PAR
MADEMOISELLE S. U. DUDREZÈNE.
Quoique les personnages soient Allemands, et que la scène se passe en Allemagne, cette Esquisse n*est ni une traduttion ni une imitation de rallemand.
Lé premier bieo , c'i^t r«mltJ^ d'une femme.
Madame de Sta.el.
. Dàusuo petit siAoïr iaiblêmeat édaké pariuoe Idmpe d'albâtre, lé jeune comte Léopoldde Waldbourg, assis auprès d'une feaétre ouverte^ s'abandonnait sans com tramte à; des rêveries qui doimaieif à ses beaux! truts bue expression sérieuse et réflécbiie. Devant lui, le paysage couvert de
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neige s'étendait à perte de vue ; les rayons de la lune qui se levait en ce moment, répandaient sur tous les objets, une teinte vaporeuse et bleuâtre. Mais les yeux du comte regardaient » sans le voir, ce tableau magique; son oreille entendait, sans Técouter, le son lointain des instruméns qui faisaient retentir les voûtes du palais , où s'agitait la Foule nombreuse des courtisans, des danseurs, des danseuses.: tous étaient accourus avec empressement pour prendre part aux fêtes que le prince régnant offrait à sa nouvelle épouse.
Léopold avait fui ces salons où brillaient la jeunesse, le luxe, la beauté : il était venu en ce lieu chercher le silence et la solitude , car la solitude et le silence coq* venaient mieux à son humeur sauvage que le tumulte et les fêtes. Combien de fois déjà il hii était arrivé de se lasser promptement des plaisirs du grand monde ! de ces plaisirs qui n'offraient aucune jouissance
— UNE AHTIStE. — 93
réelle à son âme ardente ! Et cependant le comte de Waldbourg semblait être fait pour ce monde dont il se voyait envié, admiré, et qu'il ne pouvait aimer é Agé de vingt-cinq ans à peine, beau, bien fait, spirituel et riche , on voyait réuni en lui tout ce qui donne ou promet le bonheur ; et il n'était pas heureu3t , et il n'avait pas mênae l'espoir de le devenir jamais.
Doué d'une de ces imaginations actives, d'une de ces âmes de feu sur lesquelles la raison a peu d'empire , Léopold avait senti de bonne heure le vide de tout ce que les hommes prisent le plus sur la terre. Faisant peu de cas de ces vains hochets qui excitent leurs désirs ou leur ambition., il ne demandait, il ne voulait- qu'une félicité douce et paisible, qu'une existence ignorée , uniforme ; et personne peut-être moins que lui n'était né pour goûter ce repos qu'ilsouhaitait de tous ses voeux. Il
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le sentait , il se lé disait. Alors quittant sa retraite embellie par rétôde et par les arts> il revenait demander a.n monde de ces émotions fortes ^ de ces tourmens même qui font sentir l'existence^ et la remplissent en la bouleversant : mais de petites intrigues de COUT; mais de passagères amours, mais toutes ces misères dont se compose la vie auprès des princes, pouvaient-elles Toccuper long-temps ? Bientôt fatigué dès autres et de lui-même y Léùpold retournait vers sescbamps, sans pouvoir trouver dans une existence monotone la félicité que son âme rêvait en vain et cherchait inutilement partout.
Depuis quelques mois cependant un sentiment tout nouveau animait, pour le jeune comte, la vie de la cour, qui convenait si peu à son caractère. Il se montrait à toutes les fêtes , et il n'eût tenu qu'à lui de se vanter des plus brillantes conquêtes ; mais , dans cet essaim de jeunes beau-
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tés dont U priDcesse s'eatoiirait , Léopold ne YOjait qu'une seule femme; et conome lui , cette femme &^dti% tous les regards :
c'était la jeune et bellci Herminie ^ baronne de Muhldorf •
Veuve depuis deux ans d'un vieillard octogénaire^ que sa famille lui avait donné pour époux à sa sortie du couvent, Hermînie était venue se fixer à la résidence , bien décidée à jouir de tous les plaisirs dé ce monde qu'elle aimait et qu'elle devait aimer^ puisque sa beauté ^ son rang, ses richesses, lui assuraient les hommages jQiatt^urs. dont la fouje entoure ceux que la nature et la fortune ont généreusement dotés.
Herminie avait vingt ans : sous un air de candèury elle cachait le cœur froid et sec d*une coquette. Personne ne possédait plus cpi'elle l'art dlnspirer des sentimens qu'elle ne pouvait partager, et l'art plus perfide encore de les nourrir , de les exalter par
9f» -r LE LIYBE DES- FEMMES. -^
les marques d'une sessibilité qui n^était qu'apparente.
: Léopold se flattait parfois^ de parvenir à toucher la belle âme cachée sous une si belle^ enveloppe ; maïs parfois aussi , irrité de sa coquetterie, il Tobservait à Técart, ou bien, le cœur rempli d'indignation et d'amertume , il fuyait le théâtre de ses triomphes et de sa vanité •
Ce soir-là, ce soir-là même, Herminie avait pris plaisir à le désoler par des marques de froideur, par des distractions affectées, et par les sourires eucourageans accordés à un prince étranger, que beaucoup d'avantages extérieurs distinguaient entre ses nombreux rivaux. Dévoré de jalousie , Léopold s'était éloigné ; il avait traversé les salons, les galeries remplies de monde, et il était arrivé dan$ ce lieu écarté, 6ù le poursuivaient encore tant de souvenirs amers. Long-temps il s'y était promené avec agitation , et sans pouvoir Se rendre
maître de ses pensées. Sa tête était en feu.
Ouvrant brusquement une fenêtre , il était resté quelques instans immobile ^ aspirant avec ardeur l'air glacial de la nuit; enfin, épuisé par la violence de tant d'émotions , il venait de se jeter sur un siège , perdu dans une rêverie vague , mais douloureuse.
— De Waldbourg ! dit une voix.
Léopold se lève comine en sursaut , et
soudain il se jette dans les bras du colonel Holz , son ami , son meilleur ami : il Tétreint avec force contre sa poitrine.
— Qu'as - tu donc ? demande le colonel surpris. Comment! des larmes sur tes joues!
—Oui, je pleure! dit le jeune bomme, qui se détourne vivement. Oui, je pleure de douleur et de rage !
Il s'assied, et se couvre la figure de ses deux mains.
De Holz attire un siège près du sien , et s'appujant sur son épaule : — Âh çà , dit^
il , m'expliqueras^tu cette folie ? (ls(-ce tps^ tu devieBs y comme nos jolies femmes^ sujet aux vapeurs?,.. De Waldbourg! réponds-moi. .. réponds-moi donc!
Mais Léopold garde le silence. Il a honte de s'être laissé aller à la vivacité de son émotion.
Le colonel se croise les bras sur la poitrine y et le regarde avec l'expression de l'étonnenient.
— Que diable as-tu? dit>-il encore impatiemment. Le prince te fait chercher partout ; la belle baronne ûe veut danser l'allemande qu'avec toi...
— Herminie ! Herminie me demande!...
s'écrie Léopold en se levant de nouveau.
De Holz éclate de rire y et dit : — J'ai donc touché la corde sensible !
Léopold va et vient à grands pas.
— Ecoute , dit-il en s'arrétant devant son ami; écoute , Ernest^ cesse tes expériences y tes railleries. J'aime pour la {n*e-
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îiiière fois de ma vie!... j'aime avec passion , avec délire ! . . .
— Oh ! voila du tragique ! . . . Mon pauvre ami y je te plains !
— • Tu me plains?... Oui, tu as îaison.
— Certainement , j'ai raison. Gomment diable vas-tu t'attacher à la femme la moins faite pour te rendre heureux !
— Choisit-on?
— Toi qui détestes le monde , toi qui fait fi de satan et- de ses pompes^ toi , de Waldbourg . . • . encore une fois , je te plains ! voyons, parlons raison.
Mais en ce moment moins que jamais le jeune comte pouvait prêter l'oreille à la voix de la raison . Le colonel de Holz , en voulant mal à propos opposer une digue au torrent gonflé par l'orage et prêt à déborder, perdit en un instant le doux empire qu'il tenait de l'amitié; et ces deux amis , unis depuis l'enfance par l'amitié la
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plus tendre^ se quittèrent exaspérés Tun contre Tautre,
— Le fou ! disait le colonel , en s'en retournant vers les salles de danse : qu'il se brûle la cervelle ou qu'il se coupe la gorge avec moi, ce sera comme il lui plaira, mais je n'en soutiendrai pas moins que son Herminie est une franche coquette^ qui ne mérite pas Tamour sincère d'un honnête homme !
— Gomment ! pas une âme qui me comprenne ! disait dé son côté Léopold, marchant à grands pas dans les rues reÀiplies de neige, et ne sentant ni le froid ni la bise qui soufflait avec furie. Elle y elle non plus!... et lui... lui que je croyais mon ami, il me voit dans la douleur , et il me raille!... au lieu de verser quelque baume sur ma blessure , il l'envenime , ou bien il y plonge un fer brûlant!... La raison !...
Oui, je suis en délire !... Mais est - ce là le moment de vouloir me faire entendre le
— UP|E ARTISTE. — ÏOl
langage de la raison !... et Ton appelle cela de ramitié!... que ferait donc la méchanceté ou la haine !... Des railleries , des duretés !.•• Pas une âme qui me comprenne!
Et Lëopold parcourait toute la ville ^ sans songer à s'arrêter. Enveloppé dans son manteau, il marchait ^ marchait... bientôt il se trouva dans la campagne ; la nuit était presque passée^ mais le jour n'était pas encore près de paraître.
Un léger crépuscule succédait à peine à l'obscurité , quand le jeune comte rentra chez lui^ accablé de fatigue et glacé par le froid. Ses gens inquiet^, étaient revenus à son hôtel y après l'avoir inutilement cherché dans la ville. Sombre et silencieux y il parut ne pas les voir et alla s'enfermer dans son cabinet.
Qu'ils sont cruels les premiers orages de l'amour ! mais aussi combien promptement ils passent! avec quelle facilité l'espoir renaît ! comme à l'ivresse de la douleur
les — I^B LIVRB vas FEMMES. --
succède ceile Ju plaisir! Un message de là beUelMffoaDeyqui faisait prier le c€»nte dese rendre chez elle dans la matinée^ snfiilipour renverser tontes les résolntions qu'il avait formées de la fuir pour tqu jours ; et après l'avoir revue ^ il la quitta plu» amoureux > €'est^.dire plus fou , plus extravagant que jamais ; toutes les douleurs de la nuit précédente n'étaient maintenant qu'un songe pénible presque effacé.
— Eh bien ! et mon tableau , quand Tau-
rais-je ? dit le chanj^ellan de Wolf en barrant le passage au jeune comté. Celui-ci fit un pas en ^B^rière et régarda le chambellan d'un air étonné.
— Ah ! c'est vous , monsieur dé Wô!f , dit -iil avec un peu de cônftjsioin, Pardbn..; j'étais préoccupé... je vais à l'instant chez mademoiselle Wilhelmine;
— Vops m'obligerez , mon cher conrlé :
je ne vous fais point d'excuse d'abuser ainsi de votre complaisance; mais vous savez
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que J6 n'enlen<)s rien aux scrts, et encore moins aux artistes. '
Léopold sourit. Après s'ôtre dit <]uelques mots au âujet de la fête de la veiUe, on se sépara, et le comte de Waldbourg se rendit seul chea( Wilhelmii^e^
Grâces à ses soins ^ eÛe vçnait d'étrç nommée premier peintre de la coun Sans la connaître beaucoup, Léopold, sur la recommandation de quelques artistes^ s'était intéressé à elle ; il allait de temps en temps la voir dans son ateiielr. L'esprit de Wilhélmine^ qu'on appelait habituellement
Minna y lui plaisait par son originalité : il aimait sa franchise, sa vivacité ^ sa brusquerie même; car cette brusquerie était adoucie par une extrême bonté.
—Ah! quels beaux plis forme votre manteau ! s'écria Minna , en voyant paraître le comte. Qlii vous a donc ainsi drapé?
— Le hasard, répondit Léopold en souriant.
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— Attendez. ••• ne bougez pas^ je vous en prie.... Laissez-moi vous regarder un peu. ••.. avancez le pied droit, s'il vous plaît. .M C'est cela!... Voulez^vous poser un Hiomept?
— Comment! vous voulez que je vous serve de modèle?
— Pourquoi non ? Je ne vous demande que quelques minutes.... C'eist qu'en vérité les plis de ce manteau sont d'un effet!....
Et Minna, jetant de côté ses pinceaux, sa palette, prit un crayon , du papier, et se mit à faire un croquis, tout en disant:
— Pardon, monsieur le comte.... mais j'avais justement besoin d'une draperie.... et hier je n'ai pu réussir à l'arranger sur le mannequin comme la voilà... • comme je la veux.... comme je la vois en cet instant.
Le copite., se soumettant de bonne grâce à la fantaisie de Minna, la regardait plus attentivement qu'il ne l'avait fait jusqu'a-
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lors , et , pour la première fols , il s*étonoait qu'on pût trouver laide cette figure animée , que la toilette ne relevait pas cependant.
Un.foulard était bizarrement entortillé dans les cheveux noirs de Minnâ ^ entremêlés de beaucoup de cheveui blancs; car elle n'était plus jeune ^ et^ quelle qu'en pût être la cause y sa chevelure avait blanchi bien avant l'âge. Ses yeux> également hoirs ^ étaient fort beaux; ses traits n'avaient point de régularité ; aucun incarnat n'aniniait ses joues creuses^ et cependant jdus on regardait cette physionomie expressive, plus on y découvrait d'agrémens. Mûma était grande, élancée ; sa taille avait encore de la souplesse et de la grâce; mais eUe paraissait se mettre peu en peine des avantages extérieurs que lé temps avait respectés; et;sans que rien anponçât chez elle cet abandon , ce désordre surtout trop commun parmi les artistes , il y avait dans toute sa manière de s'habiller une négligence , un laisser-
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ail» qui prouvaient qo'ëUe s'occupait fort peu d*eUe-4néme.
— £h bieu! me rbilà peintre de leurs alteissès, dit Mitina, qui dessinait toujours ; et je vous le dois , monsieur le comt^
— Yous,ne devez rien qu'à vbtre talent^ uiademdiselle'.
— Oh! le talent sans protection ^ sans appui, ne sert pas à grand'ohose ; je le sais par èrpérience. Mais je frémis quand j^ songe à toutes les laides figures que je vais avoir à pourtraire.... Il y en a qui font la désolation des artistes.
— Je le crois; mais il j en à aussi*.. *•>
— Sans doute ; la vôtre par exemple.
Une vive rougeur colora les jou«s dq
comte : il n'avait pas encore perdu Fliabi^ tude de rougir. .
-^ Je vous parle en artiste , reprit Minna avec un sourire ; et d'ailleurs je ne sois assurément pas lapremiëreà vousap[M«ndre que vous avez une figure très remarquable.
G'e$t ua ayootage tout coname un wtre.
Il y eut un moment de silence ; Minna le rompit la première .
-r-Duns le temp$ ou j*ai commencé, à peindtre le pdrtrait^ ^îtr-elle avec gaîlé^ il m'ost arrÎTé bien des fois de sentir un yif désir dé tirer de mes modeler dès caricà** tures. Lé crayon , comme la plnme , est une arme redoutable.. •• pour le ridicule surtout, •••mais je crois qu'une caricature- est plus à craindre qu'une satirco.» Ge Iqui parle aux yeux , porté coup.
— Avez- vous cédé quelquefois à ce désir?
— : Mais oui) il est bien peu dege.u$qi,ii ue prêtent pas au ridicule.
— T' fe s^tai^ curieux àe me yoiy çarwaiur^ par vous.
Minna regarda le comte quelques instans d'un air sérieux y réfléchi. Ge regard lui causa une émotion si vive y qu'il sentit
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les battemens de son cœur devenir plus fréquens. Minna se remit à dessiner.
— Il est ; dit-elle , trois classes de personnes qui n'ont rien à craindre de mes pinceaux : celles à qui je dois de la reconnaissance^ mes amis , et les gens que je n'aime point , ou dont j'ai à me plaindre.
Quant aux indi£férens et aux so ts^ c'est auà*e chose , et je ne me fais pas scrupule de m'efa amuser^ si l'occasion s'en présente. . • Mais à propos , c'est un singulier personnage que M. le chambellan de Wolf !
— Gomment cela ?
— Gomment ?••• J'ai perdu hier deux bonnes heures à essayer de lui fairef entendre raison sxjlvV Oljmpe qu'il veut que je mette pour fond à son tableau. Ah ! des tableaux de commande ! . . Gela tue le génie ! . Et puis , toujours la vertu ou le vice , l'amour ^ la beauté^ personnifiés sous les traits des dieux de la mythologie!... G'est un
honnête homme que M. de Wolf^ mais il n'entend rien aux arts*
— Ni aux artistes ! s*écria le cointe en riant. Il le reconnaît lui-même y et je viens aujourd'hui" à titre d'envoyé , d'ambassadeur, de ministre plénipotentiaire, chargé de vous mettre d'accord tous les deux.
— En ce cas , reprit Mînna , je vous prierai de commencer par lui faire comprendre que montrer l'homme soutenu jusqu'au tombeau par V espérance , est une idée rebattue ; que vouloir l'encourager par la vue lointaine d'un ciel ouvert , de rOljmpe, en un mot, n'a pas le sens commun....
— Voilà un joli message î dit Léopold avec gaîté.
— Les gens qui paient ^ poursuivit Minna, ont des prétentions inimaginables!. Comte, dites-moi donc pourquoi la fortune échoit presque toujours en partage aux sots ?
1 10 --LE LIVBB BM» FXMME8. —
— C'est en dédoininagemeat^ sans doute, de leur sottise.
— Ce monde est quelque chose de bien bizarre ! J*y songe quelquefois , souvent même , tout en travaillant , et il me semble qu'on aurait pu arranger les choses différemment. Si vous saviez que d'idées se croisent dans cette tête !
— Je le crois , dit le comte, en «'approchant de Minna ; et il s'assit à ses côtés.
Ne voudriez-vous pas m'en communiquer quelques-unes ?
— Je le ferais volontiers si j'étais sûre qu'elles pussent intéresser un homme de votre âge , emporté dans le tourbillon du grand monde , et qui a peu de momens à donner à la réflexion.
— C'est ce qui vous trompe, mademoiselle ; je réfléchis beaucoup au contraire, trop peut-être pour mon repos.
Minna leva brusquement la tête, et fixant les yeux sur le comte , elle dît : p^ous ré/Ié*
— , UWK ARTISTE. — 111
chUsez trop pour votre trepos ! . . • Mais la réflexion n*est pénible qu'à ceux que le mtalheur poursuit.
-^A c0iix-là seulement? demanda le çopite.
— Elle Test encore à ceux qui ont une uiau v^ise: conscience,
— Est-ce tout? Faut-il donc être poui»suivi par l'iniortune ou bourrelé par une x]^9^yaise conscience ^ pour trouver la réflexion pénible ou importune? n*èst-il pas euQore des gen^ qui. portent en euxuîémes une source de |)eines amèhe^ que la réflexioii rend inépuisable ?
— Je vous comprends , ditMinna vivemi^ntf et s'il en estains^^ je vous plains! Oui, je vous plaint si vous avez une dé ces âmes qui cherchent; vainement sui* la terre une âme semblable à elle^ ; une dé ces âmes dont le laoga^ n'est point entendu du vulgaire ; une dé ces âmes qui font qu'au milieu des hommes , on se sent dans un
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isc^ement p^us grand que dans la solitude.
Léopold saisit la main de Minna et la pressa légèrement; tous deux baissèrent lesyeux en même temps, et quelques instans ils gardèrent le silence.
Minna soudain, retirant sa main que le comte tenait encore , reprit ses pinceaux, sa palette^ et se mit à travailler. Il y avait en elle quelque chose qui annonçait une agitation intérieure fort vive.
Léopold la regardait et rêvait tristement.
Il allait essayer de renouer l'entretien, lorsque la porte de Tatelier s'ouvrit , et une femme âgée , à la figure fausse et pateline , entra, en faisant au comte une profonde révérence. C'était madame Gantz , la mère adoptive de Minna. Il se leva , lui rendit poliment le salut , et se retira, en annonçant qu'il reviendrait le jour suivant.
Plus d'une fois dans la journée Léopold se rappela la conversation du matin; il trou-
— UNE AUTISTE. — 113
vait dans les derniers mots surtout qu'a^ vait dits Minna , puis dans le silence qui avait succédé; plus d^un sujet de réflexion, et il sentait s'augmenter, avec une promptitude , avec une vivacité singulière , Tintérêt que , dès le premier abord , cette artiste lui avait inspiré : il s'étonnait même de n'avoir pas deviné plus tôt que ce n'était point une femme ordinaire :
Léopolden était certain maintenant, et il éprouvait une sorte d'impatience d'arriver au lendemain.
Le lendemain cependant , puis bien des jours encore se passèrent sans que le comte reparût chez madame Gantz : Herminie l'occupait tout entier ; il était dans l'enivrement de Tamour heureux. La belle baronne , sans cesser d'être coquette , savait pourtant entretenir sa sécurité , et il commençait à se croire aiihé autant qu'il aimaitr
Afin de plaire à Herminie , Léopold employait sa vie , comme elle employait
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la sienne^ à tuer le temps jlar mille amusemens frivoles : il devenait expert dans Fart difficile de la toilette; il se tenait au courant des modes nouvelles y et faisait éiibir à sa maison , à ses équipages tous les chan> gemens dictés par le caprice de la souveraine de ses pensées : un sourire >. d'ellç payait au centuple tout Ténnuiqu^il endurait dans ces réunions nombreuses où elle l'entraînait malgré lui.
Mais; de retour dans sa demedre^ Léopold sentait au fond du cœur un vide que rien ne pouvait remplir, et souvent il se disait avec découragement : Ëti vain je cherche à m'abûser..* Non, je ne suis pas
heureux et pourtant elle m*aime !
bonheur! je suis aimé d'elle!
Il soupirait : telle n'était point la fiéheité que lui avait semblé promettras l'amour.
Toujours il avait rêvé cette union de deux âmes qui n'oîit qu'une seule manière de sentir, qu'une même pensée , qu'un même désir;
toujours il ftyait regaârdé l'amour comme u& sentiment fapit pour élever l'homme y pour développer là passion des grandes choses ^ pour stimuler le besoin de se distinguer, et d'acquérir une renommée dans lesanpnes^ les sciences , ou les lettres ; et en songeant au point d'où il était parti , en voyant celui où il était arrivé , une rougeur brûlante couvrait son front» Qu'était-il maintenant^ lui pour qui la nature et l'éducation avaient tant fait?
Ernest a raison ^ disait41 alors ; elle me perd!... L'ankour^ au lieu de m'étever au-^ dessus de moi-même^ Eût de moi. un faible enfant , jouet d'une femme frivole !
Léoppid^ nç pouvant se fuir lui-même ^ fuyait son ami y le çoloml :<le Holz , parce que cet ami ^çp sincère ne voyait p^ Herminie avec les yeupsid'u^n amante et montrait pour elle une sévérité dont le jeune comte se sentait blessa •
Dans l'isolement où il se trouvait^ Léo-
fit — LE LIVRE DES FEMMES. --
pold Avait éprouvé plus d'une fois le désir de îetoumèr chez Minna ; il lui semblait que là il trouverait quelque allégement au poids qui pesait continuellement sur son cœur ; qu'il goûterait près d'elle le plaisir d'être entendu, plaisir que si souvent il avait t*èvé sans le connaître^ maiâ une fausse honte le retenait. Enfin se décidant à braver des reproches qu'il sentait être mérités , uîi matin il se rendit à la nouvelle demeure du premier peintre àeheuTS Altesses.
Minna logeait maintenant au palais , et chaque jour les courtisans faisaient antichambre chez celle qui-jouissaît des bonnes grâces du prince et de la princesse.
Un aimable sourire accueillit Léôpold.
^ — Comte , dit Minna , en lui tendant la main y soyez le bien-venu ! mille fois le bienvenu 1 J'ai craint d'abord d'être oubliée ; puis je me suis imaginé que vous dédaigniez de venir jouir de votre ouvrage ; c'est vous dire combien votre abandon m'a fait de
peiae.é.ir Mais vous voilà, et je vous remereie de cette marque de souvenir.
L'affection la plus vraie brillait dans les regards , dans toute la contenance de Minna^ et le jeune comte se sçntit touché jusqu'au fond du cœur. Pressant sur ses lèvres la main qu'il tenait encore , il ne songea point à s'excuser : il sentait n^en avoir pas besoin et. que sa négligence était pardonnée.
Minna voulut qu'il visitât avec elIeTap* partement que le prince lui avait fait don*ner. Partout régnaient le bon goût et la simplicité.
— Mais c'est ici surtoiit que je suis heu* reuse! dit-elle en entrant dans son atelîer> Gomlè., j^ n'ai aucun moyçn de vous témoigner ma reconnaissance....
—rr Mademoiselle , au nom du ciel, ne parlez pas ainsi : vous ne me devez rien.
— Je vous dois, monsieur le comte, un sort assuré ; je vous dois un avenir paisible qui me laisse 1^ possibilité de vivre désor-
«nais à mseguise, sans av'Oir à m'ioquiéli^ <Iu lendemaÎD y sans ;âv)Qir à me sooiâf^tre aux eii^iiiœs sam nombre de ees gens à q^ d'cHT semble dosmier fe dn>it d'IiuBÙliw quiconque vît du miuce^odmtdb sanJtaient. . »
£t vous ne voulez pas c^e je .le trente y que ;je lé dise, que je bénisse le nom de mon bienfaiteur^ que je pense à lui avec affection et gratitude? Vous prétendez m'ôter le plaisir de vous aimer et de vous offrir qui^queifois de faibles ténaoig^a^es de mon azmtié? Ah ! bissez au contraire à la pauvre Minna la satisfaction de vous faireconnaitre le qhàrme qu'il y a dans Famitié d'une femme ! dans uiie amitié vraie , désintéressée!... PardQh; je vous offeûse peut-être; votre rang
— Ah. ! mademoiselle , pouvez -vous me juger assez mal,..
— J'ai tort, je l'avoue- Eh bien! soyez donc l'ami de Mimia , comme elle est votre amie ; et dites-vous bi^i que si jamais le
T- Vtifi AAXISTC. ~ 119
modde pbflvait vous méconnaître , voUs accuser pf?at-être , il est du moias sur la terre quelqu'un qtii saura toujours^ iio^s cowprèndre!
Cette allusion à leur précédent entretien émut Léopolid; et il s*écria vivement :— Oui j soye? ma sœur^ sptdn amie ! Faites^moi goûter les plaisirs purs et doux de cette amitié, vraie ; dont chacun parle..» et qu'on cherebe. vainement en tout lieu* Oui, soyez mion ami^ , ma soeur !
— Je le serai! répondit Minna , en appuyant sa main sur son cœur, et en levant ses beaux yeux vers le ciel, comme pour le prepdre à témoin de cet engagement.
Soin mai^ntien était ean ce moment si noble et $i imposant , qiie Léopold se sentit pénétré d'admiration et de respect, mais en même temps d'une affection profonde et tendre , toute nouvelle pour lui.
— Pourquoi, dit-il après un moment de ëlence, pourquoi ne vous voit-on jamais
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prendre part atix amusemens que le prince se plaît à rassembler autour de notre souveraine? Il aime les arts, il honore ceux qui les cultivent : je sais que vous avez été invitée jdusieurs fois. . .
— Vous me demandez pourquoi je ne me montre pas dans le monde! s'écria vivement Minna* Eh bien! moi, je vous demanderai' comment vous y pouvez aller sans cesse , après avoir joui des délices que peut offî*ir la solitude à un esprit cultivé ou à une âme ardente ?
Le comte baissa les jeux et ne répon-dit pas.
— Le monde n^est point fait pour moi , et je ne suis pas faite pour le monde , ajouta Minna, sans paraître remarquer son embarras. J'étais bien' jeune encore lorsqu'il s'est montré à mes yeux dans sa pitoyable nudité, dans sa misère, et avec ses vices honteux. Afin de ne pas haïr les hommes, j'ai dû éviter de me ti:ouver ^n
rapport avec eux. Les fuir à jamais ne m'était pas possiMe^ puisque mon existence et celle d'une autre dépendaient de mes travat3x«.. J'ai voulu quelquefois essayer de les faire rougir de leur bassesse.*. Une expérience amère est venue 91'ap-* prendre que prétendre corriger l'espèce humaine^ c'est folie; que se chagriner de ses travers , que se révolter de ses vices , c'était encore folie : j'ai senti, ou plutôt j'ai compris que la haïr, c'était injustice, et que le plus sage parti à prendre ,. c'était enfin de vivre au milieu d'elle en lui fermant son cœur, en évitant à Is^fois de la haïr et de Faimer. Haïr fait bien du mal, quand on est né pour aimer ; aimer fait encore bien du mal... car le retour qu'on obtient est si faible : . . et si passager !
Minna se tut : ses traits avaient pris l'expression de la tristesse, et l'agitation de son sein faisait deviner que des souvenirs pénibles venaient en foule l'asÀaiUir^
]22 — LE LIVRB DBS FBIIMES. —
-^ Oui; répéta Lëapold; aimeF fait kΣD du «aal , car le reidur qu'oui obtieht eét si faible^ • . U n'dsr pas acheter;
Suvioontant soii éniotiOQ , Minna dé^ tauiaaa l'eotretieh. Elle montra au cmnte qtpelquesesquiâses, quelques tabléaiixjébau* ches; et lui paiia de {^usiéurs cotnpositioQs dbnt elle comptait s'occupeir par la âuite^
Léopeld récoutait avec mn plaisir qui se p'digiE^it daii$ toute sa coàtenance.Il dé-* couvrait ai elle une iéstructiôm solide, étendue , lin esprit fin j observateur jet justes ilidécoû vrait surlout iuoue hdU.e Âme qui uni$^ sait à oèèfle ésâltatiôa ^ que Jfârraêede partar ^eak , la pliis Jtduobàht& bonté. Le jeune éomte .devinait ipie Minna avait &a beau-* Qoùpà ^e filaiEidm du sort .et des liiâostmes , qu'elle amil été malheuréd&e , et que cette bonté rare dont elle était douée ^ avait pu sëdb l'iemi^êblier de.ia^ndre douleur pour ilouleur; qua «tte btimté éeule avait pu entretenir ee se&tîoieht de l»enveiHafice et
-^ VMW dUlTJKtE. •— 12a
d'indulgeHce pour autrui , qui perçait dans ses moindres discours.
— J^ai honte^ loidit-il^ en voyant comme V013IS savez remplir vos loisirs > d'avoir abandonné l'ëtiidede la peinture^ dans laquelle l'avais fait pourtant des progrès as*sez rapides. Vous raaiimez en âioi le goAt •de cet art qui occupe si doucemetit la vie.
SivOMslevoidiez, Minna^ j'apprendrais de vous les principes dé la composition.
— Cela ne s'apprend pas , répondit Mîfiàa aveeun soarire. Sans doute il existe de^rè^es dont il >est sage de ne point s'é^ Càtïer; mab quieonque est né peintre^ en aie sentiment, la conscienùe^ et les sait presque sans les^avoir apprises. Les artistes^ les gens de. Let^es acquièrent assurément par le travail et réiaide; mais en etadc esl un
sens ;que lîe possèdent point ce\x% qui croieirt que le talent se clonne. Les pas-
sionsmirtout font les peintres et les poètes.
Pour avoir des passions; il faut posséder
124 — LK L'ItmE «ES FKMIIBS. —
une âmey et c'est dans les beau%-artS; dans les belles-lettres, qu'une a/w^ est nécessaire; celui qui s'en trouve dépourvu, ne fera jamais qu'un copiste ou qu'un plagiaire.. • Mais les Dieux ne nous ont rien donné'i ils nous ont tout vendu , a dit un Ancien. Rien n'est plus vrai ; et je l'ai trop sentie , cette vérité cruelle ! Il est scMrti de mon pinceau quetlques tableaux qui m'ont valu des suffrages fJLalteuTs^^.^atteursK..
Hçlas! rien alors ne pouvait me ^at^ ter !.K. Ces tableaux. • . Us étaient les fruits du désordre de laon âme... Je ne pouvais y porter les yeux , sans la sentir déchirée par mille et mille serpens... Je n'avais point fait passer ;sur la toile la pein-ture des septimens qui me bouleversaient. ... Mais ces compositions étaient empreintes de quelque chose de sauvage et d'âpre, qui saisissait et retenait les spectateurs. La foule se pressait devant ces tableaux ; je voyais tous les yeUX' se mouiller. •. et les
—' IWB ARTISTE. ^ 125
miens restaient secs!.... J'aurais voulu conserver ces souvenirs d'une époque où j'ai connu tout ce que le ciel peut offrir de délices, tout ce que l'enfer peut renfermer de supplices... Mais la misère m'enveloppait de toutes parts... Il fallut les vendre /
Minna s'arrêta : sa respiration était précipitée; elle^ tremblait... Léopold prit sa maia, et la pressa doucement entre lessiennés. Minna répondit légèrement à cette douce pression, et , souriant avec bonté , elle dit : Je vous parie de moi... Que voulez-vous ! toujours le moi l'emportç sur tout le reste.
— Et de quoi pourrîez-vous me parler qui m'intéressât davantage ! s'écria Léopold.
— Devons, monsieur le comte , de vous qui avez une âme et qui êtes destiné à connaître aussi tout ce que cette âme peut doui3^er de jouissances et de tourmens !
nt — LB LIYBftlHIS mniBs. —
— Il est vrai , r^pandit-â en soupirant.
Et cependant le sort , le hasard me fait jouir de ce ipi^ aux yeux des hommes ^ assure ici-bas la félicité !
— Oui , reprit Minna ; le rang , les ri?^ cliiesses. La nature ne vous a pas nioiasr bien partagé ; vous unissez aux avantages e:s^térieurs Içs dons de l'esprit et du cœur... Eh bien ! tput cela ne vous conduira peutêtre qu'à devenir malh^tireux^ et qu'à faire malheur de ceux qui Vous entourent* .
—, Je le crains quelquefois !
T- Plus on est fort , poursuivit Minna y plus on exige de force dans les autres; plus on est sensible et bon , plus on veut trouver partout de saasibilité , de bonté; jAm ou est capable de tout sacrifier aii boosn heur d'autrui, plus on attend dé sacrifices de la psar,t de ceux qu'ôïi aime. • • De là naissent peu à peu une ^geocfe , un despotisiiOe, qui mènent tout droit è^^égoïsme.
— A l^égoïsmei s^écria téopoîd surpris.
— Oui, à Taoïsme , répétai Miona- en souriant, ou, si vous Taimez mieux , à la îttisant^Qpie , à Finjustioe , à la tyrannie mémç. On s'îndignç, on s/irritè de ne point trouver loueurs lai facultés cpie Ton sent en SQÎ; au lieu de plaindre ceux qui éti sont piriv^s , on le$ aecuise, on les tourmente , on se fait haïr , et Ton finit par haïr soi-même. Eh ! combien de fois , entraîné par la passion ou par les rêves -de Fiinaginsition , les a-t-oa parés de vertus jqu'ilsp'av^ient pas !,»..Puis 012 leur feit iin crime de^^ propre folié! Est-^ce là généra^ site , justice? Est-il juste , est-il généreux, pu seulement raisonnable , de pujôir ceux que nous aimons , de n'être point > ce que nous. voudrions qu'iU fussent 5 de: ne point répondra àridée que, fau^setoent peuthêtr^ nous nous étions formée d'eux? Sont-ils coupables des erreurs de notre invagination ? Les. caprices de notre tête > lese:Rigencés de notre *C€Bur, peuvent-ils faire
f38 — LE LIVEE DE9 FBMlfiBS. — •
que ce qui n'est pas existe , dès que nous le voulons ?
Le jeune comte écoutait attentivement Minna ; il Técoutait avec ivresse : car , sans le savoir, ce qu'elle disait le réconciliait avec luinnéme ^ en lui fournissant des excuses pour la conduite et la légèreté d*Herminie.
V- Ah ! croyez-moi , reprit Minna , travaillez; pendant quevousêtes jeune encore., à entretenir en vous ce sentiment d'indulgence qui porte à pallier les fautes d'autrui ; et ainsi, mais seulement ainsi, vous parviendrez à ne poin]; vous faire haïr et à ne pas haïr vous-même ; ne soyez sévère que pour vous, pour tous et pour les êtres vicieux : mais pour les êtres faibles , pour ces êtres dénués de vices et de vertus marquantes , que des dehors trompeurs vous montreront d'abord comme dignes de vos affections , ne soyez ni exigeant , ni injuste ; ne leur demandez pas plus qu'ib
UNB ARTI8TB. 129
ne peuvent donner j et, lorsque la passion étant passée y vous les verrez tels qu'ik sont f faites un retour sur vous*n^me :
alors pardonnez-leur y non de vous avoir trompé 9 mais d'être resté au-dessous de ce que votre -erreur iseule vous avait ÙlH
attendre d'eux !
— Que de bonté, que de justesse dans tout ce que vous venez de dire ! s'écria Léopold avec feu. Oui, je le sens ; par vous je deviendrai meilleur et plus heureux. Vous m'apprendrez à être juste.
— Qui n^est que juste est dur , répliqua Minna. L'indulgence, au contraire, est douce à celui qui «'en voit l'objet comme à celui qui l'exerce ; et pour devenir indulgent , il suffit presque de le vouloir , c'est-à-dire quand on est bon; et vous l'êtes , monsieur le comte.
L'entretien se prolongea long-temps encore. Léopold quitta enfia Minna, le cœur
|3Q — LE LlVni BlU VSMMES. —
rempli pûur elle de la plus tèiidne estiine , de la plus vive affeetioa.
Il revint le jour suivant ; mais l'artiste n'était pas. seule : quelques femmes de la cour étaient nenues la voir daœ son atelier.
Mitinà se montra cette fois toute différente de ce qu'elle avait été la veille.^ Attentive et polie ; mais réservée , elle parlait peu , et se prêtait complaisammenjt à répondre aux questions qu'on lui adressait : il j avait en elle quelque chose dje digne et à la fois de doux , qui imposait.
Léopoid se sentit souvent blessé pour elle des impertinences polies que ces dames se permettaient , et des plaisanteries dont on l'accablait. Minna écoutait en souriant:
sans montrer le plus léger mécontentement , i? * ' '
elle parvenait cependant à faire comprendre qu'il y avait des bornes qu'on ne dépasserait pas impunément.
Le jeune comte aurait bien voulu rester; mais il fut entraîné malgré lui, quand ces
— > VIUB ARTlBOrS. — 131
dames jugëj^ent à propos de ^ retirer.
• — Elle a pu être bien autrefois ^ disait
— Je le crois , et il y a encore en elle quelque chose quiplait^ disait une autre.
— J'aime beaucoup son air de douceur, i— Avec, un peu de toilette, elle dissimulerait sesquarànteian&sômiés*
r^ Elle paraît mieux élevée qkie ne le sont en général les femmes artistes.
— Goâune elle est grande et maigre î
— Je Tai trouyéé plttô modeste que je né m'y attendais ; aussi je lui ferai: faire mcûi portrait.
— -La coBsulteiiez>-vous sur votre toilette?
r^ Pourquoi non ? Est-ce que vous n'avez pas trouvé délictetix ce foulard tressé poui^ ainsi dire avec ses cbeveox ?
j-**- Si fidt vraiment. Je suis sû^e que cette Goiffuré^m'irait bien« J*ai eûviè de la mettre àlàmod^.
- -r^Mais ndn pas les cheveux gris, je
pense? Avez- VOU5 remarqué la bigarrure des siens ? ,
— Certainement ! cela se voit d'une lieue.
— A sa place, mol je prendrais perruque.
— Ou bien , moi , je me teindraiis les cheveux. On a maintenant des eaux blondes, châtain-clair ou foncé, qui sont d'un effet merveilleux.
Lé sang de Lébpold bouillonnait : il fut vingt fois au moment d'éclater , de dire ce qu'il pensait de Minna , de la montrer telle qu'il la voyait , telle qu'elle était , bien supérieure à ces femmes dont pas une n'avait ce qu'il fallait pour la juger. •• Cette dernière pensée le retint. Se souvenant de ce que Minna lui avait dit la veille :Elle a raison , se dit-il tout bas } laissons les sots dans leur sottise ; prétendre les guérir serait folie ; s'en indigner ne serait pas plus raisonnable. Çt, avec une patience exem-
— VKE ASTISTE. -* 133
,plaire , Léopold enlejadit , sans donner la plus légère marque de pitié , toutes les pauvretés qu'il plut à ces daines de débiter sur les tableaux achevés ou non^ qui garnissaient l'atelier de Minna.
Mais après cette première épreuve delà mise en pratique de la modération^ de Tiiidulgence que Minna lui ^vait montrées comme les seuls moyens de vivre en paix avec soi-même et avec les autres > Léopold les oublia dans la soirée même.
C'est seulement après de longs efforts que les âmes ardentes parviennent à se rendre maîtresses de ce premier mouvement , qui Iç^ entraîne souvent plus loin qu'elles ne voulaient aller ; et , Léopold avait à combattre non-seulement les mouvemens de son âme • (nais encore une cer<taine morgue qu'il devait autant à l'éducation qu'à la fréquentation de la cour ; il avait aussi à lutter contre la ibugue de la jeunesse , contre cette force surabondante
tJ4 — LE LIVRK BBS FEMMES. —
qui cfaercbe à s'exercer de ilnille et mille manières^ eKqui doûne aux passions tant de violence. Dédaigneux et froid, <|uandon ne savait pas le comprendre, â blessait sans le vouloir ; emporté et passionné , tout de feu pont cexjtx qu'il aimait, il les accablait pour ainsi dire du poids d*une affection qiii exigeait beaucoup, parce qu 'die don* nait beaucoup ; et souvent Herminie se sentait plus importunée que toucbée du délire dont elle se voyait Tobjet , de ce délire qui la fatiguait : die n'avait pas un cœur fait pour le partager.
— Je ne suis bien qu*îci, je ne suis bien que près de ma soeur; disait Léopold à Minna. Ohî consoléz-^moî des déôeptions
qilè j'éprouve dans îe mtondéî Vous seule
me comprenez toujours. Auprès de vous, mbn âmé s'épanouit cOmme une fleur que lévent'du nord avait glacée, et que raniment le^ rayons du soleil. Dans le monde, je ne sai^ que faire de cette âme, source
— VNS ARTI8TB. — . 13:
cesâî am^reft! Mais ioi » î'^ime à la sentir^ car )0 la trouve digp0 <la la yôtre !
]yiiu,aa^uFiait$ elle avait et vie de lui dirf) :. you$.aiBiçz y j'e» ra'i$ qârtaiile> «t cdlle .ifue y0u& aimbz nie i^ait pas Irépohdrë à vôtre't^odre9$eIf.MaiseBe se tàiialt» du bîien ^le amenait Teottetien sur des 5qfet$ ^ayee^et faits pour occuper fortemeut IVs^ prit j3t le coôur* Le moade physique > le moivde ixiorat^ ouvraient un va^te cbMip à $oD, esprit; observa tenir > et, comme éHe, ]LÀ>p<4d pnsQait plaisir à;se perdre dâm lès espaces infinis; à se Uvt'er au;^ réflei^ions q\i'0^cit^ le gnipd livre de k nature ^ians c0^u^ qAid yeulent y , lire* Sans j songer, Minnipi moptrait alqrs; d^ connaissa»ces aussi .yariées que rares chez une femme ; et Léopold, pour ne point demeurer in(eri€Hir à Mijqna ; , reprenait de^ .étqd^ . long-lemps al]fan4<MQées. Mais )?leatQt, k l'ejuliation que faisaientjiattjfe ces jou}ssauces.iateU(9C-
136 — LE UVWat VE» PEMITES. —
tuellés , succédaient un abattement extrême et un vide qtiê rien ne pouvait remplir*
— Dans mes rêveries, dîsâit-il parfois à son amie > la terre me senj^le trop petite, là voûte des cieux trc^ peu élevée, ftrop étroite. le voudrais planer dans un air plus éthéré , plus pur. Tout me pèse icibas.... Que vous êtes heureuse, Minna, d*avoirdes •occupations oW/ge^^ / Si je pouvais aussi, moi, être dans la nécessité de trar vailler pour soutenir mon existence, je ne serais pas si malheureux ! Le croiriez-vous!
Penvie quelquefois jusqu'au sort de ces misérables journaliers courbés toute Tannée sous les fati^és d'un travail manuël.\«.
1/s ne pensent pas!... Minna, je suis malheureux, je le suis!... Si je le disais à tout autre que vous, on rirait.... Mais vous... i
non, vous nerirez pasî.
— Non, mon ami, je ne rirai pas; je ne vous-ferai même aucune représentation:
toutes seraient inutiles ; le temps seul peut
— .,WBIK AMTin». — 137
apporter quelque $oula|^eixiait à vos pei* ne3».« Vos chagrins^ Léopold^ iU oi^l été le3. mieos.. Gomme tous j'ai trouvé là terre troppetile^ le ciel trop étroit , TQidbtence trop mesquine. •• Gomme TOUS j'arais^soif d'une félicité inconnue. •• Le malheur, le malheur de tous les jours, de tous les instahs; le malheur sous l'aspect repoussant de la misère , est Tenu comprimer les élans de mon cœur. • . La dépendance oà j'ai vécu m'a contrainte à m'oublier moi-même, et le Tice/ en m!entourant de ses honteu^s. réalités, m'a fait douter de lâTertuU.. Révoltée , indignée , j'ai senti mon sang bobillQUr ner ; aux rêveries ont succédé de . vains projets pour me soustraire à un joug abhorré... Léopold, voalez-TOus sa^voir ce que c'est que le, maUteu^.K.. RegaardezTm<;>j[ j je suis. le malheur perspnni^é ! Voyez. c^s Jhràs :( et Minna releva vivepcient les man^ che^ >de son peignoir ) > voyez l^xxv loai* greur, voyez cette peau livide et terne
138 ^ LE himm DU VKHMBS. —
VayeâB ces cbrreuk blandhis ayàot le temps* ( 6t> ôlaiit le peigne qui retenait sa ekeinel«re^ elle la filtofdbérsursesëpati'^ les ). £h l>ieB ! ces<liiras/ «etté chevelure ^ G^tte uSik, cette figure méme> qui ne eoa* sèFre'atieoûe trace âe * sa ibeàiii^^ passée) tout cela né porte-Vil pas ruempréiate cruelle du mflh'eur qm- m^^a . poiiisuirie 8(yas ^ntes les forsÉies ' et xlans ions lès Mistans die ma vie? Je fiis. belle , et * ma iiie^ufé fnt -pour moi an don btneste ^ je fbs àimantev etje ne fus pas ain^L.. Je ne diemandais qti-unè âme qui comprît mbti âme^ et je ne trouvais cfa!^ les femmes que de l%tiagmation ; che£ les hommes que dies sens!... Le vidé s'assit àmondtevet soos les traks de ma mère adoptivë. A. Vàge où iVm sort à peine -de l'enfance , djéjà ma pensée avait été sooilléér J)âir deslètitures corrttp^ieës. . . ^his tàrd> où voukK 'm^éàtrâlàer au vice "par TàitlPàit^^s paS6aoûs>|. Plus fard encore, ort voulût s'as^u^er les
r- ras AÊLWWnt* *-- > 139
moy^o^ de tiype sans travail 4^t^ utie'kon-^ ten^e ppiilêace, an joe réduisante det^èmr mo^l^ ^dm 1^3 ateiliersi. Savee-^vous cq que c'est qu'iipe^femnkeiDod^? dites, lesâvezyou$?u
-r—Mon amie, au nom du ciel, calmezvoas ! s'écria Léopold ,* effra je de Fexalta-
tionoùil ia tOjait. '^
~ Me calmer! répéta Minna. Oui, je me calmerai,' mais ce- sera lorsque j'aurai déchargé mon cœtir du lourd fardeau qui l'oppresse depuis tant (l*années î Je veux vous dire ce que c'est qu une femme modè/& : c'est l'être lé plus misérable , lé plus dégradé', le plus aVilî de tous les êtres avilis, dégradés él misérables qui végètent dans la fânge^ c^ést l'infortuné jouet d'enfans pïus cruels, plus impitoyables que ceux qui prèinièiït plaisir à torturer le malHeureux oîseàu que son mauvais destin a faittôhiber leiitW leurs taaîris! 'ï)âhs la'iemmé modèle,
140 — LB LIVKB 1»W FCMMBS. —
les 4oiis les plus heureux de la nature^ le Cjoeur et rinteUigence^ sont bientôt corrompus ; on l'abreuve d'outrages ; à d'bunûlians homms^ges succèdent promptement les dédains et le mépris : oubli d'elle-même^ impudence^ effronterie ^remplacent la pudeur et rinnoceuce ! • <• Celle q\ii ose encore se souvenir qu'elle est fenime ; celle qui ose encore, dans cet état de dégradaïUon, vouloir conserver quelque ]respect pour elle^ même , se voit en butte aux plus horribles railleries.^. Et des mères élèvent leurs filles pour en faire des femmes modèles ! Et des mères travaillent à détruire dans leurs filles, dès l'âge le plus tendre , tous les obstacles qui pourraient s'opposer un jour à l'accomplissement de leurs desseins cupides !
Et des familles entières croissent ainsi dans le vice et l'impudeur !• ,. Ah I plaignez-vous encore , Léopold ! Osez , osez vous plaindre de ce destin qui vous combla dç ses bien-^ faits !... Oui, voilà ce que je devais être.
— UMB AikTISTB. — 141
eé qu'on votilait qne je fusse*. •• Mais moi^ je ne Tài pas voulu !
Minna s'arréla un moment; ses joues étaient en feu ; on voyait sous sa robe les
baftemens de son cœur, et ses yeux noirs
' if
brillaient d'un sombre éclat. Léopold, interdit, tenait une de ses mains dans les siennes» . .
— Ce n'est pas tout, dit-elle avec un sourii^e ainer, ah! non, ce n'est pas tout ! Ma mère adoptive , celle qui aurait dû être mon ange tutélaire., celle qui aurait dû soutenir ipes pas dans ja carrière glissante de la vie, celle qui aurait dû applaudir à mon courage, à moaamour pour la vertu; eh bien! celle-' la même faisait peser chaque jour sur moi tout ce que la misère peut avoir de dégoûts et d'humiliations.. J'aimais mon art avec passion ; je n'aimais encore que cet art dont les résultats m'enivraient d'une joie si pure; mais mon travail suffisait à peine à nos be^ SQÎns;^ et souvent on réduisait teHement les
Ua — LE LIVAB I^KS FBMMBS. —
miçDSi oa* plutôt on réfusait isi dovemént de les satisfaire^ que plus !duiie fois je reçus de la pitié dç mes compagnes le pain qui derail ija'ejmpêcber de mourir die faim !
-r Quelle horreur ! s'écria le comte indigné» ' . .
i— Qû croyait^ reprit Miniia, que ces mauvais traitemens finiraient par me ré-* duire... On se ttompait ! Il ne dépendait de péf sOnne au monde de m*enlever ces jouissaopes si vi*aies que pne donnait le secret contentement de moi-même , et ces jouis-- Sjances, je les préférais à tout. Que de fois 4Ufsi j*aî;dù à mes pinceaux d'autres jouissantes non Âoins rives ! Quô de foiîâ j^ai j^saé les nuits au trayail , oubliant la ùdm , le froid>y la nature entière !••« C'était alors que revenaient ces rêveries dé mon adolescence; c'était alors que je me créais un iantoape paré de doutés les qualités de l'es^ prit et du ccBor; xm être fantastique t{ué j'aimais avec idolâtrie , qui m'aimait de
. ^ mt iLRTItTK. — 148
même > dont bn regard y uii sourire effc^ait jusqu'au spuirëoir ^de^ tâaï de touTSiietitJ lu'. Pdur lui^ j'avais su nie conserver jluré dé toute soiiillure; • . • Bieûdes iws |e bras avoir trouvé delùi que mon âme/ clierchâiti.<i J'avais Jbesoiir d'aiinér> d'aimer avec èéh lirç...; et les hommes me forçaient à lès mépriser, à ies haïr ! L'amitié même cessa de me paaraîla^e une réalité; partout j'en trou-^ vais l'image trompeuse* 4 r Aujourd'hui en-^ fin je là connais^ j'en goûte les* dèiicès... Léopold , je VOUS' dois le bonheur d^aîmef et d'être tiimée ! J^ai enA^ trouvé un cmhr q&i répond' à mon cœur, un: lesprii ^ ^ pond à mùQ esprit, tane ii^l^igence cpsi devine là mienne..^ O Léop^ldl 6 mon frère-l -' " •■ '■'■ ' • ••
Minna laissa tomber sa tété siït l'épaulé du comte > et il pressa Miiina avec iottë contire sa> pbiOfiiië.
'•^^Êt vous^ ne vouleâs pa^yÂitHeUé en se <^^^fi^^^ brusquement/ que je. béniâse à
144 — LK LIVBB OBB
chaque heure de ih^ vie celui qui l'embellit par son affection ! celui qui , en mé tendant une main amie, m'a doiiné les moyens d'éloigner de moi cette femme. •• que. j'aurais voulu honorer et chérir '••.
Ah ! sa présence m'était devenue un sup* plicé si affreux , que les enfers n'en ont point de pareil !••• Oh! laisse-moi te bénir, toi mon bienfaiteur ! Laiss«Mnoi te révérer comme un ange , comme un génie tutâaire dont l'aile protectrice m'offre unjsùr abri!
Laisse-moi travailler chaque jour à consolider ce bonheur que ta cherches , qui est erï toi, qui dépend dé toi seul ! Tu n'as pas, com« me moi, des motifs de haïr ou de mépriser l'espèëe humaine; et cependant tu là méprises, et tu es tout près delà haïr! Léopold, je veux être à mon touç ton bon ange ! Je veux que les fruits de. mon expérience amère te soient profitables ! Pi5rmets-môi, à me» qui ai subi tant d'épreuves , penhetSHoioi de te ramener quelqueroi& à toinuème ! Je coiù-
— UHE ARTI8TB. ~ . 145
pâtirai à tes peines^ mais quand ces peines seront réelles. Lorsqu'elles viendront d^ine imagination trop vive , d'une ame trop ar-
-dente, jejc dirai : Minnafut plus malheureuse que tu ne peux l'être, et elle a trouvé dans le travail l'entier oubli de ses maux !
Minna eut à se jdaindre des hommes, et elle n'a recouvré le repos qu'en leur pardonnant, qu'en leur rendant le bien pour le mal ! L'indulgence , la compassion ; ont pris la place du mépris, de la haine, et elle vit paisible, honorée; et elle goûte encfore^ les plaisirs si doux que donne la bienveillance pour tout ce qui respire !
— Tu es un ange de bonté ! s'écria le comte touché jusqu'au fond de l'âme.
AGnna ! je te chéris , je te révère l
Léopold revint chez lui tout occupé de Minna. Elle s'emparait chaque jour davantage de son cœur et de sa pensée. Le souvenir de Minnà le suivait. en tous lieux;