‹ Heures du soir: livre des femmesChapitre 13 sur 14 · r- IM LlVilB DBS VBMMES · texte numérisé non relu

r- IM LlVilB DBS VBMMES

Serais , je crois, bieù malhetireuse^ si vous retombie£ daos les mémeségaremensqui. ;;

— Cela n'arrivera jamai»> jamais, Glé^ menée , surtout si vous daignez ne pas m'abandonner, si vous daignez m'aimer.

Mais 9 dites, dites, Clémence, tous ne pouvez concevoir , n*est - ce pâi, qu'oft puisse ôtre tiominé par uii sentiment plus fort que la vertu P vous ne eompk*enez-pàS^ vous , que Tamour puièse entraînei" à de grandes fautes ?

— -Jexonçois qu'onenpdisse mourir, té^ pondit-elle; mais vivre au sein du crifile me parsdt impos^ble%

Léonce soupira, et laissa toinber sa tête sur sa poitrine* Madame de Tercj, après avoir placé soniils eudormi sur un canapé, s'approcha de lui.

-— Je suis sûre que VOû^ souffrez , dit- ^e en attirant la tête de Léonce sur son épaule; je suis sûre que vous souffi^t , et beaucoup , mou cousin , car vous êtes bien

— VuaOUk. BILLA. — 413 '

pâle« Oh! moo Dittul ne me faites, pas payer trop cher la vie de monr fils !

liécmce ne répoodit pas ; mais il retint les mains de Glémenoe entre les siennes^ et ils demeurèrent ainsi en sUence. Le yent s'était élevé; on entêi^dait les flots battis s^T les murs du pavillon , et la solitude la plus absolue les environnait; Léonce ne se Fendait peut«étre pas entièrement compte des sentimens qui l^agitaient ; peut-être né s*avouait-']Jl pas les pensées coupables qui fermentaient dans son sein.. Cependant lorsque tin bruit de rames, parvint jusqu'à lui, et: que la vokc ^l'Edouard se fit en^ tendre , il v^>oussa doucement Clémeirce , et s'avafiça vers- M. de Tercy. ^

De retour à l'Isola bella 9 voici la lettre qu'il écrihrit la même nuit à un ami d'enfanoe qn 'il n'aimai I pas mieux qu'Edouard, mais à qui il avait toujours confié ses îm«pcesstotaj ks plus secrètes :

> «Tu; te plains de mon silence , Charles ,

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et ce n.'est pas sans raison. Gependant (quoique je pense souvent à toi et à notre déjà vieitte amitié j je ne trx>H¥e pas un moment pourt'écrire : je vis loin du nionde,et pourtant jamais ma vie ne fut plus occupée. Tu as dû recevoir de Buflfalorà une lettre où je t'apprenais mon duel et ises suites ; je te disais qu'il n'y avait aucun danger dans ma Uessure^ et-q[ue je partais pour me rendre à V Isola hellay dans la délicieuse habitation de ,mon cousin. Certes, je ne yeux ni t'ennuyer^ ni te. déplaire^ et je n'appuierai pas sur les émotions qui se pressent dans mon 4:œur depuis que je suis ici ; laisse-moi He dire, seulement que je ne conçois pas comment je me suis plu si long-temps dans une vie de plabirs faciles^ d'orgie et de débauche • Cependant n'attribue pas aux seuls conseils et à l'exempled'Ëdouard le changementqui s'est, opéré en moi. Charles y apprends que c'est à ce sexe qui m'a fait commettre tant ,de. fautes que je devrai. au; moins une fois de

la reconnaissance. Oui> c'est à l'ange qu'Edouard possède que je doi^ de connaître et de respecter les femmes; car, pour le repos et le bonheur demavie^ non je ne veux point croire que Clémence soit unique sur laterre.

Mon cousin est niarié depuissixansavecune jeune personne de Genève, dont l'éducation a été aussi brillante que solide. Mais qu'importé que Clémence dessine admirablement, qu'importe que sa voix soit charmante et qu'elle réunisse en elle tous les talens! c^est son âme qu'il faudrait pouvoir té peindre , c'est la pureté de son regard , de ce regard empreint d'une tendresse passionnée y que je n'ai vu qu'à elle; qu'à elle, ami, et qui oserait comparer ce regard à celui d'aucune autre? Qu'esfrce, d^aillejîrs , que cette, viyacité jouée ou cette douleur de commande que les femmes du monde mettent dans leurs yeux, comparés à ceux dé Clémence!

à ces yeux si tendres qui se remplissent de larmes quand elle parlé de son afféc-^

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ûùn pour son fils et de son attachement pour son marû Je dis de rattachement ^ car ce^ n'est pas de Pamont qn'eUe re&* sent ponr Edouard. Non, non ! il est impossible que je paisse me dire qne ce soit de la passion qu'elle ah pour lui.

» Clémence, av»t d'abord beaucoup de.

{Mrév^itian contre moi; mais son âme n*a pa long^temps conserver de la méfiance^ et une eûrGonstance , qui pouvait être funeste, m'assure des droits étemels à sa reconnaisr sance : je viens de sauver la vie de son fik ; cette action toute simple , tout autre l!eâ« faite à ma place ^ et pourtant Clémence m'en a témoigné une • reconnaissance si tendre , cpe, te l'avouerai-je; Charles, j'ai été xnéconteàt de moi en ea recevant reK;^ pression*- r \

» Nom étions seuls; ^e était presque dans mes* bras ; ma tète reposait snr son seÎB. La séduction de cette femme, ai beUie

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et si pure, cette séduction était si puissante, que j'ai failli tomber à ses pieds pour lui dire combien je l'aimais. Edpuard est arrivé, il m'a pressé sur sa poitrine, il m'a appelé vingt fois son meilleur ami, le sauveur de son fils. Je me suis alors souvenu de tout ce que je lui dois, et j'ai rougi d'avoir failli être ingrat. Cependant je ne puis retrouver le calme dont j'étais si heureux .

avant cet événement ^ le souvenir de Clémence m'agite, m'émeut; je pense , malgré moi , combien il y avait de passion dans sa reconnaissance; car elle en met dans son amitié , dans le bien qu'elle fait; elle en met dans ses prières. Eh bien ! j'aurai de la religion pour prier avec elle , pour prononcer les mêmes paroles, et peut-être pour être un jour près d'elle dans un monde meilleur... Charles, tu vois ce qu'a fait de moi une femme vertueuse. Mais combien je crains de n'en trouver jamais une qui:

lui soit comparable! Cependant rassure-

— LB LIVAB OB8 rBMMBS. —

toi^ cif jt 9ftU que ta peiisés en hopnéte bonmxie^ 4t que tu me jûgvmb cotnmt bîep oaupable si j'oiais caresser froideiiient la pensée <i*oâett9er Edouard ^ sealéméDt jkut de coupables déaûrsé Rassure^tol : tant qu»

jViimemi seul> je saurai garder. le silence; et 9i fétaîfi aimé !*.. mon cœur frémit de plaisir, à cQt^e seule supportions oui> Charles ) si j'étais aimé de Clénienee, je IQ0 brilileirais la oer.?eUe ^ ai je n'avais point le courage de la fuir. » ^

Depuis Taccident qui avait failli enlever Henri à sa mère , Tenfant était tombé malade ; Léonce lui-même s'était un peu ressenti de cet éyénement^ et rien ne saurait reiidre Pinfjuiétude Étales angoisses de Clémence durant ce temps. Edouard ue savait non plus de quelle es^pres^ipn se servir pour témoigner sa reconnaissance à Léonce ; une union chaque jour 4>lus intime régnait dans ce petit coin dp monde, et

ceux qui Phabitaient ne semblaient s'apercevoir ni de la solitude ^ ni du changement des saisons. Ordinairement M. et madame de Tercy passaient les hivers k Genève ; mais Edouard ayant dit qu'il quitterait avec peine les nouvelles plantations qu'il avait commencées 9 Clémence avait saisi avec empressement l'occasion de ne pas s'éloigner de Tlsola bella. Cependant Eldouard avait pressé Léonce d'aller passer quelques mois d'hiver à Milan; il lui avait parlé des brillantes fêtes qu'on don-* nait à l'armée française ; mais Léonce ne paraissait nullement pressé de quitter la dampagne ^ et jamais nul ennui , nul découragement lie se lisait sur son front.

Les manières de Clémence avec lui étaient remplies d'amitié et dé confiance ^ et après Edouard /l'objet de sa sollicitude la plus vive, c'était le sauveur de son fils. Aussi, avec quelle innocente joie elle se disait qu'il ny avait plus de rétour à craindre

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dans le chemin du vice, et qu'il était impossible que Léonce eût jamais été aussi coupable que le lui avait dit Edouard : Clémence en vint même à penser que celui-ci avait peut-être exagéré les torts de son cousin»

Les heures où ils étaient tous trois réunis s'écoulaient au sein de douces occupations ; • ïnais (juand Clémence et Léonce restaient seuls, la peinture et la musique élaient entièrement négligées : alors ils s'oubliaient dans ces causeries intimes on les âmes s'ouvrent sans effort et sans men* songe. Léonc(& ne parlait pas de ses erreurs passées : il avait trop de respect pour madame de Tercj : mais il lui répétait sads cesse qu'il n'avait été si coupable, que parce quHl n'avait jamais rien aimé; mais il lui peignait avec feu comment devrait être la femme qui pourrait lui inspirer un véritable amour, et toujours cette femme avait les vertus et les grâces de Glémence-t

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Sans doute Léonce n'avait paa la pensée de séduire la femme de son ami; mais il liH fiemMait que oe n'était point nn crime d'en faire son idole , et il croyait to aimant Clémence n'aimer c[ue la vertu :

enfin , la vie à Tun et à l'autre leur semblait si douce^ que jamais ils ne s'étuent trouvés si heureux.

L'hiver s'était ainsi rapidement écoulé* Depuis que la belle saison était revenue y Edouard les quittât plus souvent encore > pour s'occup0r de ses travaux champêtres.

Alors Clémence et Léonce refirirent de longues excursions qu'ils pi*ok>ngeaieRt chaque fois davantage. Un four ils étaient sortis pair une charmante et fratche matinée; jamais la nature n'avait été plus riante^ plus en rapport avec leur» pensées. Clémence marchait doucement appuyée sur le lx*as de Léonce^ qui lui répétait pour la cen*tième fois peut-être combien il était heureux auprès d'elle, quand ils aperçurent

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une voiture roulant sur la grande route.

Ils n'y firent attention que lorsqu'ils lui virent pren<jbre l'allée d'orangers qui conduisait directement chez madame de Tercy^

— C'est peut-être votre père, dit Léonce.

— Non, répondit Olémence avec inquiétude ; j*ai reçu une lettre de lui il y a deux jours, et il m'annonce sa visite pour

n de Tête. D'ailleurs, ce n'est pas sa voiture.

Alors ils se regardèrent arec di6couragement; car un pressentiment qu'ils ne pouvaient s'expliquer , leur apprenait que ceux qui venaient troubler leur solitude , troubleraient aussi leur bonheur.

— Ne titrons pas eneére , dit Léonce en entraînant doucement démence; nous verrons ces étrangers assez tôt.

Mais ils ne putent exécuter ce j^rojet ,

car ils virent lé jar4inier se diriger vers eux*

— Qu'y a-t-il, Dorso? dit Clémence «vec inquiétude.

— Rien que d'agréable, madame, je pense; une j.eune'dame et un vieillard que je crois son père , viennent d'arriver à la

maison , et Monsieur m'envoie prier mon-

sieur Léonce de rentrer tout de suite».

— ie vous suis , répondit celui-ci en faisant signe au jardinier de les quitter* Clémence , ne voulez-vous pas de mon bras pour rétourner ?

— Non , dit-elle avec une expression qui le frappa. Mais quittez -moi, Léonce ; sans dpute vous êtes pressé de voir ces étrangers; sans doute vous connaissez cette jeune dame.

-T- Je crains de deviner qui elle est, répondit-â avec enibarras : mais, Clémence, vous ne pouvez rester seule ; venez.

— Laissez-moi , dit - elle avec une sorle

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d'impatieDcè ., laissea-moi ; et elle se mit à fuir.

Léonce s'éloigna . lentement d'abord ; mais apercevant Edouard qui du perron de la maison lui faisait signe , il hâta le pas.

Madame de Tercy avait d'abord mtfché rapidement ; ' inais bientôt elie fut forcée de s^arréter : son cœur battait avec une violence qu'elle ne pouvait comprimer ; elle sentait sa poitrine oppressée sous une douleur cruelle et inexplicable.

Ce qu^elle éprouvait , elle ne le compre* nait pas ; un voile épais était encore sur ses Jeux y hélâsl il devait en âe déchirant, livrer son âme si pure aux remords et au désespoir.

De la place oii s'était arrêtée Clémence, elle découvrait le toit de sa maison , de sa maison où se paissait sans doute quelque .évjénemeut qui allait * déranger sa vie si heureuse. Cette jeune personne, qui pouvait-elle être?... sans doute qtielque femme

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