau, elle trouve \h quelqu'un, un hôte, un inconnu, un portier, si vous voulez, pour la recevoir, la déshabiller do son fluide nerveux, la travailler à son creuset et la transloiiner en idée. Or, s'il y a sous la vo(^te du crAno iuiiiiaiii un ouvrier anonyme caiiablo do chanjïer on idée inie étincelle d'électricité ou de lumière, il est bien capable en conscience de créer directement l'idée. JJii uiomenl (jue la doctrine de la sensation admet à un degré quelconque l'intervenlion d'mi tiers mystérieux qu'elle n'ose pas nommer et que nous nommons, nous, l'esprit, elle est perdu»;, le pied lui a glissé, elle tombe dans le spiritualisme, elle avoue (pie l'idée est une action de l'esprit. L'esprit existe donc, jmis- (pjo là même oii on essaie de; le nier, on a l)esoiii de son ronccjurs, et si on aceorde qu'il agit en commun avec la sensation, qui sait? il pourra peut-être bien plus tard agir vu particulier «le sa |ir(ipre initiative.

Mainleiianl est-il vrai de «lire que parole et raison c'est tout un, |)our le philosophe? Nous le croirions volontiers si nous pouvions croire à une langue révélée et à une grammaire naturelle Ihjttante en quehpie sorte sur la lèvre de chacun. Mais la parole, M. Gros l'admet le premier, est une création de l'esprit humain, et la preuve, c'est qu'elle est aussi diverse qu'il y a de peuples épars sur la mappemonde. Or, mic creatiou est lUi acte, et un acte inca- |iabie de se produire jiii-inèuie a toujours besoin d'une lacullé ptiur le produire. La faculté pr(''«'\isle dom à l'acle et lui siuvil pour le reprendre et le di'\elupper au besoin.

On ne peut donc pas plus confondre la parole et la raison qu'on ne peut confondre l'acte et la faculté. L'acte est instantané, la faculté est permanente; l'acte est fini, la faculté est indéfinie; l'acte est inerte, la faculté est active ; l'acte reste toujours ce qu'il était en naissant, la faculté, au contraire , crée toujours et progresse en créant toujours, comme l'histoire le montre à chaque étape de l'humanité.

Si la parole n'est pas la raison, la volonté n'est pas davantage le désir. La volonté, à coup sûr, ne veut pas sans une raison de vouloir, et si M. Gros appelait désir toute raison de vouloir, il aurait dit une vérité, peut-être inutile, enfin une vérité. Seulement le mot aurait été mal choisi. Mais M. Gros entend par désir tout genre de séduction exercé sur notre cerveau, de sorte que la volonté serait une manière de détente lâchée de minute en minute par une sensation. Eh bien! il n'en est pas ainsi. L'homme veut souvent ce qu'il ne désire pas, la mort par exemple, dans certaine circonstance donnée. Il veut même sans désir, il veut contre son désir ; il veut en faisant choix d'un désir particulier entre mille désirs, et lorsqu'il cède à une sollicitation, il veut y céder à son heure et dans sa force, tant il sent que la volonté est dans sa destinée une reine impérieuse qui doit toujours garder son droit de commandement. Aussi le jour où par malheur il obéit sans mesure et sans réserve à un penchant et à un appétit, ce jour-là il éprouve comme une douleur imprévue, comme la diminution de sa dignité. Il a manqué à la première vertu de l'homme, puisqu'elle est l'origine de toutes les autres vertus. Il a un remords.

Est-il vrai, après cela, que l'intérêt de chacun constitue sa morale? Si on veut simplement dire par ce vilain mot

d'intérêt, fort peu intéressant à notre avis, que toutes les lois que l'homme agit, même pour le plus grand bien de l'humanité, il ne peut pas à toute force se désintéresser complètement de son action, nous comprendrions encore ce raisonnement, bien qu'il nous parût porter à faux sur une mauvaise expression. Mais de ce qu'un homme ne peut être absent de lui-même en faisant une action vertueuse, il ne s'ensuit pas qu'il doive uniquement songer à luimêuîe pour faire cette action. L'intérêt n'est nullement l'agent provocateur de la vertu. La vertu parle de plus haut, Dieu merci. Quel intérêt peut avoir un homme à mourir pour la justice? la gloire qu'il trouvera dans le martyre? Mais pour cela il faut croire à l'immortalité de l'Ame et par conséquent à l'ilme la première. Le nom (ju'il léguera à ses enfants, comme dit M. Gros? Mais s'il nu pas d'enfants, le sacrifice sera donc perdu? L'intérêt est si peu le régulateur de la morale que presque toujours une action désintéressée est une vertu. Qu'est-ce donc (jue le dévouement? le sacrilice d'un intérêt; l'héroïsme? encore le sacrifice d'un intérêt. Plus l'homme entasse à ses pieds d'intérêts immolés les uns sur les autres, comme autant de gradins sacrés pour monter dans le ciel de l'apothéose, plus il dresse sur un |iicdestal élevé rimag(; de sa renommée.

De la à dire que la souveraineté est la force organisée, il n'y avait qu'un pas, et M. Gros l'a franchi. Gar sensation, intérêt, dt'-sir, force, tout cela se tient par le lien de 1er li'unc iiillcvihie logiijue ; tout cel.i au fond e>t plus ou moins la matière en fonction. Nous n'accuserons pas le dernier disciple de Gondillac d'avoir pris sa mét^qihysicjue ou plutôt >a dyiiaini(pi(' de la souveraineté dans la {kkIic de la soutane de moMNeigneur Salinis. Il .i\;iit ('•« rit son livre longtemps aNant l'homélie de l'évèipie (rAiniens. Mais

pour avoir la priorité de la cloclriiie, il non a }tas moins émis une doctrine, — comment dirons-nous pour rester poli? — légèrement suspecte de paradoxe. La force! encore la force ! Entendrons-nous éternellement sonner à notre oreille cette expression de malheur? La force est pour nous comme une obsession, comme l'ombre acharnée aux pas d'Oresle : elle nous jette dans une sorte de fureur sacrée. N'approchez pas, vous qui parlez toujours de la force et jamais de la justice, ou nous allons chercher nos pistolets. Force contre force, mon ami, c'est le droit de nature.

La souveraineté est la force organisée ! Si cette définition est vraie du gouvernement, quelle définition vous resterat-il pour l'armée, à moins de déclarer par-dessus le marché que gouvernement et armée c'est un seul et même mot, et que gouverner c'est distribuer dans la société des coups de plat de sabre, et, pour varier, des coups de fusil? Mais qui dit force organisée dit organisation, qui dit organisation dit idée chargée de présider à l'organisation. Or, l'idée qui a organisé la force comme moyen a-t-elle pu l'organiser convenablement sans la proportionner à l'œuvre qu'elle doit remplir? L'idée a donc fait la part et la place de la force au soleil. Elle lui est donc supérieiu-e, puisqu'elle lui fixe son but et sa limite. La souveraineté n'est donc pas la force, elle est l'idée. Mais force, idée, pourquoi séparer ces deux choses inséparables par nature? Est-ce qu'une force n'est pas une idée? Est-ce que la poudre n'est pas une idée? et la bombe aussi? et la fusée à la congrève aussi? et la statégie aussi? et la charge de cavalerie aussi? Idée, monsieur, que tout cela, idée, et quelque chose que vous fassiez pour vous passer de l'idée, vous la retrouverez toujours à votre droite pour réclamer la préséance.

A vrai diiv, loulc l'erreur de celle itliil(».so|iliie eoiisiste dans une perpétuelle interversion. Nous avons connu un enfant qui, par une logique à l'envers, changeait invariablement tous les termes de rapi)ort. Ainsi, il disait plus poiu' dire moins, haut pour dire bas, long pour dire court, devant pour dire derrière. M. Cros, avec tout le respect que nous devons à sa science, jtarle un peu comme cet enfant. Ainsi, l'acte pour lui est avant la faculté, l'efTet avant la cause, le désir avant la volonl»', la force avant l'idée. Il procède toujours du phénomène à l'esprit, du dehors au dedans. Il fait l'homme à coups de sensation comme le sculplein- l'ail la statue à coups de marteau. Il ne voit pas que l'hommi' existe au centre dans ce (pi'il nomme son moi, et que son élre tout entier est le rayonnement de ce moi dans l'espace. En un mot, sa doctrine est tout simplement une d(K Irine à l'envers, comme l'image réfléchie dans la piimell((. Uetournez-la et vous avez la vérité.

La ihéorie <1(^ la sensation, après tout, est une philosojihie honteuse ([ui reste i» la porte par excès de timidité. Elle fera bien le tour de la iiiai>(iM pniir rn comittcr cha(|ue fenèlre, mais elle n'osera jamais entrer. Entre/ donc, |>ar le sauK du (^hri.sl ! L'Ame habile le dedans, et l'Aine n'est pas chos<' assez horrible pour vous inspirer une |»art'illi' fra\cur; d'autant plus (|uc le Mi(»ndr liii-inème va \ou^ marKpier et (pie vous n'avez pas d'autre abri. Car, chose étraniie! après avoir déclaré <|ue l'Ame élait la sensation perpétuelle, et l(^ monde par consécpient chargi' de lui fournir la sensation, li; léléj^raphe naturel de la penst'e, voici (pie tout à i oiq» M. (^ros nie l'existence du monde cl bris(! ainsi le té-légraphe. De sorte que la sensation, ou son homonyme, l'idj'-e, n'est plus cpie l'ondjre d'inie ond)re, uni- haleine nioiiranle du néanl. Au dernier moment.

l'auteur se retourne contre son système, et s'évade avec lui dans l'idéalisme.

Et il ne nie pas seulement la réalité du monde, il nie encore la réalité du temps et de l'espace. Il emprunte même à Gondillac une singulière comparaison pour prouver qu'en marchant sur le cadran, l'aiguille y marque une perpétuelle chimère, qu'il n'y a ici-bas ni avant ni après, qu'avant et après, tout cela n'est, en définitive, qu'un même moment. Supposons, dit Gondillac, que la terre soit grosse comme une noisette et peuplée d'hommes à l'avenant. 11 est évident que, pour ces fourmis humaines à l'état microscopique, l'heure sera microscopique aussi, et qu'une seconde, par exemple, sera un siècle de durée. Hé! qu'importe, répondrons-nous à M. Gros, que les instants soient plus précipités sur votre terre noisette ! En seront-ils moins des .instants, et pour être séparés par des intervalles plus ténus que sur la terre de notre connaissance, en seront-ils moins séparés par des intervalles, les uns avant, les autres après? M. Gros cherche encore à démontrer, par le même raisonnement, l'inanité de l'espace. Nous lui répondrons à notre tour par le même argument.

Et qu'on ne croie pas qu'une discussion sur l'étendue et sur la durée soit une puérilité d'esprit à propos d'une abstraction. Gar la double idée de durée et d'étendue est indispensable à l'intelligence et à la conduite de notre destinée. Plus cette idée entre dans chaque préoccupation et dans chaque action d(î noli'e vie, plus notre vie est grande et sainte devant l'humanité. Qu'est-ce que la gloire en ell'et comparée à une simple démarche de notre existence? sinon une plus grande participation à l'immensité et à l'éternité. La gloire, comme la vertu d'ailleurs, cette autre gloire dans l'ordre moral, n'a-t-elle pas pour caractère essentiel de

pouvoir rayonner indélinimcnt dans le temps et clans l'espace? Elle est universelle ou elle n'est pas, elle est perpétuelle ou elle est moins encore. Une philosophie sans universalité et sans perpétuité retire à la gloire toute espèce fie sanction. Nous la répudions au nom du génie. La philosophie comme nous la comprenons sera toujours la muse rêveuse couronnée d'étoiles et le regard plongé dans l'infini.

Nous avons réfuté le système de M. Cros sans fausse complaisance, parce qu'avant toute chose nous devons notre jïmc h la vérité. Loin de nous cependant la pensée de vouloir décourager une homme de talent. Nous voudrions l'encourager au contraire. M. Cros est un penseur, et, ce qui est non moins important, un écrivain. Son livre éclate à chaque instant, dans le détail, de vérités fortes, écrites de cette manière mAle dont notre siècle a perdu l'habitude, par excès de coquetterie. Nous pourrions relever ni et là plus d'un noble sentiment jeté en quelque sorte en marge de la page, comme pour faire contraste ù la doctrine et prouver que rautciu" vaut mieux que l'ouvrage. L'ouvrage néanmoins a eu le succès de plusieurs éditions. Que M. Cros oublie le succès, cet ennemi souvent mortel ; qu'il j)renne un nouveau point dr déjiart, et siVement il aura sa placr mai-rpK'c dans l'élite de la philosofthie. Il sera de son siècle au li'ii d'être du siècle passé. Il a couvert honorablement la retraite d'une théorie en pleine diTouir. Il doit niainlenaiit rhanger de rôle et songer à î^a^Mier la vietoire.

L'cpuvre de la psychologie d'ailleurs est épuist'-e. Le philosophe n'a plus à rechercher aujourd'hui l'origine de nos idées et encore moins la nature de nos facultés. Cette recherche est )ine illusion, car le jisyiholoLTMe o|ière sur I homme abstrait (omine s'il était imnmable, tandis (pjc T. I. fl

l'homme est un être historique toujouis changeant par le fait du progrès.

Le sage doit donc étudier l'homme dans l'histoire, et uniquement au point de vue de son développement. De cette façon, et non autrement, il pourra être utile à l'humanité. En lui montrant sa destinée dans le passé, il lui indiquera sa destinée dans le présent. Mais pour cela, il faut d'abord que le spiritualisme soit un fait acquis. Prêchons le spiritualisme; le monde en a besoin. Enivrons notre génération de spiritualisme, pour lui faire une àme à la hauteur du travail que Dieu lui garde dans l'avenir. Ce travail sera immense, à en juger par l'immense rêve de l'Europe. Le rêve d'un siècle est un oracle.

Il y avait autrefois dans une tour un homme étrange : on le nommait le Vieux de la Montagne. Il avait trouvé le secret de rallier autour de lui la jeunesse de toutes les tribus, et de verser une force inconnue dans l'âme de cette jeunesse. Il l'enivrait de nous ne savons quel ferment. Il disait un mot, et un homme partait pour aller loin de là porter un destin. Il faisait un geste, et un homme sautait du haut de la tour au fond de l'abîme. Mais comme le Vieux de la Montagne n'avait pas d'idée à servir, il travaillait pour l'absurde , par la main du crime le plus souvent. Nous, au contraire, nous avons à servir la civilisation. Donnons à la jeunesse le breuvage sacré; mettons dans son cœur la fièvre de l'infini, pour lui apprendre à bien vivre et aussi à bien mourir.

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